‹ Le peintre Aved, sa vie et son œuvre 1702-1766Chapitre 14 sur 157 · Catalogue, n · texte numérisé non relu

Catalogue, n

gauche découvre largement le sein où saigne une blessure. L'autre main, qui retombe le long du corps, tient encore le poignard fatal. L'impression générale, qui devrait être tragique, est plutôt voluptueuse. Cette jeune reine, parée de tous ses bijoux, est trop « jolie » ; ses lèvres, au lieu de frémir de douleur, semblent esquisser une moue de bouderie ; on regarde avec plaisir son nez un peu retroussé, ses grands yeux, sa gorge, ses bras, son costume savamment drapé, personne ne songerait à prendre sa peine au sérieux. Aved nous a donné là une œuvre charmante, qui permettait d'attendre de lui un portraitiste de la femme habile à faire servir l'histoire et la fable à l'embellissement de ses modèles.

Mademoiselle de Seine était la maîtresse du marquis de Nesle ', ami du comte du Luc, On peut penser que celui-ci mit Aved en rapport avec M. de Nesle qui lui commanda le portrait de l'actrice. Pourtant, le peintre avait conservé dans son atelier une Didon de sa main qui pourrait bien être le tableau exposé en T737 '. Quoi qu'il en soit, le portraitiste fut plus tard en relations suivies avec M. de Nesle. Il est difficile de croire qu'ils ne se connaissaient pas dès ce moment K

La personnalité seule de l'actrice assurait à son portrait une certaine notoriété. Mais Aved devait bientôt fixer les traits d'un modèle bien autrement célèbre, le poète Jean-Baptiste Rousseau \ Depuis vingt-cinq ans, celui-ci vivait dans l'exil que lui avaient valu de méchants couplets satiriques dont, au reste, il s'est toujours défendu d'être l'auteur. Nous connaissons à peine son nom, ses œuvres sont bien oubliées, mais, pour ses contemporains, il personnifiait la poésie elle-même. Sa renommée était européenne,

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