‹ Le paysan et le gentilhomme; anecdote récenteChapitre 4 sur 24 · TENTATIVE RE ROBERT · texte numérisé non relu

TENTATIVE RE ROBERT

Robert , en sortant de chez M. de Fierenville, lie se possédait pas de joie. Pour le coup, disait-jl, me voilà sur le point de parvenir, et j'espère bien, qu'en dépit de Lerond, Catherine m'appartiendra. Une idée Inniineuse le frappa tout à coup. Il pensa que, s'il pouvait, soit par la persuasion, soit par les menaces, déterminer Lerond à restituer les biensà M. de Fierenville, la reconnaissance de celui ci n'aurait plus de bornes. Il entra chez Lerond; il le trouva qui causait avec M. Simon, Eh bien î Lerond, lui dit-il , que vous semble de M. de Fierenville ? Quelle bonté l quelle affabilité! — Effectivement, il a commencé pnrr nous mettre à Ici porte sans nous dire un mot. — Quel air de majesté il a I — Ah ! parlons de cela ! c'est bien la fig^ure la plus hétéroclite... — Comment! Lerond , vous parlez ainsi d'un Seigneur ? — Eh! pourquoi pas, Robert? Sa qualité de seigneur l'empêche-l-elle d'avoir l'air d'une caricature? — Au lieude vous moquerde lui, vous devriez; bien plutôt songer à réparer les tortsxiue vous.

avez envers iiii. Voilà du nouveau; des loris envers un homme que je n'ai jamais vu î^ — Vous savez bien ce que je veux dire. — Non , ma foi ! — Les biens de M. de Fierenville qui sont en Ire vos mains... — Mon père les a pajés , et ils sont bien à moi. — Mais a-t-on eu le droit de leslui vendre? — C'est ce qui ne me regarde pas. Il me sufKl que les lois reconnaissent ma propriéié.— Maissicesloissonlinjustesjaconscience...*^Oh!la conscience, monsieur Roberlî ce ne sont pas ceux quieft parlent tanlqui sont Jes plus délicats. — Mais la religion... — Avant de la prêcher , tâchez d'en avoir un pea vous-même. — El les mœurs... — ^ Ce mot est bien placédans la bouche d'un homme qui battait sa femme, et qui Ta fait mourir de chagrin. —Comment ! vous n'êtes pas touché de la position de ces bons serviteurs du roi..? — Laissezles faire, ils sauront bien s'intiemniser. — Vous parlez en philosophe, monsieur Lerond. — Et vousen hypocrite, monsieur Robert.- Ecoutez: avecun peu de bonne volonté de votre part, il y aurait moyen d'arranger tout cela. — Moi, je n'ai rien à arranger; toutes mes affaires sont en rèsrle. — M. de Fierenville est raisonnable. Il n'exigerait peut-être pas que vous lui rendissiez les biens sans vous indemniser. — M. de

Fiercnvillen'arienàexiû^erniàdemander.Jene \eiix point de ses indeinoilés, et il m'offrirait le double de la valeur des terres que je possède/ qu'il ne les aurait pas , parce qu'il ine convient de les garder. — Vous avez tort , monsieur Lerond. — Cela peut être, monsieur Robert. — ^Si vous ne vousen rapportez j)as à moi , consultez quelque homme de bien , le curé y par exemple;, vous verrez qu'il vous dira la même chose. — Je ne m'en rapporte qu'à moi ^ et je ne consuN lerai personne. — Vous allez vous faire du lori dans l'esprit des honnêtes gens. — Si vous entendez par les honnêtes gens, vous et ceux qui vous ressemblent , je n'ambitionne pas du tout d'être bien daiis leur esprit. — Vous professeap de mauvais principes, monsieur Lerond. — Tous les principes me sont bons, monsieur Robert , pourvu qu'ils n'aient rien de commun avec les vôtres. — Vous auriez peut-être plus d'égards pour moi , si vous saviez l'estime dont M. de Fierenville m'honore.— Comme il ne m'est paf difficile de penser que vous vous êtes concilié cette estime par des moyens qui vous-eussenl attiré le mépris de tout autre, vous trouvère;; bon , monsieur Robert , que l'estime de M. de Fierenville ne change rien à messenlimens pour vous. — Vous verrez, parcç qui va arriver, si

l'eslirned'un liomme comme lai estàdédaiofnep. — Quoi qu'il arrive, rien ne me surprendra de sa part ni de la vôtre. — J'ai voulu tenter près de vous les voies de la persuasion ; craignez que l'autorité n'en prenne d'autres. Oh diableî voilà, monsieur Robert, que vous parlez de l'autorité; cela est imposant ! — Vous croyez plaisanter; avant peu peut-être j'aurai ce droit. — C'est vouloir rendre l'autorité bien respectable que de la mettre entre vos mains. — Respectable ou non, je saurai la faire craindre ; j'ai fait auprès de vous une démarche d'ami : vous vous repentirez de m'avoir reçu ainsi. — Et je vous recevrai encore beaucoup, plus mal, si vous vous avisez de reparaître chefz moi. — Je m'en garderai bien ; vous êtes un homme dangereux, que tout le monde doit fuir. — Vous, sur-tout. — Un homme qu'on ne peul pas voir sans se compromettre. — Vous compromettriez vos épaules. — Un homme qui ne respecte rien ^ qui n'a ni religion ni déUcatesse. — Ni patience , prenez-y garde. — Ah î je ne vous crains pas, dit Robert , en gagnant lestementla porte. Quand il l'eut ou verte, pour assurer sa retraite , il s'arrêta sur le seuil , el se mit à crier de toutes ses forces : Soyez tranquille, je ne reviendiai plus chez vous. Je me

garderai bien de meltre le pied dans une maison où on affiche le mépris de la religion, la Laine delalégitimiléel rallacliemenl aux doctrines révolutionnaires. Tout le monde doit vous fuir comme la peste; vous êtes un bonapartiste.

Robert s'en alla enfin , lorsque Lerond vint lui fermer la porte au nez. Le pauvre Lerond était stupéfait de l'impudence de ce drôle, et lui et M. Simon commençaient à penser qu'un tel homme pouvait être à craindre dans des temps comme ceux où on se trouvait.

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