‹ Le paysage; choix de textes précédés d'une étudeChapitre 63 sur 67 · L. Français · texte numérisé non relu

L. Français

Avec cette esquisse qui m'indique la place des objets et avec le vif souvenir de la cadence de lignes que j'ai observée, je travaille comme d'après nature. Car s'il faut ne pas ôter aux choses leur réalité, il faut manifester la jouissance qu'elles vous procurent ; et quand une fois j'ai ressenti cette jouissance, elle reste en moi toujours aussi vive. Voilà comment je retrouve la configuration des détails auxquels je rends en même temps la vie, grâce aux longues études que j'ai faites. Pensez, je peux être maître de moi, depuis cinquante années que je peins avec la môme idée en tête.

" Cité par Paul Gsell, Revue Bleue, 9 avril 1892.

G. Courbet (I8i9-i877).

Commeyit il travaillait sur nature. — « Cela vous étonne que ma toile soit noire, nous disait-il'. La nature sans le soleil est noire et obscure ; je fais comme la lumière, j'éclaire les points saillants et le tableau est fait.

Et il prenait au couteau dans une boîte où étaient des verres remplis de couleurs, du blanc, du jaune, du rouge, du bleu. Il en faisait un mélange sur sa palette ; puis, avec son couteau, il retendait sur la toile et la raclait d'un coup ferme et sûr.

— Faites donc, nous disait-il, avec son accent franc-comtois, faites donc avec un pinceau des rocbers comme cela que le temps et la pluie ont rouilles par de grandes veines du haut en bas!

Il fit l'eau de même, et tout cela prenait de la tournure... Nous étions stupéfaits de cette rapidité d'exécution. A peine deux heures de travail pour couvrir une toile d'un mètre. Max Claudel. Gustave Courbet. Souvenirs. Paris, 1878.

Suivez bien cette comparaison: nous sommes enveloppés par le crépuscule du matin, les choses sont à peine perceptibles ; le soleil se lève ; leurs formes se dessinent ; le soleil monte ; elles s'illuminent et s'accusent en toute plénitude. Je fais dans mes tableaux ce que fait le soleil dans la nature.

Cité par Ed. Sarradin. Histoire du Paysage en France. (II. Laurens, éditeur).

1. Courbet peignait sur des toiles de teinte sombre avec des couleurs très comaiunes {N. do l'E.).

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Eug. Fromentin (1820-1876).

Il ne faisait guère d'études peintes d'après nature ; il se contentait de croquis et de dessins très beaux, mais qui, lorsque ses souvenirs commençaient à s'atTaiblir, ne réveillaient plus toute la vivacité de l'impression fraîche.

Jules Breton. Nos peintres du siècle. Paris, 1898.

Eug. Boudin (I82i-1898).

Toute peinture qui ne donne pas une sensation estnon avenue. Il faut la négliger ou la supprimer.

La solidité est une condition de la bonne qualité. Modeler solidement avec la lumière toujours, et fortement afin que la peinture ne s'amincisse point.

Chercher à faire coloré, sans tomber dans le sombre...

Chercher les côtés colorés dans la nature, les effets puissants...

Peindre pour soi...

Des taches, des taches, moins de modelé !

Du fini partout ; rien de négligé !

Les ombres bien enveloppées.

Le reflet seul met les distances d'un plan à un autre.

Trois coups de pinceau d'après nalure, valent mieux que deux jours de travail au chevalet.

On peut compter comme peintures directes les choses faites sur le lieu ou sur l'impression toute fraîche. Mais que d'occasions on néglige de faire de belles esquisses,

des esquisses vivantes sur les quais, sur les plages et dans les rues !

Tout ce qui est peint directement et sur place a toujours une

force, une puissance, une vivacité de touche qu'on ne retrouve

plus dansl'alelier.

Carnets. Cité par G. Gahen. Eugène Boudin (Floury, éditeur).

P.-L. Bouvier.

L'ébauche du paysage. —- Quand on peint sur un fond grisblanc, il est bon de ne faire d'abord qu'une espèce de première ébauche en glacis; c'est-à-dire d'établir tous les plans, tous les objets et le ciel même d'un ton chaud et orangé, sans épaisseur ni empâtement, et sans mélange de blanc, comme si l'on faisait un lavis au bistre sur papier blanc. L'on a soin de prendre des teintes plus gaies et plus claires pour tous les lointains et le ciel afin d'éviter le farineux. On ébauche môme les terrains, les arbres, tout en un mot, en transparence et beaucoup moins vigoureux que n'est l'original. Cette espèce de préparation présente de grands avantages : le premier est d'établir déjà un enseinble qui a une sorte d'effet... On peint ensuite là-dessus avec plus de conflance, quand cette préparation est bien sèche, et l'on peut avancer la seconde ébauche (qui se fait alors avec les pleines couleurs) beaucoup plus qu'on ne l'aurait fait sans cela ; en sorte qu'avec peu de travail on peut terminer son tableau à la troisième, et même déjà à la seconde reprise seulement avec les touches spirituelles des forces, et celles de rehauts et divers glacis, dans les arbres, les terrains, ou partout ailleurs. Le second avantage n'est pas moindre que le premier ; c'est d'établir des dessous chauds, qui percent toujours

un peu, quoiqu'on les couvre à la seconde ébauche, et qui donnent quelque chose de mûr et de très étoffé à tous les tons qu'on pose par-dessus.

Si l'on peint sur un fond déjà imprimé d'une teinte unie, m ais orangée (ce que je préfère, surtout quand les toiles sont préparées à la colle et non à l'huile), on peut de suite ébaucher avec toutes les couleurs empâtées.

Manuel des jeunes artistes et amateurs en peinture.

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