MISS LOIE FULLER
(H. environ 370 millim. L. 260)
(1893). Fac-similé de la pl. noire seule.
Cette lithographie, qui a donné lieu à des épreuves d’aspect à la fois différents et variés, n’a été tirée qu’en noir seulement; c’est alors que, sur les épreuves fraîchement tirées, Lautrec a pris soin de les colorier, en se servant d'un tampon d’ouate, puis en les saupoudrant en dernier lieu de poudre d’or, pour compléter l’effet. C’est à notre ami André Marty, éditeur de la pièce, que nous devons ces intéressants renseignements qui n’ont encore jamais été consignés.
Le tirage de la Miss Loie Fuller a été limité à 50 épreuves, éditées au prix de 50 francs ; il en existe, en outre, quelques exemplaires d’essai, sans addition d aquarelle.
VENTES: Anonyme, 6 mars 1907, 4 impr. diff. , 130 fr.; A. Ragault (1911), 2 impr. diff., 170 fr. ; Anonyme, 4 juin 1910, 120 fr.; P. (G. Petitdidier), 1913, 130 fr. ; Anonyme, 27 mars 1914, 2 épr., 65 fr. ; Roger Marx (1914), 2 épr., 160 fr.; Anonyme, 23 mai 1917, 120 fr.
Cette lithographie a été reproduite dans le Supplément illustré de VÊcho de Parts ( 9 décembre 1893)
« U y a en ce moment — écrivait Michel Zévaco, dans le n* du 13 novembre 189a, du Courrier Français — aux Folies-Bergère une sorte de danseuse qui, dès le premier soir, a conquis sa grande naturalisation d’artiste parisienne. Elle est anglaise et s’appelle Loïe Fuller. Si elle est jolie, je n’en sais trop rien ; il n’est guère possible de l'examiner à travers le brouillard d'étoffes dont elle s’enveloppe. A coup sûr, la danse dont elle est, parait-il, la « créatrice », est un des plus jolis spectacles qui se puissent voir. Je dis danse à défaut d’autre mot.
* Voici au juste ce que c’est :
•r La scène, à laquelle les machinistes ont laissé le plus de profondeur possible et dont le fond est barré par un vélum très sombre, est plongée, ainsi que la salle, d’ailleurs, dans une profonde obscurité, transformée ainsi en une vaste caverne noire.
•r. Quelques instants se passent; lorsque leurs yeux se sont accoutumés à la nuit, les spectateurs perçoivent au fond de l’antre une forme indécise, grise, qui flotte ainsi qu’un fantôme.
* Tout à coup jaillit un jet de couleur lumineuse qui enveloppe le fantôme et l’éclaire d'une lueur quasi-spectrale. Miss Loïe Fuller commence alors sa danse.
« Elle est vêtue d’étoffes longues et légères, de gazes transparentes que le moindre mouvement soulève en nuages, de mousselines qui se déploient et se replient au gré de la danseuse.
« Ces étoffes, elle les agite comme de grandes ailes, elle les fait tourner en spirales qui décrivent de capricieuses volutes, tantôt papillon gigantesque touchant à peine terre, tantôt véritable nuage dans lequel elle disparaît, comme la déssse antique.
k En de rapides et curieuses transformations, ces voiles changent plusieurs fois de couleur ; tantôt c’est l’azur du ciel, tantôt l’émeraude des mers, parfois le rouge vif d’un incendie, puis des teintes mortes, des violets effacés, des jaunes d’une pâleur exquise.
■k Ces teintes, ces nuances ne se contentent pas de se succéder, dans le même instant, elles apparaissent en fugitives évocations pour disparaître aussitôt.
« C’est dans ce flot d’étoffes que Miss Loïe Fuller se meut et danse. Légère et gracieuse, elle bondit d'un bout à l’autre de la scène, roule comme un tourbillon, paraît sur le point de s’envoler comme une fumée qui se tord, va, vient, s’efface, reparaît soudain »
20 Centimes — le Numéro — 20 Centimes
L’Escarmouche