‹ Le peintre Aved, sa vie et son œuvre 1702-1766Chapitre 20 sur 166 · TZ · texte numérisé non relu

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décida à venir secrètement à Paris, où il devait résider, pendant que se poursuivraient les démarches nécessaires pour faire cesser son exil. Il avait écrit à Boutet de Monthéri qu'il partait pour Paris le lundi après le vingt et un novembre, et qu'il comptait y être le vendredi’. Titon du Tillet ne nous donne pas le jour de l’arrivée du poète, mais il précise les détails de sa réception.

M. Aved, dit-il « fut au devant de lui à Conflans, maison de campagne de M. l’Archevèque de Paris, où il avoit passé la nuit et le conduisit sur les neuf heures du matin à l'Archevèché, où M. le Comte du Luc l’embrassa et témoigna une Joie extrème de le voir; il le présenta ensuite à M. l'Archevèque son frère, qui lui ft un accueil des plus gracieux. Rousseau resta à l’Archevèché, jusqu'à l'entrée de la nuit, où il eut de longs entretiens avec M. le Comte du Luc, après quoi M. Aved le mena chez lui, où il lui avoit préparé un appartement commode, qu'il occupa pendant environ trois mois : ce généreux ami lui donna sa table pendant tout ce temps et eut toutes les attentions possibles pour son hôte qui s’en louoit infiniment, et qui lui en a marqué sa reconnaissance par une Epitre en vers, qui mériteroit bien d’être dans la dernière édition de ses Œuvres *. »

Voilà donc notre peintre, naguère encore « nourri » par son beau-frère, qui se trouve en situation de recevoir chez lui, pendant des mois, un poète illustre, que les gens les plus distingués viennent visiter. Il le fait avec tant de bonté, tant de tact, que l'écrivain en est profondément touché. Pourtant, il paraît que les légendes répandues par les calomniateurs avaient fait sur Aved assez d'impression pour que, de concert avec sa femme, il ait cru devoir observer Rousseau à son insu. Louis Racine, qui rapporte le fait, ajoute qu'ils ne purent

que le surprendre souvent à genoux, adressant au Ciel de ferventes prières ?.

1. Lettre du 21 novembre 1738. ROUSSEAU (J.-B.), Lettres sur différents sujets, t. 1, p. 207.— TITON DU TILLET (op. et loc. supra cit.) dit que Rousseau fit le voyage de Paris à la fin d'octobre. Les lettres que nous venons de citer prouvent qu’il faisait ainsi une petite erreur de date.

2. TITON DU TILLET, Le Parnasse françois, p. 741-742. — L'épitre en vers dont parle Titon du Tillet doit être le sonnet que nous reproduisons plus loin et qui parut dans l'édition des œuvres de J.-B. Rousseau, publiée en 1743. Titon du Tillet écrivait en 1732.

3. RACINE (Louis), Préface aux Lettres sur différents sujets de J.-B. Rousseau, t. I, p. XIV. Reproduite dans les Anecdotes des Beaux-Arts, par M***, t. Il, p. 228.

Titon du Tillet nous donne aussi des détails sur le séjour de Rousseau à Paris. Je le vis, ajoute-t-il « le plus souvent qu'il me fut possible : il me fit le plaisir de venir diner chez moi cinq ou six fois avec ses amis, qui étoient aussi de ma connoissance, les Pères Brumoy et Bougeant Jésuites ‘, MM. Racine, Piron, Bonneval et Aved. Sa malheureuse affaire l’obligeoit de garder l'incognito sous le nom de M. Rüicher *, nom qu'il avoit pris, disoit-il, par rapport à quelques Fables de cet Auteur, qu'il avoit lûs avec plaisir *. »

Il recevait de nombreux témoignages de sympathie. Les amis qui passèrent rue de Bourbon furent nombreux. Outre ceux que signale Titon du Tillet, c'étaient Rollin, M. d'Ormançay, le comte de Magnac, l'abbé Junot, l'avocat Poisson de La Chabeaussière, le poète Roy, l’érudit Hardion, sans compter le comte du Luc, le marquis de Nesle et le fermier général Dupleix de Bacquencourt et sa femme ?.

Le poète s'intéressait aux travaux d'Aved, à ceux de ses élèves Mademoiselle Bouchot, Antoine Lebelt. — Ce dernier, « votre amy Antoine », écrira plus tard Aved à Rousseau ’, habitant la maison de son maître, devait le voir très familièrement. — I] faisait de la musique, et essayait de chanter un opéra de Rameau, qu'il ne trouvait guère de son goût 8

Il est même probable qu'une fois encore Rousseau servit de modèle à

* M. Richer est aussi Auteur de deux Tragédies, celle de Sabinus et celle de Coriolan, et a traduit les Æp/ogues de Virgile en vers françois, auxquelles il en a ajouté deux de sa composition, petit in-8°, Paris 1735. On trouve à la suite de ce volume quelques Poésies diverses du même Auteur, qui a donné encore un Recueil de Fables, volume in-12, et un autre volume in-19, des Épitres choisies des Héroïnes d'Ovide où il a joint quelques Cantates et Fables, etc. Ses œuvres se vendent chez la veuve Etienne Ganeau à Paris. [Note de Titon du Tillet.|

1. Rousseau les appelle, dans une lettre à Racine, « nos amis de la Société ». Lettre du 28 juin 1739. Correspondance de Rousseau et de Brossctte, t. Il, p. 274. — Le P. Pierre Brumoy, né à Rouen le 26 août 1688, professa les belles-lettres et la rhétorique à Caen, puis les mathématiques à Paris, au collège Louis-le-Grand. Il mourut à Paris le 10 avril 1742. Le P. Guillaume-Hyacinthe Bougeant, né à Quimper le 4 novembre 1690, professa à Caen, à Nèvers, puis vint aussi au collège Louis-le-Grand. Il mourut le 7 janvier 1743. DE BACKER, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, partie historique, tome I.

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