BELLIER DE LA CHAVIGNERIE, Dictionnaire
4. Lettre d’Aved à J.-B. Rousseau. Voir p. 182. 5. Correspondance de Grimm, Diderot, etc. éd. Tourneux, t. I, P. 464-465.
LES ÉLÈVES D'’AVED 10e
de réception. Le 27 août de la même année, il fut reçu sur la présentation d'une Colline au soleil couchant. Quelques jours plus tard, il retirait ce tableau pour en offrir à l’Académie deux autres Une marine et des rochers *. Les comptes des Théatins montrent que, depuis janvier 1760, au moins, il habitait la même maison qu'Aved ?.
Il exposa au Salon de 1746 : un Paysage; un Rocher; une Marine ; — au Salon de DATES une Vue de mamne prise sur les côtes de Dieppe; une Vue des environs de Boulogne ; une Vue du château de Chantelu, près Rouen; un Rocher et un Paysage, sous le même numéro; un Paysage des environs de Rouen; — au Salon de 1748 ° : deux petites Marines, un Calme et une Mer agitée, sous le même numéro; un Paysage où paraît un moulin, et un Cabaret des environs de Suresne, sous le même numéro; une Ruine; trois Chaumitres d’après nature ; — au Salon de 1750 : une Mer représentée dans son calme et des marchands sur le rivage; un Paysage représentant le Matin avec des figures sur le devant; une Montagne, et sur le devant, une laveuse et
autres figures {; — du Salon de 1753 : petit Paysage éclairé d’un soleil levant, sur le devant sont des laveuses; — au Salon de 1755 : quatre Paysages ou différentes vues d’après nature, sous le même numéro; — au Salon de 1757 : une Urne de porcelaine ornée de bronzes ; deux Bustes de bronze, l’un, une tête de femme et l’autre, un faune; les Apprèts d’un déjeuner; — au Salon de 1761 : un Soleil couchant; une Petite Chapelle sur le chemin de Conflans: l'Intérieur d’une cour de village; — au Salon de 1765 : plusieurs Paysages, sous le même numéro; au Salon de 1767 : plusieurs Paysages sous le même numéro; — au Salon de 1769 : deux Paysages avec
figures, sous le même numéro.
Il faut noter que c’est sans doute Aved, qui connaissait bien l'école hollandaise, où la « marine > a été si en honneur, qui à dirigé les études de son élève dans ce genre. Le fond du portrait du Stathouder — pour lequel Aved à été aidé par ses élèves — est une marine. Il est probable que Lebel y travailla. De même pour les paysages qui figurent au fond des portraits de Saïd Pacha et du maréchal de Clermont- Tonnerre.
Nous donnons ici les principaux passages d'une biographie d'Antoine Le Bel, parue en ISIIr, dans l'Annuaire de la Haute-Marne. Bien des détails qu’elle renferme paraissent peu vraisemblables, mais d’autres sont confirmés par les documents. En tout cas, elle peut toujours être consultée. Notre texte reproduit une copie qui se trouve dans les papiers de M. Cournault, car la Bibliothèque Nationale ne possède pas l'Annuaire de l’année 7877.
« Le Bel naquit à Montrot (hameau de la dépendance d’Arc-en-Barrois). Ses parents, fort pauvres, lobligeaient à travailler le coton pour se procurer quelques ressources, mais il préférait dessiner et vint à Paris avant sa quinzième année, il ne s’y fixa qu’à l’âge de 22 ans. Dépourvu de tous moyens d’existence, il se fit décrotteur sur le Pont Neuf ; et s’apercevant que la maison de Jacques André Joseph Aved, peintre du Roi, était très fréquentée, il s'installa près de sa porte.
« Un jour, Le Bel était allé rendre compte à M. Aved d’une commission qu’il lui avait
1. Procès-verbaux de l'Académie, t. IV, b 263 29 99 Je 2. Voir l’appendice V.
3. € La grande liberté de faire et la hardiesse de son pinceau paroitroient encore, du reste, quand il ne releveroit point ses tableaux de tant de couleurs. On sçait qu'il faut empater, mais jusqu'à un certain point. Pour bien faire, il faudrait qu’il unit dans sa composition le feu que sa touche à de trop. » Bibl. Nat., Estampes. Coll. Deloynes, Salon de 1748. Le Bel, n° 38.
4. € Antoine Le Bel n’a eu de maitre que l'inspection de la nature. Ce qu'il fait de mieux, ce sont les marines ; il fait le paysage assez bien, mais sa touche est lourde et ses figures froides et dures ». Corresponpondance de Grimm, Diderot, etc., éd. Tourneux, t. I, p: 464-465 (année 1750).
donnée : celui-ci vit le jeune homme s’extasier sur tout ce qui était exposé dans son cabinet. — Que penses-tu de ce tableau? dit le peintre. — Il est fort bien, dit le décrotteur, mais j'aperçois là une génisse mal dessinée, — Comment peux- -tu savoir apprécier une ressemblance ? — Monsieur, je ne puis les connaître toutes, mais j'ai tant vu d'animaux de cette espèce, que les ferais plus ressemblans. — Pris au mot, Le Bel crayonna une génisse mieux proportionnée que celle du tableau.
« Dès ce moment, M. Aved s’attacha cet intelligent j jeune homme et en fit son élève. La rapidité de ses progrès st étonnante, bientôt il parut à son maître digne d’entrer en lice pour les prix académiques. Deux années de suite, il mit son nom à ses compositions, elles furent rejetées ; et la troisième M. Aved lui ordonna de garder l’anonyme, et le prix lui fut adjugé. Le sujet du tableau était une flotte battue et dispersée par la tempête. Son protecteur et son maitre fit aux juges le reproche piquant que c'était pour la troisième fois que son élève méritait d’être couronné.
« M. Aved ayant été chargé de faire le portrait de Louis XV, Le Bel l’accompagnait toujours lorsqu'il allait prendre ses séances. Le Roi voulut bien se rendre familier avec Antoine (on n’appelait pas Le Bel autrement) et lorsque le monarque ne se trouvait pas en position Le Bel lui prenait la tête des deux mains, et la tournait à son gré... plusieurs fois même le prince se leva et dit : — Antoine, mets toi dans mon fauteuil, et montre moi la manière dont je dois me présenter — et Antoine de s'asseoir... Louis XV désirait que Le Bel dessinât pendant qu’Aved le peignait ; par égard pour son maître l’élève refusa de le faire. Un jour, le prince lui confia ses clefs pour aller chercher un rouleau de papier; c'était un plan d'impôts pour les campagnes. Antoine osa dire : — Si Votre Majesté connaissait comme moi la misère des paysans, elle se garderait bien de mettre ce projet à exécution. — Le papier fut jetté au feu. Quelquefois le Roi, s'appuyant sur les épaules de Le Bel, lui demandait des nouvelles de sa mère. Ce bon fils, dès qu’il s'était vu dans une certaine aisance, avait fait à sa mère une pension de 200 livres.
« Les deux peintres s'étaient rendus à Versailles pour mettre la dernière main au portrait de Louis XV ; ce prince venait de partir pour l’armée. Antoine lui écrivit sans façon : qu’ils avaient été bien étonnés, son maître et lui, que Sa Majesté se fût mise en route sans les prévenir. Ce message comique amusa beaucoup Louis XV. »
<Ajoutons qu'en 1787 Le Bel avait toujours son atelier rue de Bourbon*, et qu'il mourut, dans la même rue, devenue rue de Lille, le vendredi 8 mars 1793, à dix heures du soir. Il avait alors quatre-vingt buit ans. Son décès fut déclaré le lendemain à la municipalité par deux de ses amis. Antoine Ruelle, coiffeur, et Antonin Thuillier, vitrier ?,
<Aved conservait deux dessins d'Antoine Lebel : deux figures d'hommes. Ils portent, dans son inventaire, le n° 561. Nous ne les retrouvons pas dans le catalogue de la vente qui, en revanche, mentionne dix toiles de Le Bel que ne signalait pas l'inventaire. Il est difficile de croire qu’elles se trouvaient à Saintry, parmi les toiles sommairement désignées par l'inventaire de cette maison de cam-
1. Extrait de l'Annuaire du département de la Haute-Marne pour l’an 1811 publié par ordre de M. le préfet, à Chaumont, 1811.
2. Le Provincial à Paris, ou Etat actuel de Paris, Paris, Vatin, 1787, 4 vol. in-12; quartier Saint- Germain, p. 11.