LES FLEURS. — LES GLACIS
celui-ci. Une qualité y prime toutes les autres, c’est la vivacité du coloris.
Pour lutter d’éclat avec leurs modèles, les peintres de fleurs ont recours à un certain procédé de peinture dont nous n’avons parlé jusqu’ici que d’une façon sommaire et dont c’est maintenant le lieu de nous occuper, je veux parler du glacis .
Le glacis est ainsi nommé parce qu’il n’est pas autre chose qu’une couche légère et transparente de peinture, répandue uniformément comme une glace, sur une autre peinture plus ou moins sèche. Il a pour effet d’augmenter dans une proportion considérable l’éclat et la puissance des tons qu’il recouvre.
Voici comment on l’emploie.
Vous venez — je suppose — de peindre une draperie jaune. Vous l’avez peinte en pleine pâte et au siccatif.
Attendez que le morceau de peinture soit non pas séché tout à fait, mais pris et déjà consistant.
Alors, sur une palette très propre, préparez une sauce d’huile de lin, d’essence de térébenthine et de vernis à tableau; dans cette sauce, délayez du jaune indien et un peu de laque de garance. Puis, à l'aide d’une martre plate, longue et large, glissez légèrement ce mélange sur tout l'ensemble de la draperie.
Commencez par le haut et revenez le moins possible à la même place.
Le travail achevé, votre coloration jaune aura doublé d'éclat.
On procède ainsi pour tous les tons, en se servant toujours des couleurs correspondantes transparentes : les laques, le vert émeraude, le biiume.
Les glacis se posent, suivant le besoin, tantôt sur un tout, tantôt sur une partie. Mais, comme ils ont toujours pour résultat de rendre plus brillants les tons qu’ils recouvrent, et que les parties brillantes ne peuvent jamais être que celles placées dans la lumière, il suit de là que les glacis doivent être posés le plus souvent sur les parties éclairées.
Autre observation.
Le propre des glacis étant de faire avancer les objets en les colorant plus vivement, ils ne devront jamais être employés dans les fonds. Ils supprimeraient toute impression de profondeur et d’éloignement et détruiraient toute perspective.
Les tons vifs des fleurs, des papillons et de certains fruits ne peuvent s’obtenir autrement qu’avec le secours des glacis.
Pour avoir des cerises et des groseilles colorées comme dans la nature, on commencera par peindre ces fruits en pleine pâte, en se rapprochant le plus possible du ton réel, et l’on étendra sur le morceau presque achevé et déjà poisseux au toucher, un glacis de laque de garance mélangé d’un peu d’huile et de siccatif.