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XIII. — PALETTE DU PAYSAGISTE

Nous avons déjà traité amplement la question de la couleur en un volume spécial auquel nous nous permettons de renvoyer le lecteur. Nous avons toutefois réservé pour ce chapitre quelques conseils qui intéressent spécialement le paysagiste . A titre de curiosité historique, nous publions en outre, ci-après, les palettes de quelques maîtres du paysage. Nous disons à titre de curiosité, car ces palettes, aussi bien celles de Corot ou de Rousseau publiées dans le volume de la couleur, que celles de Troyon ou de Jongkind, renferment des couleurs depuis longtemps mises à lindex par les meilleurs techniciens. Le bleu de Prusse, le vert Verotièse, le jaune de Naples ! Que Von voie plutôt ce qu'en pensent des peintres chi?nistes comme MM. Vibert ou Et. Dinet ! Et que Von s'en réfère à leurs indications.

Cl. Boutet.

Les plus grands paysagistes ont toujours observé de placer sur les premières lignes de leurs paysages les couleurs les plus terrestres et les plus sensibles, réservant les plus légères pour le lointain.

Ecole de la micjnatare. (Lyon, 1679.)

Cath. Perrot.

Les nuées qui se font sur le ciel, se font avec la couleur de la couobe du ciel, mêlée avec un peu de celle de Thorizon, et un peu de laque, et se rebaussent avec la couleur de l'horizon sur les extrémités des jours.

On les peut encore faire avec la teinte de l'borizon, et les

LA PALETTE DU PAYSAGISTE iOi

rehausser avec un peu d'ocre jaune, de blanc et de vermillon, mêlés ensemble, qui feront un coloris de chair fort délicat.

Les premiers loingtains se font avec la teinte du ciel, en y ajoutant plus d'outremer et du carmin ; et si vous voulez faire un pais bien éloigné, dans la première teinte des premiers loingtains vous ajouterez tant soit peu d'Inde et de tournesol, et ferez des montagnes et pour les éclairer, vous vous servirez de la teinte des nuées.

Traité de la miniature (Paris, 1693).

J.-J. Taillasson (1746-1809).

Je ne sais pourquoi quelques modernes ont établi en principe que les beaux tableaux ne devaient avoir que des gazons, des arbres roux, gris, noirs, sales, et que le vert était un défaut. Quoi ! ce qui nous charme dans les prés, dans les bois, ce qui est beauté dans la nature, deviendrait un défaut dans un art dont le but est de l'imiter !... Non, non; si les plus grands artistes n'y sont pas arrivés, c'est que leur palette n'y pouvait atteindre, ou que leurs couleurs sont changées.

Observations sur quelques grands peintres, 1807.

PaMIot de Montabert (I77i-1849). -

Effets, produits par la couleur de l'air. — Les effets produits par la couleur de l'air sont dépendans absolument de la loi de l'achromatisme, en sorte que si l'air est jauni par le soleil, les surfaces jaunes plongées dans cet air sembleront encore plus jaunes ; si ces surfaces au contraire sont violettes, le jaune de l'air amortira ce violet par l'effet de l'achromatisme, le jaune étant le complément de ces deux couleurs, etc.

Il y a mille remarques à faire à ce sujet. Par exemple, dans les tems gris, lorsque l'air est incolore, on remarque que les rouges

et les jaunes sont très sensibles ; cela vient Je ce qu'ils ne sont point altérés par l'air bleu du ciel, aussi les bleus sont-ils beaucoup moins beaux sous cet air incolore que quand ils sont plongés dans l'air coloré par l'azur du firmament.

Traité complet de la Peinture.

J. Constable (i776-i837).

La couleur du paysage . — Sir Georges (Beaumont), montrant à Constable un vieux violon de Crémone, lui dit : « Voilà le véritable ton qui domine surtout dans la nature 1 » Constable, pour toute réponse, prit le violon et le coucha sur la pelouse verte qui était devant le château de sir Georges.

« N'est-ce pas qu'il est souvent difficile de bien placer dans

un tableau les arbres bruns ? » disait encore sir Georges qui

considérait comme indispensable de mêler à tout paysage

quelques teintes d'automne : « Je ne sais, dit Constable; jamais

je ne mets ces choses-là dans mes tableaux. »

Cité par C.-R. I-eslie. Memoirs of the Ufe of John Coiistahle esq. Trad. H. Giierlin.

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