VENTE DE LA COLLECTION D'AVED
Mais, nous l'avons déjà dit, en parlant d’Aved collectionneur, il convient de ne pas oublier Aved marchand. Un goût inné le poussait à collectionner, mais il tirait profit de ce goût. Bien des œuvres ne firent que passer chez lui. Des douxe tableaux acquis par lui à la vente Wassenaër, en 1750, deux seulement étaient encore en sa possession, seize ans plus tard. L'œuvre de Rembrandt qu'il avait mis tant de soin à rassembler est vendu par lui avant 1755.
Ainsi l’Inventaire et le Catalogue des tableaux trouvés chez lui et vendus aprés sa mort reflètent-ils, au moins autant que ses goûts artistiques, ses tendances commerciales.
La vente des cellections et du mobilier d'Aved fut faite par les soins d’un des spécialistes les mieux désignés : Pierre Rémy. Il était en relations d'affaires avec Aved. C'est lui —— nous venons de le voir — qui avait négocié la vente de l’œuvre de Rembrandt que possédait le portraitiste.
Cette vente fut annoncée en ces termes par les Affiches :
« Vente d'effets considérables (après le décès de M. Aved peintre du Roi et de son Académie) sçavoir : Tableaux originaux du Tintoret, du Dominiquin, de Guerchin, de Paul Brill, de Corneille Pœlembourg, de Jacques Jordans, de Van Dick, de Rembrandt, de David Téniers, d'Adrian Van Ostade de Gérard Dow, de Bartholomée de Breemberg, de Philippe Wouwermans, de Nicolas Poussin, de Sébastien Bourdon, de Jouvenet et autres bons Maîtres des 3 écoles: plusieurs groupes, figures et bustes de bronze et de marbre, belle table d'albâtre oriental sur pied doré, lustre de crystal de Roche, clavecin de Ruckers, belles porcelaines très anciennes et autres, morceaux de laques, bordures de bois sculptées et dorées, estampes, etc. Le 24 nov., 3 h. de relevée, et jours suiv., rue de Bourbon, attenant les Théatins. On finira cette vente par les dessins et estampes. Le catalogue se trouve chez Didot l’aîné, imprimeur libraire, rue Pavée, près du quai des Augustins. On vendra, immédiatement après les effets ci-dessus, les meubles, comme batterie de cuisine, fauteuils et chaises de tapisserie, tentures, glaces, commodes, pendules, bijoux, etc... »
(Affiches, annonces, avis divers du 20 novembre 1766, n° 883.)
Le Catalogue lui-même était l'œuvre de Rémy. Nous le donnons ci-dessous, moins l'Avantpropos biographique, dont la substance a déjà passé tout entière dans notre ouvrage. On y retrouvera les expressions, les épithètes chères à Rémy et qui attirèrent les railleries de ses contemporains, ces tableaux ragoûtants, piquants, satisfaisants, composés avec avantage ou d’un pinceau velouté, les beautés de touche ou la touche grave et savante qu’il reconnaissait à l'artiste.
Tel quel, ce catalogue est des plus intéressants pour nous. Notons qu’il convient de le comparer à la liste des tableaux trouvés, à la mort d’Aved, dans son appartement de Paris et sa maison de Saintry. (Le numéro qui figure à la suite du numéro d'ordre du Catalogue est celui de l’Inventaire, qu'on trouverd dux Pièces justificatives.) Cette comparaison permet également de s'assurer que ce ne peut être que par erreur que les Goncourt ont parlé d'une deuxième vente Aved, faite en 1770. (Catalogue de l'œuvre de Watteau, n° 39; La Maison d’un artiste, t. I, p- 1.) Tous les tableaux importants et pour ainsi dire tous les articles de l'inventaire ont passé à la vente de 1766.
Les mesures des tableaux que l’on donne sont prises de feuillure en feuillure, sans y comprendre les bordures, qui sont presque toutes très belles. [Vote du rédacteur du Catalogue.]
Nous avons ajouté, à la fin de chaque notice, les noms des acquéreurs et les prix qu’ils ont payés. Nous empruntons ces renseignements aux Catalogues annotés des collections de M. Marcel Nicolle et de M. Seymour de Ricci, qui nous ont été très aimablement communiqués par leurs propriétaires.