‹ Le peintre Aved, sa vie et son œuvre 1702-1766Chapitre 73 sur 166 · Portrait de Mme de Sainte-Maure, Catalogue, n · texte numérisé non relu

Portrait de Mme de Sainte-Maure, Catalogue, n

2. Grimm. Voir plus haut, p. 74. — Billet de Saint-Julien, lui aussi, ne trouvait d’imperfection aux portraits d'Aved exposés en 1748 que dans le coloris, qui lui semblait trop cru. BAILLET DE SAINT-JULIEN, Réflexions. contenant deux lettres sur l'Exposition. 1748. Bibl. Nat., Estampes, Coll. Deloynes, t. Il, p. 419.

118 PE NPIEINANRSEN AVE

éclairage concentré sur un point du visage, sont peintes avec de larges empätements. Tels sont le portrait de Madame Aved, celui de Richer de Rodes et, d'une façon moins accentuée, ses premiers portraits par lui-même. En général, sa manière est large et il use volontiers des coulées de peinture ; mais les empâtements qu'il emploie sont moins marqués. La plupart de ses portraits, du La Porte du Theil au Mirabeau, appartiennent à ce faire « moyen ». Enfin, lorsqu'il veut rendre la finesse, le velouté de la chair féminine, Aved prend un faire plus lisse, plus léché ; empâtements et coulées disparaissent, au moins sur les visages. Tels sont les portraits de Madame de Bacquencourt, de Madame de Sainte-Maure. Il faut noter d'ailleurs que, même dans ces dernières toiles, les objets, les accessoires, sont toujours traités plus vigoureusement et fortement empâtés.

L'impression d'ensemble qui se dégage de cette œuvre, c'est sa simplicité naïve. Les poses sont en rapport avec le caractère du modèle, le coloris vise à l’exactitude plus qu’à l'éclat, la lumière sert à mettre mieux en valeur les visages et les couleurs, sans rechercher des effets violents ou forcés. Tout est harmonieux.

Aussi les modèles d’Aved ont-ils, sur ses toiles, une vie, un naturel très grands. Ils savent qu'on fait leur portrait mais, pour qu'on le fasse, ils ont à peine interrompu leur occupation ordinaire. Le peintre s’est attaché à rendre la ressemblance, mais il n'a pas fait une froide et sèche copie. Ces visages, ces corps nettement éclairés, fortement modelés et coloriés avec hardiesse vivent réellement. Et mème, par le choix heureux et la disposition du cadre, par le choix de l’expression caractéristique du visage, le maitre à su faire mieux qu'éclairer la physionomie de son sujet. Il nous en révèle l'âme. Il semble, quand on a vu le portrait de Madame Crozat ou celui de Jean- Baptiste Rousseau, que l'on connaisse à fond cette bourgeoise opulente et nette, ce poète, peut-être peu intéressant, mais si accablé par le sort. C’est la vie même qu'il a voulu rendre. Il y a souvent réussi.

C'est ce que plusieurs de ses contemporains avaient déjà remarqué

L’ARTISTE ET SON ŒUVRE. j

« M. Aved, dit l’un d'eux, avoit le secret si rare de rendre dans ses portraits, non seulement la figure, mais encore le génie, le caractère, les talens, les habitudes de la personne qu'il peignoit. Ni la position, ni les draperies, ni aucun détail accessoire, n'étoient arbitraires : tout ce qui paroît le plus indifférent aux peintres même accrédités étoit essentiel pour M. Aved; tout concouroit à la ressemblance et à l'effet principal. Cachez la tête de ses figures, en voyant le reste du tableau, vous ne direz pas c'est un tel : mais, cet homme a telles passions, telles mœurs, tels défauts, telles vertus. M. Aved savoit mettre d'accord l'art et la nature’. »

Tel qu'il nous apparait ainsi, le talent d’Aved est assez personnel pour ne pouvoir être confondu avec celui de ses contemporains. Pourtant, nous l'avons dit, cette confusion a été souvent faite.

De son temps même, le chevalier de Neufville l'avait rapproché de Tocqué et le rapprochement — ou l'erreur — a été parfois renouvelé. Mais si, à première vue, certains aspects de ses portraits de femmes, rappellent parfois ceux de Tocqué, un examen plus approfondi permet de reconnaître que l'œuvre de celui-ci, est plus « finie », que sa facture est toujours plus légère et plus précieuse. Tocqué est plus « distingué » qu'Aved. Toutes proportions gardées, il pourrait être à Aved ce que Van Dyck est à Rubens.

On peut plus justement rapprocher Aved de Chardin. Une amitié ancienne, dont les contemporains se sont fait l'écho, unissait les deux peintres, depuis l'atelier de Belle. Nous en avons, au passage, signalé les preuves. M. Dorbec à fait remarquer que, à chaque séance de l’Académie où Aved et Chardin furent présents, leurs signatures figurent l'une à côté de l’autre, à moins quelles ne soient séparées par celle d’un ami commun : Tocqué, Frontier ou le graveur Massé. Il en conclut que les cinq artistes devaient former un groupe au sein de l'assemblée. Cette amitié se tra-

duisait par des conversations, des conseils mutuels. Cochin et Mariette ont

Page 1