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On à parfois attribué à Chardin le portrait d'une dame assise qui se trouve actuellement dans la collection Dollfus. Mais, comme M. Dorbec !, nous croyons que cette toile est d’Aved, et son examen nous montre qu'elle se rapproche nettement du portrait de Rameau dont nous venons de parler. La manière large dont tous deux sont peints, la pose des deux modèles, l’éclairage, le coloris où dominent de superbes rouges, les apparentent l’un à l’autre. Mieux encore, le caractère général des deux œuvres : cette simplicité qui s'allie à la sûreté, à la maîtrise technique du peintre dans une belle harmonie.
C'est à Chantilly que se trouvent deux autres Aved. Le premier est un personnage baptisé Diderot, et dont la physionomie ne rappelle nullement les bustes ou les portraits authentiques de l'écrivain. On l'a également donné à Chardin, ce que n'admettent ni M. Guiffrey *, ni M. Gruyer ?. Le visage a des traits communs bien qu'intelligents, les cheveux sont argentés. Le personnage, ge, est assis sur un fau-
(e) Let, de la main droite, ti livre entr'ouvert. Le caractère réaliste tre teu1il et, de la main droite, tient un ivre entr ouvert. e caractère réaliste tres
vêtu d’un habit gris fort simple, fermé sur un gilet rou.
marqué de ce portrait, son faire large, l’accentuation des traits le rendent à Aved.
Les mêmes caractères se retrouvent dans le pseudo d’Alembert du même musée et nous permettent de réintégrer dans l’œuvre d'Aved ce portrait de gentilhomme aux traits prononcés, au teint coloré ‘, où nous retrouvons la facture de la « dame en bleu ».
Il nous est tout à fait impossible, par contre, de reconnaître la main d’Aved dans ce tableau du musée Carnavalet longtemps connu sous le titre de « Madame Geoffrin », attribué à Chardin, et où M. Dorbec a reconnu la seconde Madame Chardin 5. L'exécution en est extrêmement plate et léchée. Rien n'y rappelle la large manière de notre portraitiste.
1. Catalogue, n° 148. M. Dorbec identifie le portrait Dollfus avec celui de Mme Poisson de La Chabeaussière, qui parut au Salon de 1746 (op. ucit.).
2. DAYOT (A.) et GUIFEREY (].), J.-B. Siméon Chardin, catalogue, n° 44. 3. GRUYER (F.-A.), Chantilly. Notice des peintures, Ecole française, p. 357-358. 4. Catalogue, n° 125. —M. Guiffrey le croyait plutôt d’Aved que de Chardin, DAYOT (A.)et]. GUIFFREY, L 8 no ÿ 27 ;9 4 S J.-B. Siméon Chardin, catalogue, n° 45.
. Catalogue, n° 23. DORBEC (P.), Le portraitiste Aved et Chardin portraitiste (Gazette des Beaux-Arts, 1904, : 8 : 12 P «e 904 t. H, p. 544-345).
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Il en est de même pour la sèche et froide « Madame de Tencin » du musée de Valenciennes. La composition peut être d’Aved, mais la facture n'est sûrement pas la sienne. Peut-être est-ce une vieille copie d’une œuvre de notre peintre ‘.
Quant au « Piron », il ne ressemble guëre aux autres œuvres d'Aved ?
Nous aurons d’ailleurs plus de place au catalogue pour discuter nombre d’autres œuvres attribuées à l'artiste.
* Fe 2e
Quelle place peut-on assigner, dans l’histoire de la peinture française, à l’œuvre d’Aved ?
D'un examen, même rapide, de cette histoire, de celle du portrait, particulièrement, il semble qu'une leçon se dégage. L'évolution se fait dans un sens bien déterminé. Depuis la fin de la Renaissance le portrait français, abandonnant la précision sûre, mais parfois un peu sèche des Fouquet, des Clouet, tend de plus en plus à magnifier la personnalité du sujet. L'Olympe, que limitation de l’école italienne à intronisé chez nous, après avoir détrôné l'Evangile, a été envahi par l'humanité. Rubens, dans sa vie de Marie de Médicis faite pour la France, si admirée, tant imitée chez nous, a animé ce travestissement de toute la puissance de son génie. Sous Louis XIV et la direction de Lebrun, l’apothéose de la puissance et du génie français, personnifiés par le Roi, porte à son comble cette tendance. Le réalisme psychologique de Philippe de Champaigne, le réalisme naturaliste des Lenain n'ont pas fait école. A la suite des Italiens et des Flamands le portrait de Cour et, à son imitation, tout le portrait français, visent à une ampleur, à une grandeur souvent pompeuse, mais parfois impersonnelle. C'est le règne de Mignard. Certes, depuis, Rigaud sait rendre vivante,