‹ Le peintre Aved, sa vie et son œuvre 1702-1766Chapitre 74 sur 166 · Le Nécrologe des Hommes célèbres, 1767, p · texte numérisé non relu

Le Nécrologe des Hommes célèbres, 1767, p

raconté ‘ comment, vers 1737, Chardin, qui, jusque-là n'avait guère peint que des natures-mortes, se décida, sur une réflexion d’Aved, à peindre la figure humaine *.

Ces échanges d'idées se reflétérent donc dans l’œuvre des deux artistes. Si nous devons à Aved l’œuvre de Chardin comme portraitiste, certaines toiles d’Aved ont nettement subi l'influence de son ami. Dans le Buveur de lait, il nous montre un jeune garçon, le visage à demi caché par de longues mèches de cheveux, humant d’un air de gourmandise le lait que contient le gobelet de fer-blanc qu'il tient des deux mains. La Dessineuse, jeune fille occupée à reproduire quelque modèle classique, est moins un portrait qu'une étude de genre, d’après nature ?.

À cette ressemblance, à ces rapports, sont dues les fausses attributions à Chardin des œuvres d’Aved. La plus célèbre de ces erreurs, nous l'avons vu, est celle qui a fait attribuer à Chardin le portrait de Madame Crozat du muste de Montpellier, et qui subsista jusqu'en 1896. Les œuvres d’Aved les moins colorées, celles qui se rapprochent davantage de la monochromie brune de Chardin sont, bien entendu, celles qui ont été confondues avec les toiles de celui-ci.

Les deux artistes se distinguent surtout par le choix des sujets. Chardin est le peintre du « sujet » intime, de la vie bourgeoise ; ses portraits, qui sont plutôt l'exception, sont encore des tableaux de genre. Ils sont toute l'œuvre d'Aved. Mais ce qui, dans le style et la manière, sépare les deux peintres, distinction, que l'œil fait assez facilement, est difficile à exprimer ; c'est surtout une différence de qualité puisque les mérites des deux peintres : la vérité, la simplicité, sont les mêmes.

Les Goncourt, d'autre part, se sont demandé si, dans certains portraits

attribués à Chardin, la tête ne serait pas d'Aved, son ami n'ayant peint

2. Il faut noter que, dès 1732, Chardin avait peint des figures humaines. GONCOURT (Edm. et J. de), L'Art du xviu° siècle, t. I, p. 108.

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