CHAPITRE VIII
Le? ]OIEg DE LA Ï^ÉgURRECTION
Jésus lui dit: Marie. El'e lui dit : Rubboni c'est-à-dire Maître.
(S. Jean. xx. i6.)
'ÉTAIT le matin de très bonne heure; il faisait encore nuit quand Marie -Madeleine et les autres femmes vinrent au jardin. Elles trouvèrent la pierre enlevée de l'ouverture du sépulcre. Marie-Madeleine courut dire à Pierre et au disciple que Jésus aimait: «Ils ont enlevé le Seigneur du sépulcre, et nous ne savons où ils l'ont mis. »
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Pierre et Jean coururent au jardin. Jean devança Pierre, et arriva le premier au sépulcre; et, se baissant, il regarda dedans. Pierre qui le suivait arriva, descendit dans le sépulcre, et vit les linceuls qui y étaient. Alors les disciples s'en retournèrent chez eux. Mais Marie-Madeleine attendit. Elle n'avait pas d'autre chez soi que le sépulcre de Jésus. Il était vide; mais elle ne voulait pas s'en aller. Elle se tenait dehors , versant des larmes. Comme elle pleurait, elle se baissa, et regardant dans le sépulcre, elle vit deux anges vêtus de blanc assis au lieu où avait été le corps de Jésus, l'un à la tête, l'autre aux pieds. Jésus se tenait debout derrière elle, et lui dit: Femme, pourquoi pleurez-vous? Qui cherchez-vous? Elle, se retournant, le vit, et pensant que c'était le jardinier, lui dit: ^^ Ils ont enlevé le [Seigneur du sépulcre, et nous ne savons pas^ où ils l'ont mis. Seigneur, si c'est vous qui l'avez enlevé, dites-moi où vous l'avez mis, et je l'emporterai. » Et Jésus lui dit: « Marie! /> Elle lui dit: « Rabboni! » c'est-à-dire Maître. Elle avait attendu par amour et par componction. Elle savait que son Maître avait été percé par ses péchés et pour ses péchés. C'est pourquoi elle attendait versant des larmes au sépulcre. Son attente fut récompensée. Elle fut récompensée par la vision de Jésus lui-même.
Or, dans ces événements, nous nous voyons révélés la loi et l'ordre des joies et des consolations du
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Royaume de Dieu. Ceux qui auront le plus enduré de souffrances et de tristesses, recevront la plus grande abondance de joie et de consolations dans son Royaume. Celui qui a été le plus abreuvé de souffrances et de tristesses, c'est l'Homme de douleurs, lui, qui a été crucifié pour notre amour. Avant son agonie, il disait : « Mon âme est triste jusqu'à la mort. » (i) L'âme déifiée de Jésus, — une âme semblable à la nôtre, parce qu'il était homme ; une âme différente de la nôtre, parce qu'elle avait été déifiée par son union avec la Divinité ; — cette âme était capable de souffrir à un point que jamais cœur humain ne pourra le comprendre. Comme les tristesses du Fils de Dieu Incarné furent les plu.s grandes qu'ait jamais goûtées un enfant des hommes, ainsi, le degré des souffrances dont son Cœur était capable, donnait la mesure des joies que pouvait recevoirceCœurSacré. Au moment de sa Résurrection, il fut rempli des joies de son royaume. Les causes de cette joie étaient l'accomplissement de son œuvre, la rédemption du monde, la surabondante effusion de son Précieux Sang, la rémission de nos péchés, la vision de la grâce et la multitude de ses élus, qui seraient éternellement sauvés. Jésus, à cette heure, sentit son Cœur rempli d'une joie divine, que nous devons adorer, mais que nous sommes incapables de comprendre.
(i) S. Mat. XXVI. )S.
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Après la sienne, vient la joie de sa Mère Immaculée, la Mère des Sept Douleurs : comme elle avait éprouvé sept douleurs, elle eut également sept joies. Nous ne le lisons pas, il est vrai, dans le texte des saints Evangiles ; — carbien des choses que Jésus a faites ne sont pas écrites, et si elles l'étaient toutes, le monde ne pourrait pas contenir les livres; — mais l'Eglise a toujours cru, par les lumières et les intuitions de la foi, que la première personne à laquelle il se manifesta dans la gloire de sa Résurrection, fut sa Mère bénie et sans tache ; sa Mère qui, après l'Homme de douleurs avait subi des tristesses plus profondes et plus amères qu'aucun autre cœur humain. Et après la Mère de Dieu, à qui semontra-t-il dans sa joie? Est-ce à Pierre qu'il avait établi le fondement inébranlable de son Eglise? Est-ce à Jean qui, pendant la cène, avait reposé sur son Cœur? C'est à Marie-Madeleine, à celle qu'il avait délivrée de sept démons, à celle que son Précieux Sang avait purifiée de ses péchés sans nombre et d'un rouge écarlate; à Marie, parce qu'elle avait aimé beaucoup; et aussi, parce que, à cause de son grand amour, elle avait souffert beaucoup; parce que, après la Mère de Dieu, ses douleurs avaient été les plus grandes : — à elle, il se montra d'abord dans la gloire de sa Résurrection.
Il vint et se tint debout derrière elle, pendant qu'elle pleurait au sépulcre ; et, comme elle ne le reconnaissait pas, il l'appela par son nom. Il l'appela par le nom
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familier; il lui dit: « Marie! » et le son de cette voix si bien connue, révéla à Marie-Madeleine qui il était. Elle lui répondit comme elle avait coutume de répondre: « Rabboni! » c'est-à-dire, Maître. Après elle, il se montra à Pierre, — à l'ami inconstant, infidèle, qui l'avait renié trois fois ; et après Pierre, à ses disciples, aux âmes fidèles, encore confiantes en lui, bien que leur cœur ne fût pas capable de s'exposer aux dangers de son crucifiement.
Nous voyons donc là exposée une grande loi du royaume de Dieu; c'est-à-dire que la joie de la Résurrection est proportionnée à la douleur de notre pénitence, aux épreuves que nous avons endurées dans le corps, dans le cœur et dans l'âme. La part que nous aurons eue à sa Croix et à sa désolation, sera la mesure, dans le royaume de la Résurrection, de la part que nous aurons à sa gloire et à ses joies. Ces quarante jours que nous venons de commencer, sont, pour ainsi dire, le type et la figure, l'avant-goût et le commencement de cette joie éternelle. Ces quarante jours, pendant lesquels Jésus resta constamment près d'eux, sansêtre toujours visible, — toujours prêt, par exemple, à se manifester, et pourtant se voilant encore; — ces jours, dis-je, où ils commencèrent à connaître la plénitude de sa Divinité, furent vraiment des jours d'une joie surabondante, d'une joie du ciel sur la terre. Ce n'était pas une joie uniquement du ciel, mais aussi de la terre ; c'est-à-dire qu'il venait à eux dans leurs tristesses et dans leurs humiliations. Il ne
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s'élève pas tout de suite au trône de sa gloire ; mais, de même que par l'Incarnation il s'était humilié au point de se faire homme et de se revêtir de nos infirmités ; ainsi, pendant ces quarante jours, après avoir révélé sa Divinité, il s'attarda au milieu d'eux, pour converser avec eux, pour boire et manger avec eux, pour leur permettre de le toucher. S'il le défendit à Marie- Madeleine au premier moment de sa joie, cependant il permit à Thomas de toucher les plaies de ses mains et de son côté. Par conséquent ces quarante jours leur apportèrent et les joies de la foi et les joies de la vision. La Résurrection de Xotre-Seigneur a ouvert les sources du vaste torrent des joies célestes, et l'Eglise tout entière, selon la prophétie a été inondée par ce fleuve qui réjouit la Cité de Dieu.
L'Eglise de Dieu est inondée jusqu'à ce jour par ce torrent de douceurs. Malgré les luttes de l'Eglise, malgré les acerbes et incessantes persécutions du monde, malgré la Croix que nous devons tous porter chacun pour notre part, si nous sommes de vrais disciples de notre Maître : malgré tout, il est une joie qu'il nous a donnée et que personne ne saurait nous enlever; — une joie si intime, si profonde, si expansive, si souvent répétée à mesure que nous avançons dans la vie, qu'elle est un avant-goût des joies éternelles.
I. Ce sont d'abord les joies de la foi. En quoi consistent-elles? Dans la même faveur qui fit la joie des disciples pendant quarante jours, c'est-à-dire,
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dans la présence de Jésus. Il est monté auprès de son Père ; mais il est encore avec nous. x\llez à son Père, ce n'est pas s'éloigner de nous. C'est, il est vrai, se dérober à notre vue ; mais il est toujours proche. C'est pourquoi l'Apôtre disait aux chrétiens de Philippes : « Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur: je le dis encore une fois: réjouissez-vous. Que votre modestie, » votre modération, » soit connue de tous les hommes ; » c'est-à-dire le contrôle, l'empire que vous exercez sur vous-mêmes, votre dignité de chrétien ; car « le Seigneur est proche, » (i) vous êtes sans cesse en sa présence. Il est en effet « à la droite du Père, » selon le mode naturel de son existence ; mais il s'est montré à Etienne au moment de son martyre ; il s'est montré à Saul sur le chemin de Damas ; il l'assista dans sa réponse devant le tribunal impérial de Rome; il s'est montré aux saints à plusieurs reprises: il est toujours avec nous, et il viendra de nouveau. Nous savons qu'on le verra encore une fois sur la terre; et, dans l'intervalle de sa première à sa dernière apparition, bien qu'il se dérobe à notre vue, il est toujours près de nous. Nous savons que nous sommes en sa présence, et la joie de sa présence est notre joie. Mais il a une autre présence, perpétuelle, universelle, intime, voilée, il est vrai, mais réelle et personnelle : il est toujours sur l'autel.
(i) Philip, iv. 4.
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Dans tous les pays où s'étend la sainte Eglise Catholique, se trouve Jésus, régnant dans le mystère du Saint-Sacrement, toujours près de nous. Notre union avec lui est tellement intime que l'amené peut pas la défmir. Le cœur seul, éclairé par la foi, est capable d'avoir la connaissance et le sentiment de ce que l'intelligence est impuissante à saisir.
Sa présence n'est pas la seule source de notre joie. Nous en avons une autre dans notre affranchissement du péché et de la mort, qui, en cet instant, est réel et véritable, et qui sera éternel, si nous sommes fidèles. Nous n'ignorons pas que le Sacrement du Saint Baptême fut institué par notre divin Sauveur pour rendre la vie spirituelle à notre âme morte par le péché originel. C'est un article de notre foi; par conséquent, c'est un point de foi, revêtu de la divine certitude de la foi, que ceux qui ont été baptisés, qui sont nés de nouveau et ont été faits enfants de Dieu, reçoivent le don de la vie surnaturelle, sont affranchis de l'esclavage du péché originel, et par-là même aussi, de la sentence de la mort éternelle. Nous avons tous été l'objet de cette action divine. Chacun de vous a été baptisé sans en avoir conscience dès sa première enfance. Jusque-là votre volonté n'avait jamais varié, et ne s'était jamais mise en opposition avec la volonté de notre Rédempteur. Vous reçûtes la grâce de votre régénération; vous fûtes délivrés du péché et de la mort. Si vous êtes retombés sous
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leur domination ; si vous êtes volontairement devenus pécheurs, vous avez été de nouveau condamnés à mourir. Mais si vous avez conservé la grâce de votre baptême, vous êtes en ce moment affranchis du péché et de la mort, et la puissance de la Résurrection repose sur vous. Si, depuis votre baptême, vous êtes de nouveau tombé dans le péché mortel, et que, par-là, vous vous soyez donné une seconde fois la mort, il y a un autre sacrement institué dans le Précieux Sang: c'est le Sacrement de Pénitetice. Or, c'est un point de la révélation divine et de notre foi, que tous ceux qui, avec la contrition voulue, reçoivent l'absolution de ce Sacrement, sont de nouveau affranchis de tous leurs péchés actuels, et par conséquent, de la mort éternelle.
Voilà donc quelle est la première source de notre joie. Mais, alors, pourquoi ne nous réjouissons-nous pas ? Parce que notre cœur est froid, et parce que notre foi est obscurcie. Semblables à la présence de Dieu, ces grandes réalités nous environnent de toutes parts : tous les jours, sans nous en rendre compte, nous les rencontrons à chacun de nos pas. De plus, si nous avons la foi, et si nous conservons, gravées dans notre cœur, les vérités dont j'ai essayé de parler, alors, nous avons en nous le sentiment d'une vie nouvelle. De même que nous avons une âme qui vivifie le corps, ainsi nous avons une vie surnaturelle qui vivifie l'âme. Nous savons aussi que de même
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que nous avons les puissances du corps, de même nous avons les facultés de l'âme. Comme la pensée, l'intelligence et le mouvement se communiquent de la tête du corps à tous nos membres, ainsi la vie dont nous jouissons actuellement, est le résultat de notre union avec notre Divin Chef, qui est au Ciel. C'est ce que déclare l'Apôtre, quand il dit : « Ainsi il n'y a point maintenant de condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ, qui ne marchent point selon la chair," mais selon l'Esprit. Parce que la loi de l'esprit de vie, qui est en Jésus-Christ, m'a délivré de la loi du péché et de la mort. » (i)
L'esprit de la Résurrection et la vie glorifiée de notre Divin Chef, sont en chacun de nous, si nous ne sommes pas sous l'empire du péché mortel. Nous avons subi cette transformation que, si nous sommes devenus des créatures nouvelles, « tout ce qui était ancien en nous est passé, et tout est devenu nouveau. » Ce qui veut dire que notre ancien caractère, notre ancien esprit, nos vieilles habitudes, nos vieilles amours, nos vieilles haines, nos vieilles pensées, nos vieux péchés, nous sont arrachés comme le vêtement d'un lépreux. Voyez, là, rejeté loin de nous, le linceul qui nous enveloppait dans la tombe : le voilà, encore devant nous, témoin du péché et de la mort, nous rappelant ce que nous fûmes jadis. Mais il n'est
(i) Rom. VIII. I.
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plus rien de nous. L'esprit de vie qui est en nous, nous en a délivrés, comme on enlève les chairs corrompues par la lèpre. Linceuls et bandelettes de mortalité, qui nous enlaçaient quand nous étions souillés du péché : tout a été brisé et rejeté au loin. L'ancien caractère a disparu. Si nous sommes des disciples de Jésus-Christ, en nous se sont révélés un esprit nouveau, de nouvelles amours, de nouvelles haines, de nouvelles frayeurs, de nouvelles espérances, de nouvelles aspirations, de nouvelles affections et de nouveaux désirs. « Si quelqu'un est en Jésus-Christ, il est une créature nouvelle, » (i) et se trouve placé dans une nouvelle création. Un changement s'est opéré en lui, changement tel qu'il peut chaque jour voir se vérifier en lui les paroles de notre divin Sauveur: « En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous. » (2) 2. Nous voyons là une esquisse des joies de la foi. Nous ne pouvons pas nous arrêter à en parler plus longuement, car il y a des choses plus grandes. Si telles sont les joies de la foi, quelles sont celles de la vision? Telle est la maturité de l'été après les froids perçants et la mort de l'hiver, telle est la vision de Dieu, quand la vision de la foi se change en la gloire de son Royaume. Les mêmes vérités, les
(i) 2 Cor. V. 17.
(2) S. Jean xiv, 20.
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mêmes réalités, les mêmes personnes, les mêmes relations que nous avons ici, existeront alors, et seront éternelles. Absolument comme les formes de la nature reparaissent telles qu'elles étaient, quand la neige a disparu devant les rayons du soleil ; ainsi en sera-t-il dans la vision de la gloire. C'est l'action et l'œuvre du Saint-Esprit. Redites les dernières paroles du credo de votre baptême : « Je crois au Saint-Esprit, à la Sainte Eglise Catholique. » L'Eglise est sa création: une, parce qu'il est un; sainte, parce qu'il est saint; infaillible, parce qu'il est la lumière de la vérité : 'T Et à la communion des saints /> ; — ce sont les fruits mûrs cueillis dans l'église de la terre, et réunis dans les greniers du Royaume. — « Et à la réniission des péchés; » au baptême, à la pénitence, à la contrition. — « Et à la résurrection de la chair ; » que l'Esprit-Saint recueillera du sein de la poussière pour l'établir dans la perfection de sa gloire. — « Et à la vie éternelle ; •> c'est l'habitation du Saint-Esprit dans l'âme des élus.
Voilà donc la joie de la vision. Quel sera le premier objet de notre vue? Notre Divin Sauveur a dit; « Je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera, il sortira, et il trouvera des pâturages; » (i) c'est-à-dire, les pâturages delà vie éternelle. La présence de la Sainte Humanité de Jésus,
(i) S. Jean. x. 9.
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la vision de notre divin Maître dans la gloire de son Royaume ; c'est la plénitude des promesses et de la prophétie, « ses yeux verront le Roi dans sa beauté, dans la terre qui est par-delà l'espace. » (i) Quelle est la beauté du Fils de Dieu? La beauté de Dieu lui-même. Il est l'éclat de la gloire de son Père, l'image de sa substance ; et Dieu lui-même est beauté. Cette beauté divine fut revêtue delà beauté humaine. Le premier Adam était beau, puisqu'il avait été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, qui est la beauté même. Il fut créé àl'image et à la. ressemblance du second Adam, c'est-à-dire du Verbe Incarné. Et Jésus-Christ, dans sa personne, est, selon la parole de Dieu: « le plus beau des enfants des hommes. » (2) Mais qu'est-ce que cette beauté extérieure en comparaison de la beauté intérieure, — de l'amour et de la tendresse, de la compassion et de la miséricorde, delà pureté et de la sainteté du Sacré-Cœur? Nous verrons la face de l'Ami qui nous a aimés, qui a souffert et qui est mort pour nous : les traits du Fils de Dieu empreints sur chacun de nous ; les regards de notre Rédempteur fixés distinctement sur chacun de nous; sa voix, nous parlant comme il parla à Marie au sépulcre, nous appelant chacun par notre nom, nous connaissant chacun en particulier dans toute
(i) 2 Isa. xxxiii. 17.
(2) Ps. XLIV. 3.
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l'intime conscience de notre personnalité : c'est le commencement de la joie.
Puis, le sentiment que dans toute l'étendue de son Royaume, il n'y a qu'une seule volonté, sainte, suprême, souveraine; que cette volonté pénètre l'être tout entier, au point qu'il n'y a pas une pulsation dans le pouls, pas un mouvement dans toute la nature spirituelle qui ne soit en parfaite harmonie avec elle ; que cette même volonté pénètre tous ceux qui, autour de lui, remplissent la cour céleste, tous les saints anges, tous les ordres des Bienheureux, communiquant à tous une joie unique, une joie mutuelle, à tel point que la joie de tous est celle de chacun. Nous aurons tous le sentiment parfait de ce que nous fûmes en ce monde, une parfaite identité de personne, la même que nous avons ici, à l'exception du péché, une connaissance parfaite les uns des autres, un échange parfait d'intuition, d'intelligence mutuelle, de tout ce qui sera dans l'âme, du bonheur et de la joie de chacun. Les plus grands dans le royaume de Dieu, — parce qu'ils pourront recevoir davantage, — auront une plus grande joie de la gloire des plus petits ; et ceux-ci, parce que leur charité sera parfaite, trouveront un surcroît de joie dans la gloire de ceux qui seront plus élevés dans le bonheur.
Ajoutez ce qui comblerait de bonheur même cette terre d'ici-bas. Si, pour un instant, les conflits, les haines, les disputes, les jalousies, les luttes, les
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querelles, les discordes de ce monde pouvaient être interrompus ; — si, pour un jour, du couchant à l'aurore, le péché pouvait cesser, — même ce monde serait heureux. Dans le monde de là-haut, ce sera le repos éternel ; le repos qui exclut toute tentation, toute lutte, toute épreuve; le repos intérieur, du cœur, de l'esprit, de l'âme, de la pensée, des affections,. de la volonté : tout en parfaite harmonie avec la volonté de Jésus. Puis, — chose dont vous ne vous rendrez peutêtre pas bien compte pendant que je vous en parlerai;
— le repos du travail, le repos des fatigues, le repos de manger son pain à la sueur de son front ; — et c'est bien le sort ici-bas de toutes ces multitudes, de tousces millions de chrétiens, appartenant à tous les pays, à toutes les langues; — le sort du pauvre laboureur, du cultivateur de la terre ; — de tous ceux qui arrachent de force du sein de la terre une maigre subsistance, qui mènent une vie de souffrances, dans le froid, dans les tourments, dans les maladies, dans les privations, dans des maisons où tout manque, avec des enfants qui crient la faim, avec tous ceux qui sont chers et qui languissent, qui dépérissent faute d'une nourriture suffisante que ne peut fournir leur travail :
— c'est pour eux tous un fardeau dont vous ne soupçonnez peut-être guère le poids, vous tous qui m 'écoutez. Mais au ciel : « ils n'auront plus ni faim ni soif; et le soleil, ni- aucune autre chaleur, ne les les incommodera plus; parce que l'Agneau qui est au
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milieu du trône sera leur pasteur : il les c enduira aux fontaines des eaux vivantes ; et Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux. » (i)
Ce n'est pas tout: au ciel, nous aurons la joie de nous savoir doués d'une santé éternelle. Vous avez peut-être connu par votre propre expérience les souffrances et les maladies; vous savez ce qu'il en est que de gémir longtemps sur un lit de douleurs. Vous vous rappelez le premier jour où il vous fut possible de vous lever, de sortir pour respirer l'air libre et la lumière du soleil ; le premier sentiment de la santé qui vous était rendue, des forces qui vous revenaient, de cette vigueur nouvelle qui pénétrait vos membres: que sera-ce donc que la santé éternelle du Royaume de Dieu, quand il n'y aura plus ni mort, ni maladie, ni déperdition des forces de ce pauvre corps, ni infirmité des membres; plus d'yeux privés delà vue, ni d'oreilles privées de l'ouïe; plus de membres estropiés, plus d'esprits faibles, plus de cerveaux dérangés, pas une intelligence qui ne soit parfaite et ne jouisse complètement de • la raison. Toutes les infirmités auront à jamais disparu; car, avec la résurrection du corps, toutes seront guéries pour l'éternité. L'âme, rendue parfaite, à la ressemblance de Jésus, sera revêtue d'un corps glorifié comme celui de Jésus. Comme il n'y aura plus de
(i) Apoc. VII. i6. 17.
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mort, il n'y aura plus de changement. Si, dans ce bas monde, nous pouvions voir se réaliser tous les désirs de notre cœur, ces désirs ne dureraient pas toujours; et s'ils pouvaient durer toujours, ils seraient impuissants à satisfaire notre cœur. Mais, dans le Royaume de Dieu, il n'y aura point de changement pendant toute l'éternité. Point de jours passés, point de lendemain, point de soir à la fm du jour: ce sera un jour éternel, — l'instant actuel, toujours présent, — le plein midi d'un bonheur complet. Le bonheur de la vie, le bonheur du foyer, le bonheur de votre vie passée, — où est-il? Il faut regarder en arrière pour le chercher : il a disparu ; il s'en va ; il fuit rapidement, et bientôt il ne sera plus. Mais dans le Royaume de Dieu, cette nouvelle vie du corps, de l'esprit, de l'âme et de la famille ; le bonheur parfait, la parfaite identité de personnes, les connaissances réciproques, les liens d'affection perfectionnés et transfigurés dans le royaume de la Résurrection ; tout cela sera immuable et éternel.
Reste enfui une autre joie ; mais c'en est une dont je puis à peine parler, parce que j"ai de la peine à la comprendre. Nous verrons Dieu. Nous le verrons tel qu'il est ; nos yeux contempleront l'Eternel. Nous verrons sa nature incréée. Nous verrons ce que nos cœurs sont impuissants à concevoir. Nous le verrons, non par les yeux de la chair et du sang, ni par l'intelligence imparfaite de notre nature ; mais nous
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le verrons à la lumière de la Gloire. La lumière de la Gloire vient du Saint-Esprit : ce sont les clartés de l'intelligence illuminée par l'Esprit Saint. L'âme remplie de Charité sera élevée par le Saint-Esprit jusqu'à la vision de Dieu, à l'union avec toutes ses puissances et avec toutes ses affections dans la vérité incréée et dans l'amour incréé, — c'est-à-dire, en Dieu lui-même. Nous le verrons, non pas dans son infinité, — l'esprit fini en est incapable ; — mais nous le verrons d'une manière finie. Quand nous voyons une étincelle de feu, nous voyons tout le feu, bien qu'il n'ait pas des limites que nous puissions comprendre ; et quand nous voyons un rayon de lumière, nous voyons entièrement la nature de la lumière, bien que cette lumière soit sans bornes : ainsi nous verrons Dieu.
Quand nous verrons sa sainteté, sa pureté, sa sagesse, sa bonté, sa puissance, sa justice, sa miséricorde, sa pitié, sa compassion, et toutes les perfections de Dieu, nous verrons Dieu tel qu'il est, bien que ce ne soit pas d'une manière infinie. Nous verrons Dieu le Père dans son essence incréée ; nous verrons Dieu le Fils engendré du Père ; nous verrons Dieu le Saint-Esprit, procédant du Père et du Fils : nous verrons l'essence de la gloire, de l'éternelle et mutuelle connaissance, de l'éternel et réciproque amour des trois Personnes égales en une seule et même Divinité. Ces mystères dépassent nos paroles et nos pensées, mais, dans le
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Royaume de la Résurrection, ils seront manifestés à tous ceux qui entreront par la Porte qui est Jésus- Christ; etàsa lumière, tous les mystères serontrévélés. Voilà donc quelles sont les joies de la Résurrection.
Maintenant, quels sont les signes, quelles sont les marques de ceux qui hériteront de ces joies? Par votre baptême, comme je l'ai dit, vous, vous avez été faits participants de la Résurrection; l'absolution vous a affranchis du péché et de la mort: vous êtes donc les héritiers des joies de la foi et des joies de la vision. Mais de même que l'Eglise a ses notes, de même ceux qui sont les vrais disciples de Jésus- Christ ont leurs signes visibles; ce sont certains fruits de l'Esprit Saint : quels sont-ils?
I. Le premier signe, sans lequel on n'est disciple que de nom, c'est l'amour de Dieu et l'amour du prochain. Saint Jean, parlant d'après l'inspiration de l'Esprit Saint, dit ces paroles: « Nous reconnaissons à l'amour que nous avons pour nos frères que nous sommes passés de la mort à la vie. /> (i) La marque d'une âme, qui a en elle la vie de la Résurrection, c'est l'amour de Dieu par-dessus toutes choses ; puis, c'est l'amour du prochain comme de nous-mêmes. L'amour de Dieu par-dessus toutes choses, c'est l'amour d'appréciation qui nous rend prêts à sacrifier tout en ce monde plutôt que de perdre Dieu. L'amour
(i) I. S. Jeas. III. 14.
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du prochain, c'est la flamme brûlante de la charité qui se fait sentir tout autour de nous. « Charité bien ordonnée commence par soi-même, » signifie qu'il n'y a point de charité dans l'homme qui n'embrasse pas toute sa famille dans l'amour de Dieu et du prochain; puis, que cet amour embrasse tous nos amis, chacun selon son rang ; et enfm, après nos amis, nos ennemis, et tous ceux qui ont besoin de nous. Par ceux qui ont besoin de nous, il faut entendre tous ceux qui pleurent, les délaissés, tous ceux qui souffrent de la maladie ou de la tentation, les égarés; les petits enfants sans secours ; enfin, nos ennemis et ceux qui, sans motif, sont mal disposés envers nous.
Voulez-vous avoir une preuve qui vous démontre que vous avez en vous la vie de la Résurrection? Voyez comment vous vous comportez à l'égard de ceux que vous croyez mal disposés envers vous. Ils sont au niveau de vos meilleurs amis. Les amis qui vous affectionnent, qui parlent de vous en termes bons et flatteurs, ne sont pas des amis, si vous les comparez à ceux qui vous regardent de travers, qui parlent mal de vous et ont le cœur aigri contre vous. Ils font l'épreuve de ce que vous êtes ; ils mettent à l'épreuve votre patience, votre esprit d'humilité; montrent si vous avez une volonté crucifiée, ce qui est la plus sûre marque des vrais disciples de Jésus-Christ. Si vous avez des ennemis, cherchez à voir tout ce qu'il y a de bon en eux. En tous il y a du bon. Quand nous
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plongeons le regard à travers une épaisse forêt, nous voyons çà et là les rayons delà lumière du soleil qui descendent sur les feuilles et jusque sur le sol ; ils sont faibles, disséminés, tout petits peut-être; mais enfin, le soleil est là quand même : ainsi en est-il des pires parmi les hommes : s'ils ne sont pas des réprouvés, il y a encore en eux quelques traces de la Divinité. Cherchez, et sachez les découvrir. Si vous avez la charité, vous devez avoir des yeux pour voir ces lueurs de soleil. Si vous ne pouvez pas rester aveugles sur leur péché, — et vous ne pouvez moins faire que de le voir si l'Esprit Saint vous donne lumière et discernement; — malgré tout, dans votre conduite à l'égard des pécheurs, dans votre manière de traiter les coupables, vous agirez comme si vous ne voyiez pas leurs travers. Vous serez même pour eux, comme Notre-Seigneur est pour vous. Bien qu'il voie toutes vos iniquités, il vous traite toujours avec un patience imperturbable. Jamais il ne vous parle sur un ton aigre ; jamais il ne vous fait un geste d'impatience. Voyant que la mèche n'est pas encore éteinte et que le roseau n'est pas encore brisé, il vous traite avec une compassion toute divine. Agissez ainsi avec vos ennemis. Cette charité de votre cœur se manifestera à l'égard de toutes les œuvres de Dieu. La création tout entière est un miroir qui reflète la gloire, la compassion, la douceur et la bonté de Dieu. Toutes les créatures sont, pour ainsi dire, une échelle qui
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nous fait monter jusqu'au cœur de Dieu. C'est par ses créatures qu'il nous parle. Nous devons aimer toutes les œuvres sorties de ses mains : les arbres de la forêt et les fleurs des champs, les créatures inanimées. — Toutes seront l'objet de notre amour et de notre bonté, parce que leur Créateur les aime, et parce que nous voyons sur elles la main de leur Créateur.
2. La charité est la première marque. La seconde est la liberté; c'est-à-dire que, tout en aimant les créatures de Dieu, nous ne devons nous laisser réduire en esclavage par aucune d'elles. Le grand péché du monde, c'est de servir et d'aimer la créature plus que le Créateur. Notre grand péché à nous tous, c'est le culte de la créature; c'est de mettre les créatures à la place de Dieu. Ce culte nous réduit en servitude. Nous perdons notre liberté. Les créatures troublent notre intelligence, nous corrompent le cœur, égarent notre volonté, nous détournent du service de Dieu et nous font servir le monde, avec ses ambitions et ses vanités, ses honneurs et ses fascinations, ses désirs exagérés et ses basses servitudes. Il y a quelque chose de triste et de méprisable dans cette dépendance des hommes qui se soumettent aux souffles du monde, aux louanges et aux blâmes du monde. Si, selon l'expression de l'Apôtre, « vous êtes ressuscites avec le Christ, recherchez ce qui est dans le ciel, non ce qui est sur la terre; vous êtes
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morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. » (i) Ne soyez pas les esclaves du monde.
Il y a dans le monde une créature qui est la plus subtile de toutes; — il y a une créature qui est plus que toutes les autres fascinante, trompeuse; qui, plus que rien autre, réduit les hommes en esclavage; et cette créature, c'est le inoi, l'amour du moi. L'amour de soi se manifeste dans la détermination violente de notre volonté pour telle ou telle chose, sans aucun discernement sage et raisonnable. Il fixe notre cœur sur une chose au point que le cœur s'y attache et ne fait plus qu'un avec elle. Si elle nous est enlevée, nous nous croyons blessés à mort, comme si on nous avait amputé un membre. Alors, viennent les ennuis, les dégoûts, les mécontentements, les tristesses. C'est une possession du démon, car « la tristesse du monde produit la mort. » (2) Une fois là, nous entrons en révolte contre Dieu. L'Homme de douleurs ne s'est point attristé pour lui-même, mais pour nous. La vraie et parfaite sympathie de l'Homme de douleurs fut pour les autres. 11 n'y a que deux centres. Dieu et nous. Force nous est de reposer sur l'un ou sur l'autre. Si nous faisons porter toute la pesanteur de notre poids sur nous-mêmes, nous ne reposons pas sur Dieu de la pesanteur d'une plume : nous ne vivons
(i) Col. ih. i.
(2) 2 Cor. vu. 10.
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qu'en nous et pour nous. Et nous souffrirons; — nous souffrirons en ce monde des ennuis, des croix, des désillusions continuelles. Si nous mourons sans qu'une douloureuse expiation ne nous ait préparés à la vision de la paix, nous risquons de ne pas voir la face de Dieu pendant toute l'éternité.
Il y a plus: Un lot est fait pour chacun de nous, et c'est Dieu qui l'a choisi. Nous ne le choisissons pas nous-mêmes. Quelques détails peuvent rester soumis à notre contrôle : mais nous ne le choisissons pas plus dans sa totalité, que nous ne décidons le pays et le temps où nous naissons. C'est la providence de Dieu qui fait ce choix. Il décide ce que nous aurons et ce que nous n'aurons pas. Ce lot nous est attribué : il doit faire notre contentement, notre satisfaction et notre joie. Bien plus, quand nous voyons les autres plus heureux, plus riches, mieux favorisés que nous, nous devons non-seulement nous réjouir de notre sort, mais encore, par amour pour eux, être heureux de les voir préférés à nous. S'ils sont plus aimés que nous, si Dieu répand sur eux des faveurs plus abondantes que sur nous, nous devons nous réjouir en tout. Ce sont là les marques d'an cœur qui vit dans les joies de la Résurrection. Ce cœur ne vit point pour lui-même. Ne vivant pas pour lui, n'aimant point à se repaître de joies égoïstes, il éprouve une joie intime qui lui vient de la présence de Jésus- Christ. C'est la surabondance de sa paix, « qui
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surpasse tout sentiment; » (i) c'est la conscience de ces doubles relations, — relations de lui à nous et de nous à lui; — c'est Tenivrement de notre mutuel et indissoluble amour.
3. Enfin, il me reste à parler d'une troisième marque, c'est l'esprit de louanges, l'esprit de reconnaissance, de joie et de remerciement. Nous persévérons dans la prière pendant toute notre vie, suppliant, exprimant nos désirs en termes ardents, mécontents même, parce que nous n'avons pas tout ce que nous convoitons : et quand nous recevons les dons de Dieu, nous, pareils aux lépreux, nous ne lui rendons pas grâces : l'esprit de louange n'est pas en nous. Et cependant il n'y aura plus aucune prière dans le ciel, il n'y a plus aucune prière dans l'éternité. Ce sera la louange perpétuelle. La louange sera l'occupation des Bienheureux; ]a louange sera notre joie; la louange sera notre jouissance éternelle. Si, par conséquent, nous ne louons pas Dieu en cette vie; si la louange n'est pas sur nos lèvres et dans notre cœur; si, quand nous répétons les paroles du Psalmiste, notre cœur reste froid et attaché à la terre, nous essayons-nous à la louange du Royaume de Dieu? Saurions-nous chanter le cantique de Moïse et de l'Agneau, si nous ne l'avons pas appris ici-bas? Rappelez-voQS ce que c'est que la louange. La
(l) PhILU'. IV. 7.
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louange consiste dans l'amour de Dieu, dans l'admiration de la bonté de Dieu, dans la reconnaissance des dons de Dieu, en voyant Dieu en tout ce qu'il nous donne, oui, et même dans les choses qu'il nous refuse. Il faut que nous puissions voir notre vie entière à la lumière de Dieu; la voyant ainsi, notre devoir est de bénir Dieu, de l'adorer, de le glorifier; de dire, avec les paroles des Séraphins: « Saint, Saint, Saint; » de dire, avec les Anges: « Gloire à à Dieu au plus haut des cieux; » de répéter: « Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit; » de répéter toujours et en toutes choses : « Grâces soient rendues à Dieu! » Apprenons à faire de cet esprit de louange la règle de notre conduite quotidienne.
Il ne me reste plus qu'un mot à ajouter. Pendant plusieurs longues semaines pas à pas, nous sommes arrivés jusqu'à ce jour. Nous sommes venus du désert, à travers la solitude du péché. Nous nous sommes appesantis sur les horreurs du péché mortel et du péché véniel, sur les péchés d'omission, sur les tentations. Nous avons parcouru le chemin de la Croix. L'autre jour seulement, nous nous sommes arrêtés sur la Montagne du Calvaire, contemplant les cinq blessures sacrées et l'abandon du Fils de Dieu. Aujourd'hui, nous sommes montés du sépulcre jusqu'au trône du Royaume de la Résurrection. Tout autour de nous, nous pouvons voir par la foi ceux que nous verrons plus tard dans la vision : la Bienheureuse
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Mère de Dieu, toujours sans tache; le bien-aimé disciple, qui eut toujours le cœur pur ; Marie- Madeleine, profondément souillée, il est vrai, mais maintenant aussi blanche que la neige. Ils sont là, types des saints et des pénitents, dans le Royaume de Dieu, rachetés par le même Seigneur et Sauveur, lavés dans le même Sang Précieux, revêtus de lumière, les pécheurs devenus aussi purs que les innocents, parce que jamais il n'y aura plus trace de péché, puisque tous les péchés ont disparu. « Ce sont ceux qui sont venus ici, après avoir passé par la grande tribulation, et qui ont lavé et blanchi leurs robes dans le sang de l'Agneau. » (i) Nous sommes donc parvenus dans la joie, avec les pénitents et avec les samts, jusqu'au Royaume de la Résurrection. Mais il nous reste à passer sur la terre encore quelques années de tentations, de tourments, de tristesses, de luttes et de croix. Oui, il nous faut voir encore des tempêtes sur le lac, des orages sur la montagne : c'est notre lot d'ici-bas. Qu'importe ? Si nous sommes les enfants de la Résurrection, le ciel est à nous ; le ciel est proche! Notrejoursera-t-il longtemps différé, luira-t-il bientôt? Nous l'ignorons. Avant la prochaine fête de Pâques, nous pouvons être dans la lumière du Royaume, ou bien, nous pouvons être sur ses frontières, achevant notre expiation et attendant la
(i) Apoc. VII. 14.
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vision de Dieu. Qu'importent donc quelques peines, quelques tristesses, de légères pénitences, quelques croix, si quelque temps après, doit suivre un héritage de joie éternelle ?
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