CHAPITRE QUATRIÈME
VED conservait des relations dans les Pays-Bas : sa naissance, son éducation, ses voyages, quelques-uns de ses modèles, tout le rattachait à ce pays. Nous verrons même plus loin que ses goûts
de collectionneur lui créaient des liens avec la Hollande : le dix-neuf août 1750, il venait d'acquérir de nombreux tableaux à la vente du comte de Wassenaër d'Obdam, faite à La Haye
Le premier juin 1751, il était, avec un de ses fils, à l’abbaye de Faremoutiers en Brie, où il assistait à la prise d’habit de deux novices, filles de Pierre Hatry, marchand à Paris, et de René Jardel, avocat au même lieu *. Peu après, nous le voyons chargé de faire Le portrait du Stathouder de Hollande. Selon l’usage, il demanda au directeur des Bâtiments, Lenormant de Tour-
nehem, la permission de quitter la France pour exécuter ce tableau. Celui-
1. Voir l’Appendice IT : Les Collections d’Aved. 2. LUILLIER, Noms d'artistes des derniers siècles relevés sur des documents inédits…
LE
ci consulta, le dix-huit juillet 1751, Coypel, directeur de l’Académie. Ni l’un ni l’autre ne voyaient d’inconvénient à ce voyage, qui fut donc autorisé ‘.
Aved ne partit pas immédiatement. Il assistait encore aux séances de l'Académie du vingt-huit août et du quatre septembre 2, D'ailleurs, à ce moment, le Stathouder se rendait aux eaux d’Aix-la- Chapelle. Il ne revint à La Haye, en sa maison du Bois, que le dix octobre . Comme il est peu probable que son portrait ait été exécuté pendant son voyage, on peut penser que l'artiste ne commença son œuvre qu'à partir de ce retour.
Le nouveau modèle de notre peintre, Guillaume-Charles-Henry Frison de Nassau-Dietz, prince d'Orange et de Nassau, avait à peine quarante ans. Né le premier septembre 17II, époux, depuis le vingt-cinq mars 1734, d'Anne de Brunswick, fille aînée de George Il, roi d'Angleterre, il avait été, le quinze juin 1747, déclaré Stathouder héréditaire de la République des Provinces-Unies, sous le nom de Guillaume IV. Il vivait simplement, avec sa femme, sa fille Wilhelmine-Caroline, qui avait huit ans, son fils Guillaume, comte de Buren, qui en comptait trois, dans le modeste palais du Bois 4. La Cour du Stathouder, nous dit une voyageuse contemporaine, Madame du Bocage, « fait comme les autres, Joue, se promène, s'ennuie, va à la comédie française dans un assez joli théâtre, et au concert italien » :.
Dès le début, le prince avait dû apprécier favorablement la personne et les talents de son portraitiste ; un autre contemporain nous parle des
« espérances magnifiques » qu'il lui faisait entrevoir *. Malheureusement,
1. Lettres de Lenormant de Tournehem à Coypel, les 18 et 23 juillet 1751. La lettre de Coypel manque, comme celle d'Aved. Correspondance de Lenormant de Tournehem. Arch. Nat., O' 1907. Publiée dans les Archives de l'Art français, t. XXII (1906), p. 557-358.