Comptes rendus de la Presse
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les tentatives audaeieuses, les ouvrages qui s’éloignent dans un sens ou dans un autre, des traditions académiques. Le nombre des toiles insignifiantes qui garnissent encore les murailles du Louvre, montrent que ce n’est pas la médiocrité qui déplait à ces messieurs.
» Il n’est pas un des artistes célèbres de ce temps-ci qui n’ait eu à subir quelque affront de la part de cet aveugle aréopage. Cette année on a mis à la porte complètement ou en partie : Lehmann, Chasseriau, Gigoux, Corot, Guignet, Penguilly, Gué, Dantan, Maindron et bien d’autres.
» On ne fera croire à personne que les ouvrages envoyés par ces artistes, recommandables sous tous les rapports et parfaitement connus du public, n’étaient pas dignes d’être mis sous ses yeux. »
Le Gaulois fuyant devant les Romains est une de ces créations neuves et originales que Guignet trouvait, à ses heures, et qui étonnent par l’imprévu. On l’a intitulé presque partout. Gaulois fuyant dans un marécage^ en prenant pour des roseaux les piques, les armes, les enseignes des Romains indiqués à travers un fouillis brumeux. Le Gaulois échevelé et nu est emporté par son cheval dans une course furieuse, accompagné de ses ambactes dont les montures, le naseau en feu, rivalisent de fougue et de vitesse. Il tient par les cheveux une tête coupée battant à chaque saut contre son bouclier. Il la conservera dans un de ces grands coffres de bois que le voyageur grec, Posidonius, vit chez ses hôtes de la Gaule méridionale, qui lui montraient avec orgueil ces sanglants trophées conservés dans chaque famille comme des salaisons.
La lecture des Commentaires de César a certainement inspiré Guignet dans ce sujet qu’il a interprété avec une ivresse sauvage. Tels devaient être : Comm l’Atrébate, Litavic l’Éduen se sauvant vers Gergovie, et surtout Ambiorix le Trévire échappant dans la forêt aux émissaires de César : Fugientem silvæ texerunt. ^
i. Cæsar. De bello gallico, lib. VI, c. xxx.
Cette œuvre aussi vigoureuse qu’excentrique fut remarquée par les critiques.
« Adrien Guignet, dans son Gaulois, a conservé toute sa fougue, toute sa farouche passion pour le mouvement et pour la couleur. Salvator Rosa n’eût pas mieux lancé un cheval indompté dans les montagnes de la Calabre.
» M. A. Riffaut est le traducteur ordinaire d’Adrien Guignet; grâce à lui, ceux qui n’ont pas les tableaux des peintres les comprennent bien par la gravure. » ^
Riffaut, en effet, publia du -Gaulois une très belle gravure héliographique qui rend parfaitement l’original ~ ; le journal V Artiste en a donné la reproduction. Le même journal édita aussi, l’année suivante, un condottiere de Guignet, armé et casqué, préservant son armure sous les loques d’une espèce de casaque tombant sur ses épaules et sa poitrine comme la crinière d’un vieux lion. Sa longue pique à l’épaule, la rapière au côté, la jambe tendue pour partir, il est défini par le journal dans les termes suivants : « Voilà un valeureux drôle que je vous recommande si vous avez un mari ou un amant à supprimer de la création. C’est un honnête homme qui tient à sa parole comme à son coutelas. — Parlez et vous serez servi à juste prix. — S’il y met du retard, c’est qu’il aura fait une prière à sa madone. » ^
C’est cette même année, croyons-nous, que J. -B. Guignet fit le portrait du duc de Luynes, qui venait poser dans son atelier, rue Monsieur-le-Prince, n® 20. Le duc y vit un jour un panneau peint par Adrien, qu’il ne connaissait pas' personnellement, mais dont il avait remarqué le tableau de Joseph expliquant les songes de Pharaon. Il demanda le nom de l’auteur de la charmante composition qu’il avait sous les yeux, et quand il sut qu’elle était d’Adrien, il félicita chaleureusement