Un honnête homme
Époux et père.
Dont le travail nourrissait la maison,
Est arrêté dans une affaire,
Accusé de conspiration,
Et de là conduit en prison.
Après vingt ans de peine et de souffrance,
De son cachot il put enfin sortir,
La justice a reconnu Tinnocence,
Tout finit par se découvrir. (Bis.)
2. Albert de la Fizelière, Comptes rendus du salon de 1852, reproduits dans le Mousquetaire du 27 août 1854, n« 275.
nous, ne peut guère se rapporter qu’à sa première jeunesse, à cette époque confuse où l’âme en formation sent bouillonner pêle-mêle les éléments qui doivent un jour constituer sa personnalité. Aucun de ceux qui ont vécu avec lui, consultés à ce sujet, n’ont connu ses tentatives poétiques. Celles de son pinceau étaient faites pour le distraire bien vite des mots rimés. Nous savons néanmoins de source certaine qu’au moment du mariage de Louis Guignet, il composa à l’adresse de sa nouvelle sœur une pièce de vers très gracieusement tournés.
Qu’il se soit ou non exercé à la poésie, son expression habituelle était celle d’un rêveur, et ressemblait à la résignation. C’était le voile de la vie intérieure qui écarte les indiscrets et s’ouvre pour les amis. Son regard un peu éteint au repos devenait ferme et pénétrant en se fixant, et donnait à sa physionomie un accent de dignité calme qui imposait. Il fallait qu’une sympathie, une relation bienveillante eussent fondu cette feuille de glace pour le connaître tel qu’il était, bon, aimable, d’une simplicité séduisante, faisant oublier dans un fin et doux sourire le nuage de tristesse qui errait sur son front.
On n’est jamais mieux jugé que par les siens, et c’est pourquoi nous avons recueilli de ceux qui ont été les témoins et les copartageants de sa vie et de ses travaux quelques appréciations. ce Distrait et obsédé par l’imagination, il lui arrivait au milieu d’une conversation de s’arrêter, sans en avoir pour ainsi dire conscience, de prendre un crayon, et de commencer à dessiner la composition qui lui traversait l’esprit.
» Il était si naïf, si enfant, si gai à ses heures, qu’en repassant tout notre passé de vie commune et d’amitié, je pense à lui en riant... et en pleurant », me dit un jour Bodmer, pendant qu’une larme furtive glissait sur sa joue. Ils avaient en effet vécu en frères depuis le moment où Adrien lui avait appris à tenir un pinceau, en lui disant ensuite : « Marchez. » L’élève fit une esquisse de paysage. Quelques jours après survint un
marchand nommé Weil, qui, furetant, découvrit l’ébauche retouchée par Guignet. La croyant de lui, le marchand en demanda le prix. On fut bientôt d’accord, et quand Bodmer, au retour, chercha le tableau pour le finir, son compagnon partit d’un grand éclat de rire et lui dit : « Ne le cherchez pas, je l’ai vendu. »
Quand il entrait le soir à la brasserie, il fumait immédiatement, ne touchant ni livres ni journaux, et restait muet. Si on le lui reprochait, il répondait : « Je n’éprouve jamais le besoin de parler et voudrais rester trois jours sans ouvrir la bouche. » Alors commençait une innocente guerre. Ses amis lui disaient : « Puisque vous refusez de vous occuper de nous, on va vous faire rire ; puis venaient les taquineries sur sa taciturnité; il restait un certain temps à ne riposter que par monosyllabes, mais l’excitation arrivée sa gaieté devenait charmante. »
« C’était, ajoute Bodmer, le plus loyal et le plus jovial camarade qu’on puisse rencontrer, malgré son apparence morose ou taciturne, une belle nature gauloise et un artiste de génie et d’originalité, qu’il commençait surtout à affirmer dans les derniers temps, quand la mort l’a enlevé, au regret de tous ceux qui le connaissaient. » ^
a Pour les classiques tels que son ami Frillé, de Dijon, élève de Léon Cogniet et critique remarquable, Guignet était un excentrique dont il n’aimait que les paysages et, « au moral, le plus honnête homme qu’il connût. » Pour d’autres il était un poëte à qui ils pardonnaient une certaine insuffisance de dessin et de modelé, en songeant devant ses tableaux. « Il est impossible d’imaginer quelque chose de plus affectueux, de plus candide, de meilleur pour tout dire que le caractère d’Adrien. Il se mettait constamment dans l’embarras pour en tirer les autres. Jamais on ne surprit sur ses lèvres la moindre parole de jalousie ni la plus légère mauvaise humeur à propos