‹ Le peintre Adrien Guignet: sa vie et son œuvreChapitre 38 sur 62 · Clément de Ris, VArtitte · texte numérisé non relu

Clément de Ris, VArtitte

3. Née à Genève, le 3 mars 1819, baptisée à l'église de Saint-Germain, de Genève.

événement qui leur apportait un nouveau deuil réunit momentanément à Paris les trois Guignet depuis longtemps dispersés ; Louis, Tainéy fit à cette occasion un voyage au milieu des siens frappés en même temps dans leurs sentiments et dans leurs intérêts.

Guignet père n'avait pas fait fortune et laissait sa veuve dans un état d'autant plus précaire que la politique pesait indistinctement sur toutes les positions. Le^ théories socialistes en effrayant à bon droit la France n'étaient pas de nature à relover la prospérité des artistes qui mouraient de faim. Des charges nouvelles incombaient aux trois frères, quoique l'un d'eux, Louis, pour les alléger, se montrât dans les arrangements de famille bon et désintéressé. Jean-Baptiste et Adrien eurent seulement à leur charge un modique supplément de pension, qui, si faible qu'il fût, dépassa bientôt leurs ressources. Ce dernier souffrait cruellement d'un dénûment qu'il eût accepté dans toute sa rigueur s'il n'eût pesé que sur lui, mais dont le contre-coup, malgré tous les efforts^ atteignait aussi sa mère. Il lui écrivait le 22 décembre 1848 :

a Ma chère Mèue,

» Si depuis longtemps je ne suis pas allé te voir, ce n'est pas que je t'aie oubliée, c'est mon maudit travail qui me prend tous mes jours, depuis le matin jusqu'au soir. Il est si important pour moi que je dois y consacrer tout mon temps, je n'ai d'espoir que dans le salon prochain pour vendre de la peinture. Mais je crois que le diable s'en mêle pour m'empêcher d aller vite, car voici la troisième fois que je recommence mon tableau. Ce qui me retarde beaucoup et nuit à mon travail c'est d'être tourmenté à chaque instant par mes créanciers et ceux de mon frère, qui sont toujours sur mon dos ; et comme je n'ai pas d'argent à leur donner ils se figurent qu'en me tourmentant je leur en donnerai plus vite. Depuis quelques jours j'ai pris le parti de ne pas

ouvrir quand on vient frapper, je suis plus tranquille alors, travaillant mieux; ce qui continuera, j'espère, si Dieu le veut. Il m'est particulièrement pénible de n'avoir pas pu encore te porter ma part de ta pension. Si j'avais eu l'argent nécessaire, je n'aurais pas attendu une minute pour te le donner. Louis m'a écrit qu'il t'avait envoyé la sienne, j'espère sous peu en faire autant. Je suis bien affligé d'apprendre que tu te portes mal, espérant qu'il n'y aura rien de sérieux. Depuis longtemps je suis sans nouvelles de Philis (son frère Jean- Baptiste). Il me marquait dans sa dernière lettre qu'il était toujours malade. Adieu, chère mère, pardonne-moi d'être resté si longtemps sans te donner de mes nouvelles.

» Ton fils qui t'aime,

» ADRIEN GUIGNET. »

Il ne demandait qu'à un labeur acharné l'oubli momentané de ces tracasseries et des inquiétudes qui en étaient la suite, désespérant malgré son courage et sa constance au travail de pouvoir faire face à des nécessités contre lesquelles sa bonne volonté et ses modiques ressources étaient impuissantes. Cet état pénible d'esprit lui rendait l'épanchoment nécessaire, et il écrivait presque en même temps à ses deux frères sur le même sujet. La lettre qu'il adresse à Louis Guignet, bien que sans date, en trouve une par son rapprochement avec la précédente :

« Mon cher Louis,

» Je viens d'écrire à Philis après avoir reçu ta lettre. La rareté. des miennes ne doit pas t' étonner, connaissant ma paresse pour ce genre d'exercices. Tu dois en savoir quelque chose ! ! I

» Je travaille beaucoup dans ce moment à mon grand tableau pour le salon. C'est mon seul espoir d'avoir de l'argent

l'année prochaine, si j'ai assez de bonheur pour le voir acheter par le ministère de Tintérieur. Je ne travaille que dans cette espérance, car pour vendre aux amateurs, il ne faut mémo pas y songer. Aussi je sacrifie tout pour faire mon tableau, et il en arrivera ce qui pourra.

» J'ai épuisé le peu d'argent que j'avais et je me vois forcé de mettre au Mont-de-Piété un prix que j'ai eu du gouvernement après le salon dernier. Ce prix consiste en une coupe d'émail fort jolie. J'ai bien du regret de la porter là, surtout pour une si petite somme, 50 francs, et il est probable que Ton va me rabimor; mais enfin je n'ai pas d'autre ressource, et après, je ne sais vraiment pas comment je ferai pour vivre : je mange à table d'hôte à crédit, depuis fort longtemps, et bientôt on me demandera de l'argent, perspective qui ne contribue pas peu à m'attrister. Si je donne un à-compte sur les 50 fr. du Mont-de-Piété, il ne me restera presque plus rien.

r> Ce qui me contrarie le plus est de ne pas pouvoir donner à notre mère 67 francs, montant de ma part de sa pension, j'ai payé le dernier trimestre, plus 25 francs sur les frais d'enterrement *, de sorte que maintenant je n'ose plus aller la voir, no pouvant porter ce que je dois. (Je n'ai pas reçu de visite de Monter eau,)

D Adieu, pardonne-moi d'être si paresseux mais ne m'accuse pas d'indifférence ou d'ingratitude, car je pense souvent à toi, à ton bon cœur et aux services que tu m'as rendus de plusieurs manières. Je voudrais bien un jour être à même de pouvoir te témoigner mon dévouement et ma reconnaissance ainsi qu'à notre pauvre Philis.

> Adieu, je t'embrasse de tout mon cœur, ainsi que Cécile et ma jolie petite nièce que j'aime bien.

» A. GUIGNBT.

» Je me porte passablement et souhaite que vous vous portiez de même. »

i. U s'agit de Gaignet père.

On voit par cette lettre qu'il n'osait plus aller voir sa mère faute d^argent, il recula en effet quelques jours plus tard devant le devoir de se présenter à elle, pour lui offrir ses souhaits du 1*" janvier 1849, et recourut encore à sa plume pour se soustraire au rôle pénible que lui imposait sa gêne :

€ Ma chère Mère,

» J'aurais bien voulu aller te souhaiter la bonne année, mais je n ai pu m'absenter un seul instant, étant fort occupé à mon tableau du salon, et pour cette raison je me vois forcé de t^envoyer dans ces deux mots d^écrit un baiser et des vœux pour que ta santé soit bonne.

» J'ai reçu une lettre de Louis, dans laquelle il me dit ce qu'il t'a envoyé et ce qu'il veut faire encore en attendant que Philis et moi puissions verser notre part de ta pension, ce qui ne tardera pas, je l'espère, si les affaires reprennent. En attendant je te prie de patienter, et un peu plus tard tout ira bien avec la grâce de Dieu et de notre travail.

i> Je t'embrasse de tout mon cœur.

» Ton fils, ADRIEN GUIGNET. a

Pour mettre un terme à ces extrémités et suffire à ces engagements sacrés, Guignet fit un effort héroïque en prenant sur lui d'aller offrir aux marchands quelques-unes de ses toiles, puisqu'ils avaient cessé de visiter les ateliers. Armé de tout son courage il se mit en route et aborda, le cœur battant, un magasin en renom du boulevard Montmartre, dont nous pourrions citer le numéro. Il offrit timidement ses produits. Le maître de l'établissement, qui sans doute avait peu l'habitude de juger par lui-même, jeta un regard dédaigneux sur les peintures, et toisant l'affamé du haut de son argent, lui refusa d'en exposer une seule derrière ses vitres, en lui disant d'un ton superbe : « N'insistez pas, jeune homme, c'est inutile, nous

n^avons ici que de bonnes choses. « Adrien se retira confus, et vendit toutes les médailles quMl avait obtenues aux concours et aux expositions ^ No pouvant autrement venir en aide à la misère des autres il avait envoyé, le 23 décembre courant, un charmant dessin pour l'album de la Société des gens de lettres, destiné à procurer des ressources aux artistes dénués comme lui. Plusieurs en effet émigrèrent alors pour attendre des temps moins désastreux. Guignet ne quitta point Paris, mais il fallait faire face à des exigences de toute sorte, vivre, désarmer les créanciers de son frère, qu'il regardait comme les siens propres, lutter en un mot contre la misère.

Les conséquences sociales de la révolution dépassaient les forces de ceux qui auraient voulu alors y porter remède, et les chefs de TEtat s'alarmaient en vain des plaintes et des souffrances dont Técho arrivait jusqu a eux. L'annuité des expositions de peinture fut d'abord décrétée, mais il eût fallu pouvoir en même temps décréter des acheteurs, et sous la présidence du général Cavaignac, le ministre de l'intérieur, dont les beaux-arts relovaient alors, M. Dufaure, avait institué sous le nom de Cammission permanente des Beaux-Arts, un comité pour l'éclairer sur cette crise fâcheuse et l'aider à la conjurer. Il se composait d'amateurs éminents, d'artistes célèbres, et d'employés supérieurs de l'administration compétente; le duc de Luynes fut nommé président. On comptait parmi les artistes Ingres, Delaroche, Delacroix, David d'Angers, Jeanron, directeur général des musées nationaux, Henriquel Dupont, Duban, et parmi les amateurs, outre le duc de Luynes, Montalembert, Charles Blanc, directeur des Beaux-Ârts, Rivet, Frémy, de Lasteyrie, etc.

A la première séance, après l'exposé du ministre, un artiste demanda la parole pour formuler la motion suivante : « L'art

1. Lettre rectificatiye d'Ernest Guignet adressée au Journal de SHne-et' Oise, le 31 décembre 1867, au sujet d'un article du 24 décembre 1867 publié par cette feuille sur Adrien Guignet.

n'a pas besoin d'encouragements; TEtat n'a pas à intervenir dans ce genre d'affaires ; son rôle doit se borner à décourager les artistes qui sont trop nombreux. « L'Etat no doit de protection qu'à la peinture monumentale, il n'y a guère qu'une dizaine d'artistes dont l'Etat doive avoir souci... »

La motion excentrique résumée ici en quelques mots, mais qui fut développée, manuscrit en main, répondait peu aux besoins de la situation, et semblait néanmoins influencer l'auditoire ; le ministre et le duc de Luynes en paraissaient aussi surpris qu'attristés. Elle fut combattue par Jeanron qui l'emporta. Â l'issue de la séance le duc lui offrit un cigare en lui demandant quelques instants d'entretien. Tout en marchant, il le félicita du rôle qu'il avait pris dans la séance, c seulement, ajouta-t-il, je n'admets pas (comme je l'ai affirmé) qu'un artiste de mérite puisse rester inconnu à Paris où les expositions sont fréquentes, la presse, attentive, les marchands de tableaux nombreux, leurs magasins et leurs vitrines, jusqu'à ceux des simples brocanteurs, curieusement visités. »— c II y a quinze jours, monsieur le duc, reptit Jeanron, une pauvre femme est venue offrir à un de mes employés du musée, qui est amateur et a de largent, un petit tableau dont elle demandait 20 francs, il le refusa. J'arrivai, la pauvre vieille dame paraissait bien émue. — Pourquoi ne l'achetez-vous pas, dis-jo au jeune homme, il vaut un bien autre prix? — - Eh ! mon Dieu? dit-il, parce que j'en ai acheté pour 15 francs un autre que je préfère. — Je le forçai à le prendre. — Eh bien 1 M. le duc, j'y engage ma compétence, l'artiste qui trouve si difficilement 20 francs de ce tableau, a plus de talent, et n'est pas le seul hélas ! que l'illustre adversaire que j'ai combattu tout à l'heure. — Le duc de Luynes répliqua : « Cela se comprend, s'il n'a encore rien exposé. » — Il n'en est certes pas, M. le duc, à sa première exposition au Louvre et ailleurs; il y a longtemps déjà que je l'ai remarqué et placé bien haut dans notre chère et pauvre école française où la hiérarchie n'a jamais pu s'obtenir... — « Son nom? son nom M. le directeur,

où dcmeure-til? — Je sais son nom, M. le duc, mais jMgnore sa demeure, je ne Tai jamais vu jusqu^ici. A quoi lui aurais-jc été bon? Nous trouverons son adresse dans les catalogues d'exposition et je vous la donnerai aussitôt arrivés au Louvre, v Son nom î son nom î répéta le duc. — Il s'appelle Adrien Guignet. — Le duc de Luynes resta stupéfait. « Je le connais, dit-il, il a fait mon portrait », le confondant avec son frère Jean-Baptiste.

Jeanron rectifia l'erreur, ils entrèrent au Louvre. Pendant qu'il cherchait l'adrese, son secrétaire, M. Sensier, fit prendre dans sa propre collection de petits tableaux d'Adrien, et les soumit au duc qui les admira sans réserve. Les trois interlocuteurs se séparèrent.

Guignet avait quitté son troisième étage de la rue de Bussy, n° 16, pour transporter ses pénates et ses bibelots rue Saint- Hyacinthe-Saint-Michel, n" 8, dans un ancien hôtel, habité jadis par Marie Stuart. Il y occupait une petite chambre, vivant de pain, de soupe, de fromage, de rien en un mot, et se consolait en regardant et époussetant ses chères antiquités. Ce réduit entre ses mains avait pris un aspect original autant qu'artistique qui frappait tous ses visiteurs. Une des deux fenêtres était garnie d'un ancien vitrail ; à gauche de la porte s'adossait au mur un petit bahut sans pieds, mais entièrement sculpté. Il le tenait d'un ami ^. Le panneau central du bahut représentait le sacrifice d'Abraham. Sur la tablette, recouverte d'un velours rouge, étaient posées deux figures, l'une en pierre, l'autre en plâtre, cette dernière d'un dos personnages couchés du tombeau des Médicis. C'était, disait-il, son autel, ayant pour retable un cuir de Cordoue surmonté d'un trophée de vieux

1. D'antres artistes habitaient la même maison : Schœnewerk, Endes, Grass, sculpteurs, Isambert, peintre, mort en 1873. Peu communicatif par nature, Gnignet vivait étranger à ses voisins.

2. Le peintre Bouquet, à qui il avait cédé à titre d'échange un beau tableau, une variante du Salvator Rosa ehex les brigands, très finement exécutée, aussi Bouquet lui avait-il donné en sus une potiche.

casques et de rapières croisées, et accosté de deux chaises vermoulues» garnies de cuir doré, qui provenaient de la vente du café du Coq^ i Bruxelles, où Mouilleron les avait achetées. A droite de la porte, en retour, s^ouvrait une ancienne alcôve flanquée de placards dans laquelle était logé le meuble des médailles surmonté de rayons où s'étalaient des pots romains d'Âutun et des débris de tout acabit ; en face, le lit de sangles, couche d'anachorète, avec une seule couverture, même en hiver, fermé d'un rideau ; le tout entretenu avec une minutieuse propreté. Au dessus du premier placard on admirait une belle épreuve de YEcce Homo, de Rembrandt S où le Christ apparaît au peuple dans un puissant effet de lumière. Il manquait à cette gravure un morceau déchiré jadis, qu'Adrien avait remplacé par un neuf en imitant trait pour trait, à la plume d'après une autre épreuve, chaque coup de burin, de manière à tr(Hnper l'œil d*un connaisseur. De vieux lambeaux de tapisserie, dont un devant d'autel du dix-septième siècle, orné de grandes fleurs en relief de fil d'or, étaient appendus çà et là aux autres murs de la chambre avec des arquebuses, des fusils arabes, des armes de toute sorte et de toute époque ; des consoles en plâtre, des rayons dans les interstices portaient une cinquante de réductions de bustes ou statues de l'antiquité et de la Renaissance, dans le socle desquels il avait incrusté des plaquettes de marbres antiques. La plinthe du logis peinte entièrement par lui et H. Michaud, son ami, figurait les mêmes marbres exécutés avec le plus grand soin. Au trophée faisait face le poêle près duquel l'artiste habituellement assis sur un tabouret ^, les coudes appuyés aux genoux, contemplait, en fumant, sa toile sur le chevalet ; puis se levant tout à coup brossait en deux jours un tableau. On y vit aussi «pendant longtemps une toile de grande dimension sur laquelle il

1. Appartient à M»* Maglin, ainsi que le bahut et une tapisserie qui sera citée plus loin.

2. Guignet, rue de Bussy, peignait assis à terre sur une sorte de coussin.

peignait chaque jour un sujet nouveau, si bien qu'elle attdgnit répaisseur d'une planche.

Le jour même de la conversation qui avait eu lieu entre le duc de Luynes et Jeanron, Guignet rentrait, nuit tombée, accompagné d'un de ses amis, Dupont, de Beaune ^ Il avait dépassé la loge du concierge quand ce dernier le rappela en lui présentant un papier à son adresse. Conformément à une règle de politesse usitée encore à cette époque, le pli n'était pas affranchi ; le portier ne manqua pas d'en faire la remarque. Adrien le refusa, disant en riant « que la plus belle lettre du n)pnde ne valait pas trois sous de tabac, que c'était sans doute une demande do tableau pour une loterie, et, qu'en pareil cas les demandeurs auraient dû prendre les frais à leur charge. » Dupont lui reprocha cet enfantillage, et paya le port. Ils mon^ tèrent ensemble dans sa chambre. Adrien assis à demi contre son bahut sculpté ouvrit la lettre avec nonchalance, puis son ami le vit pâlir. Supposant alors un événement funeste il lui demanda vivement si une nouvelle mort était survenue dans sa famille, et ne recevant pas de réponse, saisit le papier quç lui tendait sa main tremblante ; il lut :

« Monsieur,

» J'ai cherché longtemps et inutilement votre adresse; je vous serais bien obligé si vous preniez la peine de passer chez moi dimanche prochain 18, vers huit heures du soir. Je désirerais vous entretenir soit pour vous proposer des travaux soit pour vous offrir l'acquisition de tableaux qui pourraient vous être restés.

9 Recevez, Monsieur, je vous prie, l'assurance de toute ma considération.

» D'Albert de Luynes. »

Paris, ce 17 février 1849. ^

i. Maire de cette ville, mort en 1871. 2. Original communiqué par M"« Maglin.

Les deux amis ne pouvaient croire à un pareil coup du ciel» la nuit se passa sommeil. On peut supposer que Tartiste fut fidèle au rendez-vous.

Le dub en quittant* Jeanron au Louvre avait écrit la lettre. Il se rappelait avoir remarqué autrefois le, tableau de Joseph expliquant les songes de Pharaon, et quelques esquisses qu41 avait appréciées, sans connaître Adrien personnellement, mais ces souvenirs s'étaient confondus dans son esprit avec ceux de J.-B. Guignet. Il accueillit le jeune peintre avec bonté, et, à la suite d'un entretien plein d'affabilité, arrêta avec lui les conditions de l'exécution de trois tableaux pour le château de Dampierre, à raison de 5,000 francs l'un, se réservant d'élever le prix convenu, s'il était satisfait du travail, qui devait être livré à une époque déterminée.

Le lendemain de cette entrevue un inconnu se présentait de bonne heure, demandant à parler à Jeanron. On le fait monter, il lui prend la main, l'embrasse en lui disant : « Je suis Adrien Guignet, j'étais perdu, je suis sauvé. Le duc de Luynes m'a tout raconté. » Guignet, depuis lors, resta l'ami dévoué de celui qui lui avait rendu à son insu un pareil service, et souvent il passait chez lui de longues soirées avec Mouilleron, Français, Renault, Séchan, Gérôme, Ârnoux. ^

Il avait été arrêté entre Guignet et le duc de Luynes que les dimensions des tableaux seraient fournies par l'architecte de Dampierre. Le duc dans son empressement à voir commencer le travail, écrivait à Adrien le quatrième jour après la commande :

« Selon ma promesse j'ai l'honneur de vous adresser les mesures ci-jointes. Ce sont d'abord deux tableaux de grande dimension, et ensuite il y en aurait un troisième de moindre grandeur, mais comme il se trouverait défavorablement placé et dans une proportion désagréable, il faudrait que vous

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