‹ Le peintre Aved, sa vie et son œuvre 1702-1766Chapitre 16 sur 157 · Catalogue, n · texte numérisé non relu

Catalogue, n

7. Rousseau eut son attaque d'apoplexie vers le 20 janvier 17Î8. Il annonçait qu'il commençait à se rétablir à la fin de mars. Lettres à Boutet de Monthéri du 16 février et du 27 mars. ROUSSEAU (J.-B.), Ltttra sur différents sujets, t. I, p. 184 et 188. Lettre à Desfontaines, citée plus bas, p. 3a.

8. Nous pouvons le dater puisque d'une part, nous savons par Rousseau lui-même qu'il a été fait « dins les premiers temps de sa convalescence » ^sources citées à la note précédente), et que. d'autre pan, Aved recevait une lettre de félicitations de son modèle le 10 mai 1738. Voir plus bas, p. 33.

Nous ne pouvons juger cette œuvre que par la gravure et nous n'en pouvons donc apprécier que la composition et le dessin.

Il semble que l'écrivain vienne d'être, à l'improviste, dérangé de son travail. La main gauche, tenant un cahier de papier, repose encore sur sa table. La droite, qui tient la plume, pend sur la cuisse. Il est assis, face au spectateur, le regard dirigé vers la gauche. Sur la poitrine, la chemise bâille largement; le gilet ne tient que par deux boutons, la veste est plus une draperie qu'un vêtement. Des livres : oeuvres d'Horace, de Quintilien, de Marot, « Observations » de l'abbé Desfontaines, sont placés au premier plan.

L'intérêt s'attache vite au visage même de Rousseau. Le front est élevé, le nez fort, les lèvres charnues. Le regard, fixe et clair, a une expression de malice accentuée par les rides des yeux et des coins de la bouche. Tous les traits ont subi une sorte d'empâtement que les sillons profonds qui marquent tout le visage font ressortir encore. Cette physionomie sensuelle et malicieuse en reçoit un caractère de lassitude très marquée.

Ce caractère n'avait pas échappé au modèle lui-même. Le dix-huit octobre 1738, Rousseau écrivait à son ami Boutet de Monthéri :

« Le portrait que je vous ai envoyé ' me représente parfaitement tel que j'étois en 1737. Celui de M. Aved est aussi très ressemblant : il m'a exécuté en grand peintre qu'il est; mais il m'a pris aux premiers tcms de ma convalescence, encore fatigué du voyage que je vcnois de faire aux frontières de l'autre monde. ' » « Ce portrait a été peint, ajoute le poète dans une lettre écrite, un mois après, à l'abbé Desfontaines, dans un temps où l'âge et les chagrins m'ont changé... ^ »

Dans la carrière d'Aved, cette œuvre dont la ressemblance, la vérité, nous sont attestées par le modèle lui-même marque une date. On y voit déjà

1. Ce ne peut-être que celui de Sauvage, gravé pour le recueil d'Odieuvre. Voir plus haut, p. 30.

2. Rousseau (J.-B.), Lettres sur différents sujets, t. I, p. 202-203.

3. Lettre datée de Bruxelles, le 20 novembre 1738. ROUSSEAU (J.-B.), Œuvres, éd. Amar, t. V, p. 486.

tout ce que son talent aura d'original et de fécond. Les portraits de De Troy, de Lefebvre de Laubrière pouvaient laisser pressentir un portraitiste officiel, drapant et « guindant » un peu à la manière de Largillièrc. La jolie Mademoiselle de Seine pouvait être l'œuvre d'un Raoux, expert en mythologie galante. Mais c'est dans la voie que marque le Rousseau qu'Aved montrera le meilleur de son talent.

Notre peintre fut récompensé de son travail par la reconnaissance du poète qui, dès le dix mai, lui écrivait : « Grâces à vos bontez, Monsieur, et à l'excellence de vos talens, je puis me flatter d'un honneur que ni les Pindares, ni les Horaces n'ont jamais eu, c'est d'avoir, tout chétif rejeton que je suis de ces grands hommes, un Zeuxis pour peintre, et de faire passer à la postérité mes traits du moins, au défaut de mes ouvrages '. »

Le portrait de l'écrivain fut exposé au Salon de 1738. Aved y avait joint ceux de l'abbé *** \ de Madame Loys ^ de Madame de Varenne « en liseuse » ^, et de l'abbé Berger ',

L'abbé *** doit être le portrait de l'abbé de Chaumont de La Galaisière, aujourd'hui conservé au château de Versainville. Il est debout. Son geste et son attitude rappellent, d'ailleurs, ceux des autres portraits d'ecclésiastiques dus à Aved. Quant à la façon dont il est peint, il est plus malaisé d'en juger, car la toile a beaucoup souffert. Il porte de nombreux repeints. Les parties sombres et les fonds sont très crevassés : on dirait que l'artiste a utilisé ces bitumes qu'emploiera Prud'hon. Le même accident se retrouve

I. Rousseau (î.-B.), Lettres sur différents sujets, t. I, p. 204-205. C'est une mise en proie des vers de Boileau sur son buste par Girardon :

Grâce au Phidias de notre âge,

Me voilà sûr de vivre autant que l'univers.

Et ne connùt-on plus ni mon nom, ni mes vers,

Dans ce marbre fameux taillé sur mon visage,

De Girardon toujours on vantera l'ouvrage.

Boileau, CEuvr» complètes, éd. Gidel, t. III, p. ^3.

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