Lettre du 22 septembre 1738. Pièce justificative I, n
À la fin de sa lettre, Aved, parlant du marquis de Nesle, faisait allusion au désir que celui-ci aurait de recevoir Rousseau chez lui, en France. Cette allusion, celle d’un autre ami de l'écrivain, l'abbé Desfontaines, que nous avons relatée plus haut, semblent indiquer qu'il y avait une sorte de conspiration amicale pour le faire rentrer en France. D'après Titon du Tillet, l'initiative de ce retour aurait été prise par le comte du Luc et M. de Sénozan, intendant et receveur général du clergé ‘. L'exposition du portrait permettait de tâter l'opinion à ce sujet, d'amener la question; les négociations devaient venir ensuite. Aved était, peut-être, chargé de pénétrer les intentions de l’exilé.
Celui-ci lui répondit aussitôt et, aprés les compliments obligatoires, témoigna que, sur ce point, ses désirs étaient ceux de ses amis :
« J'avoue, écrit-il, que Je suis extrèmement touché d'apprendre qu'on désire mon retour en France, et cette considération, jointe à la justice que tout le monde rend aujourd'hui à mes mœurs et à ma conduite, a fort ébranlé la résolution que j'avois prise de finir mes jours à Bruxelles. L'amour de la patrie achève d'en triompher. Je suis prêt d'y faire un voyage, je le désire ardemment; mais on me refuse un sauf-conduit, qui m'est indis-
fort la parole des Ministres: cependant, comme il ne tient qu'a eux d'en
pensable pour faire cette démarche avec sûreté et agrément. Je respecte
manquer, ce seroit mexposer à me faire mocquer de moi, si le cas arrivoit. Il s'agit de savoir si on pourra retourner ce petit fagot d'épines ?. » Sur ces entrefaites, Aved entreprit un autre portrait, celui de la fille aînée du marquis de Nesle, Madame de Mailly 3, [a maitresse du Roi. Nous n'avons retrouvé aucune trace de cette œuvre. S'il faut en croire un contemporain, elle dut imposer à notre peintre une tâche délicate, puisque la comtesse de Mailly brillait plus par les qualités intellectuelles que par la beauté #. 1. TITON DU TILLET, Le Parnasse françois, p. 741-742. 2. Lettre du 26 septembre 1738. Pièce justificative I, n° 3.