‹ Le peintreChapitre 26 sur 40 · LES FLEURS. — LES GLACIS · texte numérisé non relu

LES FLEURS. — LES GLACIS

Quand, à son tour, ce glacis sera devenu à peu près sec, on accrochera les points lumineux — destinés à donner l’éclat et la transparence — avec un peu de blanc pur, en une seule fois, sans revenir.

Les glacis ne servent pas seulement à rendre les tons plus chauds, plus transparents et plus légers. Ils servent encore à les modifier et à leur donner telle et telle physionomie spéciale, impossible avec les simples mélanges.

Exemples.

Peignez une étoffe en bleu, avec de l’outremer, du noir et de la laque rouge dans les ombres, avec de l’outremer et du blanc dans les lumières. Passez sur les ombres un glacis de jaune indien et de bitume, et sur les lumières un glacis de jaune indien seul. Vous obtiendrez une étoffe d’un vert très particulier, et que nul mélange n’eût pu vous donner.

Voulez-vous que cette étoffe, tout en étant verte, conserve des reflets bleus et brillants par opposition ?

Glacez seulement les demi-teintes et les ombres, et laissez les lumières sans glacis.

Sur un mélange de blanc et de cadmium ou de jaune de Naples, glacez avec le vert émeraude. Vous aurez un ton d’une violence extrême qui, placé à côté d’ombres rougeâtres, pourra, comme note vive, être très heureux dans certains cas.

Ce même mélange, au lieu de le glacer, comme vous venez de faire, avec le vert émeraude, glacezle maintenant avec la laque de garance. Il deviendra un orangé éclatant.

Sur un ton bleu, un glacis de garance donne naturellement un ton violet, et ce ton violet sera plus ou moins clair selon que vous aurez ajouté au bleu plus ou moins de blanc.

On peut glacer du blanc pur soit en vert, soit en carmin, soit en jaune.

Mais les tons que l’on obtiendra seront des tons froids.

Le glacis, tout en donnant à un ton plus de vigueur ou plus d’éclat, le fonce toujours plus ou moins, mais ne l’éclaircit jamais ; il est donc indispensable de peindre la partie destinée à recevoir un glacis au-dessous de sa valeur réelle, c’est-à-dire plus claire.

Le système des glacis rend à la peinture les plus grands services. Les armures, les émaux, les fruits, les fleurs, les draperies, et en général toutes les colorations dont on a intérêt à augmenter l’intensité, ne peuvent guère se traiter qu’avec Laide de leur concours. Beaucoup de peintres anciens et modernes ont atteint, dans l’emploi de cet ingénieux moyen, une telle habileté, qu’ils en ont usé non seulement pour les tons vifs et puissamment colorés, mais aussi pour les chairs et les morceaux de nu.

Page 1