‹ Le paysage; choix de textes précédés d'une étudeChapitre 62 sur 67 · C. Fiers (i802-i · texte numérisé non relu

C. Fiers (i802-i

Avant tout, il faut être bien convaincu que pour peindre le paysage au pastel, il ne suffit pas d'avoir longuement et soigneusement travaillé à l'huile, et qu'il faut des études à part, études persévérantes et sérieuses, qu'il faut, en un mot, un long et pénible apprentissage. On doit arriver à faire au pastel, un paysage aussi fini, aussi ferme, aussi gros qu'on pourrait l'obtenir à l'huile ; mais on ne peut arriver là que par degrés et par des moyens qu'il faut conquérir les uns après les autres, ce qu'il importe d'obtenir avant tout, c'est la légèreté de la touche, qui cependant doit rester toujours ferme et bien appuyée ; c'est aussi la netteté et la sûreté, dans le coup de

crayon... Qui peut dire maintenant combien le pastel offre de ressources pour l'étude, pour l'artiste en voyage?... Quelle différence n'y aurait-il pas entre une pochade faite au pastel et les froids croquis que donne le crayon noir! Je sais, je répéterai aussi que le pastel, en donnant les mêmes résultats, offre de plus l'avantage d'un attirail moins grnant, plus expéditif, et qui permet de pociier l'étude aussi bien que possible sans les ennuis et les lenteurs de la dessiccation. Est-ce à l'huile que l'on pourra faire des études de ciel, cette chose que les artistes ont tant de mal à comprendre, tant de mal à imiter ?

L'artiste, 23 août 1846.

Paul Huet (1803-1869).

Nous tenons de son fils qui l'a souvent vu peindre, qu'il ne faisait jamais de dessous systématiquement. Une fois son dessin fait, il tapait un peu partout en réservant les clairs.

Si certaines de ses œuvres donnent l'impression de tableaux

aux dessous très puissants, c'est qu'il revenait souvent sur des

toiles commencées autrefois, puis oubliées dans quelques coins,

profitant alors de ce qui avait été couvert.

G. Lanoë et Tristan Brice. Histoire de l'Ecole française depaijsage. Paris (A. Cliarles, éditeur, 1901\

N. U. Diaz (1807-1876).

Il avait créé un genre de sous-bois pétillant, très pastiché par les falsificateurs, et l'on raconte même qu'il aUait en foret avec un panneau préparé à l'avance de tons brillants, mais sans forme, ne s'arrétant que lorsqu'il trouvait enfin le moyen d'utiliser ce qu'il appelait sa « tartouillade » de couleurs.

La imnture au XIX'^ siècle (E. Flammarion, éditeur).

La manière de peindre de Diaz. — Il enreve vivement ses sujets à la pointe de la brosse, sans avoir, pour ainsi dire, au préalable dessiné ses figures, car il ne m'est pas possible d'appeler dessin les premières indications qu'il trace sur sa toile à coups de crayon blanc. Sa manière de peindre est variable, comme son humeur; il débute tantôt par les tons clairs, tantôt par les tons sombres, quelquefois par les tons intermédiaires, selon le caprice du moment et l'état de ses nerfs.

Il se sert, moins, beaucoup moins que ne le faisait Decamps , du couteau à palette, non seulement pour obtenir par ce moyen des tons plus éclatants, mais surtout pour aller plus vite en besogne. Il emploie les couleurs à l'état vierge, c'est-à-dire sans les étendre dans l'huile dont il craint les mauvais effets pour l'avenir du tableau, fl exagère les empâtements et les frottis, mélange très peu les tons, de peur de les affaiblir, les subdivise à l'infini et les pose de proche en proche sur la toile comme s'il faisait des bouquets ou des assortiments d'échantillons, espérant arriver ainsi à des aspects très variés.

Th. Silvestre. Les artistes français.

Jules Dupré (I811-1?

JulesDupréa peint surnature dans les premiers temps de sa vie d'artiste. Plus tard, vers 1870, il se remit à peindre des toiles presque entières sur nature. Mais ce fut chose rare en somme dans son œuvre. Le plus souvent, il procéda comme G. Michel, comme P. Huet, comme Rousseau et Millet; il prend des notes dans le dictionnaire de la nature ; puis, seul, dans le calme de son atelier à TIsle-Adam ou bien à Cayeux-sur-Mer, en s'aidant comme de renseignements de ses souvenirs de voyages, de ses études, de ses croquis il peint son idée et compose son tableau.

Il faisait toujours des ilessous, systématiquement. Le plus souvent il esquisse ses grands tableaux avec des frottis de terre de Sienne, mélangés de bleu, ce qui lui donne de bons dessous transparents, ou bien, il esquisse avec des frottis d'un ton général : pour un bouquet d'arbres, un frottis de vert d'un seul ton, pour une maison blanche, un dessous blanc ; pour une route, un dessous jaune. Il fait aussi des dessous pour ses ciels et ses eaux. Quand cela est sec, il peint par-dessus, puis il empâte et juxtapose sa couleur jusqu'à ce qu'il ait trouvé le ton juste.

G. Lanoë et Tristan Brice. Histoire de l'École française de paysage (A. Charles, éditeur).

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