L'HISTOIRE DE LA DÉCOUVERTE DE L'IMPRESSION DES ESTAMPES
L'art de produire des ornemens et des figures sur des planches de métal par des traits creusés avec le burin, est très-ancien. Il a été exercé par les Égyptiens, les Grecs et les Romains (i).
Cet art, nommé Tart de la Gravure, donna, dans la suite, naissaace à celui de la Niellure, dont nous allons donner ici une idée en peu de mots. Après avoir gravé au burin le dessein sur une planche d'argent ou d'or, on introduisoit dans les creux tracés par le burin, ce que l'on nomme en Italie le Niello (du mot latin Nigellum), savoir: un mélange d'argent, de cuivre, de plonib, de soufre noir et de borax en fusion. On ôtoit ensuite,
J^JIf. VoL A
moyennant des limes et des brunissoirs, la partie du niello qui dépassoit les traits, et on finissoit par polir la surface de la planche avec du tripoli, de manière que l'argent ou lor restoil à découvert, et le niello incrusté dans les traits, dont il faisoit mieux ressortir le dessein (2).
On ne connoît pas Pépoque de Tinvention de Tart de nieller, mais on sait que cet art a existé en France dès la première moitié du septième siècle. (3) Il est donc vraisemblable qu'il date d'un temps plus reculé. Il n'aura pas été une invention de ces temps obscurs et barbares, et, suivant toute apparence, il nous vient des Grecs ou des Romains (4). Theophilus monachns qui vivoit au douzième siècle, nous a laissé des mémoires très-détaillés sur cet art dans son ouvrage intitulé : Diversarum ar-^ iium scheduta (s).
N'étant pas de notre plan, de rechercher ici, combien cet art a été exercé dans les différens temps et dans les différens pays, nous dirons seulement qu'au commencement du quinzième siècle il a été beaucoup pratiqué en Italie, surtout à Florence.
Suivant Tabbé Lanzi (e) le NieHo a été en usage dans les meubles d'église, tels que les calices, les reliquaires, les paix, comme aussi dans les meubles profanes, tels que les poignées de sabres et d'épées, les tasses, les agrafes et quelques ornemens de femmes. H a été même employé dans de certaines armoires de bois d'ébène que Ton ornoit de petites statues d'argent, et de petites lames niellées de figures, d'histoires, de fleurs etc.
H existoit alors en Italie beaucoup d'excellens artistes en niello. Les plus célèbres furent Forzore, frère de Parri Spinelli d'Arezzo, Caradosso de Milan, Francia de Bologne, Jean Turini de Sienne, et les trois Florîntins qui travailloient à Fenvi à San -Giovanni, savoir: Matteo Dei , Antonio del Pollajuolo et Maso Finiguerra; et on a fait* de grands éloges de leurs paix qu'ils avoient gravées d'une finesse admirable
Nous ignorons, si dans ce temps-là l'art de nieller a été de même en usage en Allemagne; mais on ne peut pas douter qu'il ne doive y avoir existé des orfèvres qui
aient gravé au burin des figures sur des
vases d'église, et sur d'autres pièces d'argent et d'or, quand même ils n'auroient pas eu la coutume de remplir leurs gravures avec du niello En examinant les estampes du Graveur de l\in 1466, et de Martin Schongauer, on y remarque une étonnante pratique dans le maniement du burin, et il est impossible de ne pas être persuadé, que ces artistes n'aient été des graveurs très -exercés déjà, avant qulls n'ont commencé à tirer des épreuves de leurs ouvrages gravés.
Mais, nous le répétons, il ne s'agit pas, de chercher l'origine de l'art de graver sur des planches de métal; c'est de l'art de tirer des épreuves des planches gravées que nous nous sommes proposés de traiter ici.
Nous passons sous silence le passage de Pline (7), par lequel quelques auteurs ont été portés à croire, que cet art avoit été inventé par Marc Térence Varro, vuque ce passage ne peut en aucune manière être appliqué à des estampes produites par la gravure. D'ailleurs, quand même l'art de l'impression des estampes auroit existé déjà du temps des anciens Romains,
H n'en seroit pas moins au nombre des arts qui ont été entièrement perdus, et dont le recouvrement doit donc être considéré comme une invention tout- à -fait nouvelle.
Les Allemands et les Italiens se sont long-temps disputés la gloire de cette découverte, et la question de savoir, à laquelle de ces deux nations elle appartient, n'a pas, ce nous semble, été même décidée jusqu' aujourd'hui. Peut-on décider cette question, et jusqu'à quel degré de certitude? c'est là l'objet, dont nous allons nous occuper, en passant en revue toutes les notices historiques et tous les monumens qui nous sont restés, et qui seuls peuvent fournir les éclaircissemens demandés.
M"** de Murr déclare qu'il est convaincu que l'art de la gravure a été inventé en Allemagne («). Nous présumons qu'il entend par là l'art de faire des épreuves. Il cite (9) onze pièces d'une passion marquées de Tannée 1440, qiia la vérité il n'a pas vues, mais dont un catalogue d-une collection d'estampes et de desseins, écrit en 1618 par un nommé Paul Behaim
r; HISTOIRE DE Lk DÉCOUVERTE
U: j^un^, fait iiu'ntion en ces tenues: Omze int'fpM duHP piissiêm irès' ancienne VON Of^-UÏKr/TTENEK ARBEIT, avec tannée I % lO, m hauteur in orlavo. Nous remarq 'Jurons sfMjloiiM'nt (|iie personne n'a jaîuH\^ Mi une seule de ces onze pièces, et qij il u^'M fias (lu tout vraisemblable que, d Un nombre de onze planches, toutes les 'preijses en }ç^;nrral se soient perdues, ^r de Mun , il est vrai, prétend reconnoJtre pour une de ces onze pièces l'estampe que nous avons détaillée tome X de cet ouvrage, page Ji, article 9, et qui représr;nle Icm Juifs aUachanf Jésus Christ a la croix; mais cette pièce ne porte aucune date, et il ne parolt pas faire partie d'une suite, parcccpie nous Tavons rencontrée plusieurs fois, sans en avoir jamais trouvé une seide que Ton pourroit lui apparier. Il et donc à croire que dans Irî catalogue de Paul Bchaiîii, quelle qu'en puisse être d'ailleurs l'exactitude vantée par M'- de Murr, il s'est néanmoins glissé une faute relativement à Tannée qui, au lieu de 1440, pourroit bien être 1470, ou 1480, ou 1490. Du reste, P. Behaim nous laisse le doute, si sa passion est gra-
vée en cuivre ou en bois. 11 la dit être von geschroUener Arbeit. 'Heineke (lo) fait l'aveu de ne pas comprendre ce mot geschrotten; M"^- de Mnrr le déclare synonyme avec grob (grossier). Mais, suivant Adelung (n) Schrolen signifie schneiden (tailler). Schroleiscn, un couperet pour fen" dre du bois; die Nagethiere schroten dos Holz, les animaux rongeurs rongent le bois.
Tout cela pourroit faire croire que l'expression von gesvhrotlener Arbeit qui, traduit littéralement, signifie de travail taillé ou creursé^ veut dire en taille de bois ^ et alors l'année 1440 pourroit bien ne pas être une faute.
Sandrart (12) parle d'une estampe qui représente un vieillard faisant des caresses à une jeune femme, et qui seroit marquée du chiflVe M, ainsi que de l'année 1455. En nous référant à ce que nous avons dit sur cette estampe dans le Tome VI. de cet ouvrage, page 386, nous nous joignons en môme temps au sentiment de l'abbé Lanzi qui regarde ces sortes d'estampes comme des fausses monnoies, avec lesquelles des Allemands ne réussiront pas à acheter la gloire de Tin-
vention de rimpression des estampes. Enfin nous renvoyons nos lecteurs à ce que dit de cette estampe l'abbé Zani (13) qui démontre que la prétendue année 1456 n'est ni plus ni moins que l'année 1499.
Heineke prétend qu'on a déjà imprimé des estampes en Allemange en 1 440. Voici comment il prouve cette assertion (u).
^Martin Schongauer , dit - il , est certaine- „ment le plus ancien graveur, dont nous „savons l'époque; mais il n'est nulle- „ment le premier. On n'a qu'à examiner „ses estampes qui sont faites, selon tou- „tes les apparences, entre 1460 et 1486, „et l'on verra que c'est un burin formé „qui les a produites." Heineke ne connoît pas le maître de Martin Schongauer, mais quelque soit ce maître, il faut au moins, dit-il, „qu'il soit plus ancien que son dis- „ciple. Donnons lui seulement dix ans de „plus, et nous avons l'année 1450 pour „époque, ùh la gravure a été assurément „exercée en Allemagne." Après avoir parlé de quelques estampes qui lui paraissent encore plus anciennes que celles de Schongauer, il finit (page 224) par fixer
Tépoque de Tinvention de la gravure au moins vers Tannée 1 440.
II faut convenir qu'on ne peut guère, ^ en si peu de lignes, réunir plus de contradictions, et un plus grand bouleversement d'idées. Zani (la) dit avec raison que „des suppositions semblables ne (cn- „dent qu'à nier directement l'origine de „la gravure, puisque en donnant tou- ,jours un maître à celui qui Ta exercé le ,,premier, il en résulte nécessairement „que personne ne peut jamais prétendre „au titre d'inventeur." Mais lleineke confond visiblement lart de graver sur métal avec le procédé de faire des épreuves: car à quoi bon tous ses efforts pour montrer que Martin Schongauer a appris la gravure d'un autre? Si cependant il a eu l'intention de prouver que l'art d'imprimer des estampes n'a pas été inventé par ce maître, comment a-t-il pu donner pour une preuve de son assertion ce qui est précisément le plus propre à la réfuter? Il dit que toutes les estampes de Martin Schongauer offrent un burin formé, c'est-à-dire qu'il n'en existe point qui décèle la foiblesse de l'apprenti. Or peut-
il y avoir une preuve plus forte que Mar^ tm Schongauer avoit déjà acquis toute la pratique de la gravure, avant que d'avoir commencé à tirer des épreuves de ses gravures? L'art de graver des planches, et le procédé d'en tirer des épreuves, ne sont-ils donc pas deux choses tout-à-fait différentes? El celui qui a inventé, le premier, le procédé d'imprimer des estampes, ne pouvoir -il donc pas avoir été excellent graveur déjà antérieurement?
Nous, de notre côté, nous sommes aussi bien éloignés de croire Marlin Schongauer l'inventeur de l'impression des estampes, mais nos raisons sont toutes différentes de celle de Ueineke. Suivant notre calcul, Schongauer ne peut avoir commencé à imprimer des estampes que seulement après 1 460. Nous savons maintenant qu'il n'est pas mort en 1 486, comme on l'avoit toujours cru, mais en 1499, c'est-à-dire douze ans plus tard. Le nombre de ses estampes est d'environ 116, Or si Ion admet qu'il n'en ait gravées que quatre par an '16) et que rétrogradant de l'année 1499 on assigne quatre pièces à chacune des années précédentes, on ne remontera tout
au plus qu'à Tannée 1461, où il peut avoir commeiicé à faire des estampes.
Suivant Vasari, c'est Maso Finigtierray orfèvre de Florence qui a inventé vers Tan 1 460 Tart de faire des estampes. En parlant de Fart de nieller, il dit: dam ce genre travailla le plus ndmirablemeiU MA- SO FiNIGUERRA, Florentin qui eut un lalenl rare en celle profession^ comme le prouvent quelques Paix de niello à SL Jean de Florence, que ton regarde comme admirables. Cest de celle laille de burin que sont provenues les estampes en cuivre. (i7) Ensuite, dans la vie de Marc -Antoine Raimondi, il parle de ce même Maso de la manière suivante: Le commencement donc de la gravure vint de Maso Finiguerra Florentin vers les années de notre salut 1460, parceque celui-ci, toutes les choses qu'il grava sur Fargent, pour les remplir de niello, il les empreignit avec de la terre, et y ayant jeté dessus du soufre liquéfié , elles furent empreintes et pleines de fumée; d'où par thuile elles montroienl la même chose que r argent ; et il fit cela aussi avec un papier humide et avec la même teinte, en pressant dessus avec un rouleau rond, mais égal
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partout, ce (jui non seulement tes faisait paroifre imprimées , mais elles devenoietU comme (tessinéos à h plume. Celui-ci fut suivi par ttaccio ItaUlini, orfèvre Florentin^ lequel n'ayant pas beaucoup de dessein^ tout ce qu'il fit, fut de rinvention et du dessein de Sandro Bolicello. Cette chose étant venue à la connaissance d' André Mantegna à J\ome^ fut cause qu'il commença à graver beaucoup de ces ouvrages (l8).
Quoiqu'il y ait dans ce passage de Yasari quelques obscurités (19) qui pourroient faire naître le doute, si Maso a tiré son épreuve immédiatement de la planche même, ou bien de l'empreinte de soufre, il semble pourtant que Vasari n'a voulu parler que de cette dernière manière, et c'est aussi ainsi que l'ont entendu Baldinucci et Zani. Le premier s'exprime ainsi : — et après y avoir jeté dessus du soufre liquéfié, son travail y paroissoit tellement empreint, qu'ayant mis dessus une certaine teinte à l'huile, et y ayant pressé un papier humide avec un rouleau de bois bien uni, la taille ne restait pas moins exprimée sur le papier qu'elle ne le fut auparavant sur targent^ et les épreuves 'parois-
soient dessinées à la plume. (20) Zani dit:
Vasari et Baldinucci racontent que Fini-guerray quand il avoit gravé quelque ouvrage, avant que de le remplir de nielle y il Vempreignoit avec une pâle de très^-fine terre; dans celui --ci il jetoit ensuite le soufre liquéfié; et que dans le soufre il y passoit une teinte à thuile pour rester dans les tailles seules y et en faisant presser le papier avec un rouleau de bois, il y imprimoit ses desseins (21).
Il est naturel de demander ici, quel a pu être le motif de Maso pour faire les empreintes de soufre? Lanzi y reconnoît un moyen pour conduire l'artiste à perfectionner son ouvrage. Il dit que Maso ne regardoit pas l'usage de faire ces empreintes de soufre comme une partie insignifiante de son art, et que c'étoient elles, et non le hazard, qui Font guidé à perfectionner ses ouvrages niellés (22).
Zani semble avoir là-dessus à peu-près la même opinion. „L'opération ingénieuse, dit cet auteur, de jeter le soufre et „d'en remplir les tailles avec le noir de fu- „mée, devoit se faire par Finiguerra, pour „voir si son ouvrage étoil parfait, et s'il
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„s'y trouvoit Taccord, s'il n'y manquoit ^rien dans le dessein, ou si t]uelque chose „avoit besoin d'être corrigée; et cela ne ^pouvoit plus se faire après que le nielio „y fut mis. Effectivement il étoit impos- „sible qu'il put voir tout cela sur la planche „d'argent môme, et dans les tailles „vuides qui ne pouvoient lui montrer le „dessein que très-foiblement, et l'accord „pa8 du tout. Il ne pouvoit pas mettre dans „les tailles quelque autre matière étran- „gère , parceque par là il auroit empêché „le nielio de s'y fixer ensuite" (23).
Il est clair que ce que Lanzi et Zani disent de la nécessité et du but du soufre, ne sont que de simples conjectures. On sait bien, que les graveurs de cachet, de coin, et les artistes qui travaillent en pierres fines, pour se rendre raison de la perfection du bas-relief qu'ils ont à produire, sont obligés de faire de temps en temps des empreintes de cire, parceque les figures qu'ils gravent dans ces cachets, coins et pierres fines, également destinés à servir de poinçons, doivent être creusées; mais il n'en est pas de môme avec le graveur d'estampes, qui exprime son dessein
par des traits sur une planche de métal plate. Notre expérience nous donne la pleine conviction, que Maso, pour voir les progrès et l'effet de son travail, n'a pas eu besoin d'un expédient différent de celui quemployent aujourd'hui tous les graveurs d'estampes, c'est-à-dire qu'il n'avoit qu'à remplir sa taille avec du noir quelconque. Ce moyen, à la vérité, n'est pas toujours suffisant pour le graveur, dont la planche est destinée au tirage d'épreuves sur du papier blanc, parceque la taille regardée sur la planche, a toujours quelque chose de séduisant: • elle offre communément une douceur mensongère qui ne se retrouve plus dans l'épreuve sur le papier blanc, et elle nous présente comme insignifiantes toutes les petites irrégularités qui ensuite sautent aux yeux.
Mais cet examen scrupuleux ne pouvoit pas être celui du graveur en niello: son ouvrage étoit terminé et parfait dès que, regardé et examiné sur la planche même, il lui paroissoit l'être, par conséquent il n'avoit pas besoin de se rassurer par une épreuve tirée sur du papier ou sur une autre matière quelconque.
Quant à 1 objection faite par Zani, que Maso ne pouvoit pas mettre du noir ou quelque autre matière étrangère dans sa taille, de peur d'empêcher par-là la niellure de s'y attacher, elle est sans aucun fondement. Nous remarquerons d'abord qu'il est de toute impossibilité d'éviter que, lors de la gravure d*une planche, il ne se glisse de la saleté ou quelque graisse dans les traits. Cette saleté étant incompatible avec le niello, elle doit donc toujours en être ôtée, qu'elle ait plus ou moins rempli les traits; aussi pouvons nous dire avec certitude, que les nielleurs n'ont jamais manqué ce nettoiement, et qu'ils y ont employé un procédé particulier. Voici que dit là -dessus B, Cellini „La beauté de la niellure consis- „tant en ce qu'elle soit unie et sans de „certains petits trous, il faut faire bouillir „la planche dans de l'eau avec beaucoup „de cendre de chêne qui doit être très- „nette. Les orfèvres nomment ce procédé „faire une cendrée. Après que l'ouvrage „gravé aura bouilli dans la chaudière, où „on le laisse avec la dite cendre pendant „un quart d'heure, on doit ensuite le
„meUre dans un petit bassin rempli d'eau „très-fraîche et très-nette, et bien frotter „la taille avec des brosses bien propres, jjusqu'à ce qu'elle soit nettoyée et deli- „vrée de tout ce qu'il peut y avoir eu de „saleté" (24)
Il est donc décidé, que Finiguerra^ en faisant son soufre, n'a pu avoir pour but d'en obtenir un guide pour perfectionner la taille de sa planche. On ne peut pas croire non plus qu'il ait fait son soufre dans l'intention préméditée d'en gagner un moule qui lui servit pour en tirer des estampes, ayant entre les mains la planche de métal très propre -à être assujettie à l'impression; car par quel motif auroitil préféré un moule de soufre, un corps si peu qualifié pour l'impression à cause de son extrême fragilité?
Suivant notre opinion, le soufre de Finignerra n'a été d'abord qu'une simple empreinte, destinée à être conservée comme souvenir d'un ouvrage qu'il étoit obligé de remettre entre les mains de celui qui l'avoit commandé, empreinte qui dans ces temps-là a dû être-pour les amateurs
au moins d'un intérêt aussi grand, que 27//. Fol B
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la toujours été le soufre d'un beau camée et d'une pierre taillée en creux, dont l'original ne peut pareillement être la propriété que d'un seul.
Ce souvenir, il est vrai, Finigucrra l'auroit obtenu, dans la meilleure forme, par une épreuve tirée de la planche sur du papier; mais pour cela l'art de l'impression des estampes auroit dû être déjà inventé, et il ne Tétoit pas Finiguerra ne sembloit pas devoir en faire l'invention, et si néanmoins il lui a été enfin réservé d'en obtenir la gloire, son invention n'est assurément point le résultat de ses combinaisons et de ses réflexions, mais bien le simple effet du hasard.
Finigiierra avoit sans doute déjà gravé plusieurs planches d'argent ou d'or, sans qu'il lui soit venu dang l'idée, d'en garder une empreinte comme souvenir. Il arrive enfin qu'il exécute une telle planche, dont le succès lui procure une satisfaction particulière. Il se rappelle peutêtre d'avoir jeté en plâtre quelques-uns de ses ouvrages ciselés. Ces plâtres, ou peut-être aussi des soufres jetés sur des pierres gravées antiques, lui font naître
l'idée de jeter pareillement un soufre sur sa planche gravée. Ce. soufre est enfin fini, mais les. traits étant vides, ils ne lui montrent pas assez distinctement TefTet de son travail. Pour remédier à ce défaut^ qu'y a4-il de plus naturel que de faire sur son soufre ce quil a toujours fait pendant la gravure de la planche d'argent, c'est-à-dire, d'en remplir les traits avec quel(îue couleur noire? Qu'importe quelle ait été cette couleur, ou le noir de fumée détrempé avec de l'huile, ou ce même noir délié avec de l'eau (25) ou la saleté de la pierre à aiguiser les burins, ou quelque autre masse noirâtre? Il étend donc sa couleur sur le soufre, mais elle n'en remplit pas les traits seuls , elle' en couvre toute la surface, savoir aussi les parties plaines qui doivent se montrer en blanc. Comment faire pour remédier à ce défaut? Sur la planche d'argent, il ôte ce noir superflu sans aucune difficulté avec un morceau de linge, avec lequel il frotte par-dessus ; il ne peut pas hasarder d'en faire de même sur le soufre: sa fragilité ne lui permettant pas de frotter horizontalement, de peur de briser les petites
élévations minces et délicates qui sont entre les creux des traits, et qui forment les hachures. Il cherche donc à ôter ce superflu de noir sans frotter, mais en pressant légèrement à plomb sur son soufre le corps qu'il croit le mieux pouvoir remplir son but. La toile la plus fine n'étant pas bien propre à cet effet, il prend un morceau de papier qu'il humecte, parce qu'une expérience faite peut-être dans une autre ^occasion , lui aura appris que le papier humecté, pressé contre une surface, reçoit la saleté huileuse beaucoup plus facilement que ne fait le papier sec et roide. Il presse donc son papier doucement sur le soufre, ou avec la main ou avec un cihndre de bois, et le relève ensuite. Cependant, le soufre ayant été entièrement couvert de noir, le papier en revient noir dans toute l'étendue de Tépreuve. Point d'estampe encore ! — Finiguerra, s^ns doute, ne pense pas même d'être sur le chemin d'en faire la découverte. Ce premier papier ayant sucé la plus grande partie dos saletés de la surface du soufre, Finigtierra va achever d'en ôter ce qui reste encore, il prend une se-
conde feuille de papier humecté qui, pressé sur le soufre avec un peu plus de force, reçoit non seulement les petits restes des saletés de la .surface, mais extrait en même temps une partie du noir, dont les traits étoient reriiplis ; Finignerra retire son second papier du soufre, et il y trouve LA PREMIÈRE ESTAMPE.
Les soufres fondus par ce maître ont été perdus, à l'exception de celui de la Paix gravée pour Téglise de St. Jean de Florence en 1 452, où 1 on a représenté un couronnement de la Vierge dans une composition de beaucoup de figures. Ce soufre étoit autrefois dans le musée du prévôt Gori qui le décrit dans ses diptyques (2g), et il se trouve maintenant, suivant Lanzi (27) dans le cabinet de M'. Dtirazzo, joint à un mémoire de la main propre de Gori y dans lequel celui-ci assure l'avoir confronté avec l'original. Zani parle d'un second soufré de la même Paix, lequel se trouve à Livourne au cabinet de M'. Serrali. Il ne connoît pas celui du caBinet de Durazzo , mais Gori assurant d'avoir confronté le sien avec l'original, et celui de M'. Serrali ayant été pareille-
fv.^4 ^/mU*mU'. nM'A: (Vîxacliludc la plus ^^\tt4\mU^i^% Xani ftrhii Y un cl Taulre fondu
hn e-/miifm^M liîcn w« deux soufres, ff^pï^,,^ f^^ u'4^fM pfi^ la uioindre trace d'une ^^m^f^, é\m é^ Mi Mz tir/je \)d^v Finujuerra; f^tf:^m^f'4f^'A^, fpfi dc^oil presque rendre ^i^^^^'i h rapport de Vasari relativeth^d ÀK h d/r/î/^iiverte faite par cet ar-
ir^MH YmhûifnhU^ iM)0 Zani iya^W 6toil f/^t^^fiff^. d^'r (trouver une telle ("épreuve en M^^l , h iWiP^ mt (îabinei national. Cette ^^pt^H^ft ml Ui mfmw rpje Fiînfjuerra avoit fif/r^. d<tt luu (U*n Houfres fondus sur la t^^'n ^imht eu argent en 1452, dont on >M^ut (Ui parler Nouh renvoyons nos lec- M'ur«^ h TotiivrMge (U* ce digne savant, où iU (roMverout leK cktiails les plus circoniiUihrUif^ relal.iv(Mn(MU à sa trouvaille, les preuves de ToriginaliK''! (I(^ cette ancienne et4tampe, iiinsl (pi^une copie (pi'il on a (ait graver avec toute rexaclitudo pos- NJhJM (iio).
Fifiil/iurvo^ il est vrai, avoit fait sa déc(Miverh\ nuii>* il sonihle cpril na pas senti riniportnnce dos rosulUUs quil en au-
roit pu tirer, et que par conséqueut il n a pas eu le désir de faire un pas de plus pour la perfectionner. 11 est presque certain qu'il en est resté là, qu'il s'est contenté d'avoir obtenu son soufre, et au surplus d'avoir tiré de celui-ci une couple d'épreuves. A cet égard donc, nous le répétons, la première estampe doit être considérée plutôt comme un produit du hasard que comme le résultat d'une invention précédée par des recherches et des combinaisons. Mais ce qui est étonnant, c'est que cette découverte, même déjà communiquée à quelques autres orfèvres, resta dans la même imperfection encore plusieurs années, savoir jusques vers 1 460. Tout ce que l'Italie a fourni d'estampes imprimées pendant cet espace de temps, se home, à ce qu'il paroît, à celles d'un petit nombre d'ouvrages niellés, dont la couleur grise et l'impression peu parfaite semblent attester, qu'elles nont été pareillement tirées que de soufres, et partant en très-petit nombre.
Ce qui prouve Tobscurité, dans laquelle la nou\clle découverte a été enveloppée tout ce temps là, c'est le silence ab-
solu de tous les auteurs contemporains, ainsi que le défaut non moins absolu d'autres notices qui, certes, n'auroient pas manqué de parvenir jusqu'à nous, si elles avoient été répandues avec quelque profusion.
A entendre Lanzi, on croiroit, à la vérité, que le nombre de ces épreuves d'ouvrages niellés a été très -considérable, qu'on y aperçoit la différence des écoles, ot qu'elles ont été répandues dans toutes les provinces de l'Italie. Mais en examinant bien ce que dit cet auteur éloquent, on remarque que, quelque ingénieuses que soient ses données, il ne seroit guère en état de les soutenir par des preuves solides et satisfaisantes. Nous lui demandons, où est ce grand nombre d'épreuves de nielles? Lui-même ne parle que de celles qui se trouvent à Gènes dans la collection Durazzo. Nous ne connoissons pas ces pièces, mais nous avons tout sujet de croire, que leur nombre ne va pas beaucoup au-delà des trente-deux qu'on a depuis rendues publiques par des copies, dont nous avons joint le détail à cet ouvrage. Nous lui demandons en ou-
tre, quelles sont les collections non seulement de l'Italie, mais de toute l'Europe, où l'on puisse trouver ces sortes d'estampes? Nous avons vu plusieurs de ces grandes collections, et nous en connoissons les plus fameuses tant par des catalogues que par d'autres informations, mais nous les avons toutes trouvées ou absolument dépourvues ou très - chichement dotées de ce genre d'estampes. La riche, rimmense collection d'estampes impériale à Vienne n'en a jamais possédé une seule pièce.
Pour ce qui regarde les auteurs de ces estampes, il est très-difficile de déterminer quel en a été le nombre, et de prouver qu'ils ont vécu en diverses villes de l'Italie. L'inégalité de l'exécution de ces pièces n'est peut-être qu'apparente, et il est très -possible que les pièces attribuées à dix différens maîtres ne viennent que de doux ou même d'un seul (si).
Les inscriptions que portent quelquesunes d'entre elles, et dont une indique là ville de Bologne, deux autres le dialecte Lombard , ne sont guère des indices aussi certains de leur origine, que Lanzi
semble le prétendre; puisque, l'une offrant un nom de famille, les deux autres des devises , elles peuvent bien avoir été littéralement commandées auprès d'un même orfèvre vivant à Florence, par des amateurs, dont l'un à eu son séjour à Bologne, les autres dans quelque ville de la Lombardie.
Quoiqu'il en soit d'ailleurs du nombre des orfèvres qui ont laissé des épreuves de leurs niellures, qu'ils aient vécu dans une seule ou dans plusieurs villes de l'Italie, il reste certain que, dans la nouvelle découverte, ils n'ont pas fait un pas de plus que Maso leur devancier.
Il est en outre remarquable que Vasari range la découverte de Finiguerra vers Fan 1460, savoir plusieurs années plus tard qu'elle n'a eu lieu effectivement, et qu'il dise que Finiguerra a été suivi par Baldini, qui cependant ne paroît comme graveur, avec quelque certitude, qu'en 1 477, par les deux estampes qu'il a gravées pour l'ouvrage intitulé: // monte santo di Dio, imprimé à Florence.
Quoique Vasari, comme on sait, ne soit pas toujours un garant bien sûr, ce-
pendant son silence absolu sur Fexistence (les estampes imprimées^ depuis la découverte de Finiyuerra jusqu'à Baldini prouve assez évidemment qu'il n'en a jamais vues. Ce silence confirme aussi noire (opinion, qui est, que Finiguerra n'a pas su apprécier l'importance de sa découvcite, (|ue les orfèvres, ses contemporains, nont pas plus eu l'esprit d'en tirer parti, que Tun et les autres se sont contentés de couler leurs soufres, et de n'en tirer (ju'autant d'épreuves que la fragilité de ces corps le leur a permis, c'est-à-dire, un nombre très-borné.
Tel étoit l'état languissant, où se trouvoit le pioccdé de faire des estampes en Italie, lorsqu'un Allemand mit au jour des estampes, dont le premier coup d'oeil qu'on y jette, ne laisse pas le moindre doute qu'elles n'ayent été gravées sur des planches de cuivre, et imprimées avec la presse. Nous parlons de l'excellent artiste, dont le nom s'est perdu, qui s'est désigné par les lettres (]^^^, et que nous appelions le Graveur de l'an 1460 (32).
On ignore pour la plus grande partie des estampes de ce maître^ les années où
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olles ont été imprimées. Christ en cite iincMjui est marquée de Tannée 1465(33), ri quand on considère, que parmi le grand nombre des pièces de ce maître, dont plus de cent vingt sont parvenues jus(|u'à nous, il n'y en a que dix qui soient marquées d'une date, savoir celle de Christ, de 1465, trois de 1466, et six (le 1467, on ne sauroit guère croire que toutes les autres cent dix, qui ne portent aucune date, aient été nécessairement imprimées aussi pendant ces trois années, ou bien dans les années suivantes; et il paroît plus que vraisemblable qu'il y en î\ aussi quelques-unes dans ce grand nombre, qui auront été gravées et publiées antérieurement, au moins d'une année, ainsi déjà en 1464.
La perfection de toutes ces pièces démontre que leur auteur devoit avoir exercé la gravure déjà long -temps, avant (|uc d'avoir entrepris de tirer des épreuves de ses planches, c'est-à-dire qu'il devoit déjà avoir été orfèvre des plus habiles, et surtout très -exercé à produire, des desseins par des traits gravés sur une planche de métal
DE riMPRESSION DÈS ESTAMPES. 29
Lui a-t-on^ communiqué tout le procédé, dont les Italiens se servoient pour faire des épreuves, ou ne lui en a-l-on donné que quelques notices imparfaites, mais suffisantes pour le guider dans des essais faits de son chef? — A-t-il vu ou acquis quelque estampe tirée en Italie d'un soufre qui auroit pu lui fournir l'idée d'en tirer immédiatement d'une planche de métal? C'est ce que nous ignorons. 11 est très-possible qu'il ait inventé l'impression des* estampes à spn tour, c'est-à-dire, sans qu'il ail su, que la découverte on étoit déjà faite antérieurement en Italie. Mais ce qui est très - certain , c'est que les estampes de notre artiste, quelque grand que soit leur nombre, sont toutes gravées d'une perfection admirable, et imprimées d'une coleur noire et très-brillante.
On est donc fondé à croire que c'est lui qui le premier a senti l'importance de la découverte du procédé de faire des épreuves, et que c'est lui qui le premier l'a porté à sa perfection, en évitant le détour du moule d'argile et du jet de soufre, en substituant des planches de cuivre d'une dimension plus considérable aux petites
planclies d'argent, en se servant d'un noir brillant et bien apprêté, enfin en employant pour le tirage de ses épreuves le mécanisme d'une presse régulière au lieu d'un rouleau de bois manié avec les mains seules.
C'est sans doute ce môme artiste qui a donné l'impulsion à un grand nombre d'orfèvres de l'Allemagne, de cultiver le nouvel art, et d'en répandre les productions. On peut admettre, que depuis lui jusqu'à la fin du quinzième siècle, il a existé en Allemagne plus de deux cens graveurs différens, et que ceux-ci ont gravé et publié plus de quinze cens planches.
Ce maître (]^^ en a gravé lui -seul près de cent vingt, Martin Schongauer plus de cent seize , Israël de Mecken plus de deux cens trente-cinq. Ces pièces sont généralement gravées d'une taille délicate, et imprimées d'une couleur vigoureuse et brillante (3i).
L'impulsion que le maître (J^^ avoit donnée aux orfèvres de l'Allemagne, s'est propagée jusqu'en Italie, quoiqu'elle n'y ait pas d'abord produit le même efi*et d'électrisation générale. Strull (35) et d'à-
près lui Janssen (36) nous donnent les copies d'une estampe qui offre un almanach, où il y a des instructions sur la manière de trouver le jour de Pâques depuis 1465 jusqu'en 1517; les dates se suivent régulièrement, ce qui prouve d'une manière évidente qu'il ne peut y avoir d'erreur par rapport à la première, et, dans ce cas, on peut être certain que cette estampe n'est pas antidatée.
Ces deux mêmes auteurs attribuent cette estampe à Baccio Baldini, et quoique nous ne la connoissions que par les copies, dont nous venons de parler, nous nous joignons sans difficulté à leur opinion à cet égard, par la raison que ces deux copiés que nous supposons être exactes, ne ressemblent pas mal pour la taille, aux autres pièces (jue Ion attribue communément à ce graveur, que cet almanach est, à ce que l'on croit, la plus ancienne estampe tirée en Italie d'une planche de métal, et que Vasari nomme positivement Baldini le premier graveur qui a paru après Finiguerra,
Cependant Baccio Baldini, si toutefois cest lui qui a gravé l'almanach cité, ne
reparoît qu'en 1477, dans un ouvrage intitulé: If monte santo di Dio^ imprimé à Florence cette même année, et orné de deux estampes exécutées sans goût et d'un burin insipide, tout comme les vingt vignettes qu'il a gravées pour l'édition du Dante, faite à Florence en 1481, et comme toutes les autres estampes qu'on lui attribue.
Nous voyons en 1478 vingt-six cartes géographiques pour la cosmographie de Ptolomée, imprimée à Rome, lesquelles n'offrent qu'un très -pauvre burin, quoiqu'elles soient encore moins mauvaises que celles gravées par un mal-adroit anonyme pour une édition de ce même Ptolomée, faite à Bologne en 149^, et non en 1 462 , comme on avoit imprimé par erreur dans l'ouvrage même (37).
Quant aux autres vieux maîtres Italiens connus, leurs ouvrages n'appartiennent presque généralement qu'aux dix dernières années du quinzième siècle: il y a même un nombre assez considérable de ces pièces qui ont été gravées dans les preiliières années du seizième, telles que les estampes de Nicolelto de
Modèné, de Dominique et Jules Campagnola etc.
Le nombre de tous ces graveurs , tant de ceux connus par leurs noms ou monor grammes, que des anonymes, monte, à ce que nous sachions, à environ quatrevingt-dix, et celui des planches quils ont gravées, à six cens cinquante tout-au-plus.
Ces pièces, pour la plus grande partie, surpassent les productions des artistes Allemands quant à la composition et au dessein; mais elles ne les égalent pas à l'égard de la taille qui est généralement roide et monotone, même dans les pièces les mieux exécutées de Mantegna. En outre elles sont en grande partie gravées sur des planches d'étain, et imprimées d'une couleur foible et grisâtre, par conséquent dépourvues de cette vigueur brillante qui frappe tant les yeux dans les belles épreuves du maître (J^^^, de Martin Schongauer, d'Israël de Mecken et de tant d'autres vieux maîtres Allemands.
Il résulte de tout ce que nous venons d'exposer, que le mérite de la découverte de l'impression des estampes appartient sans contredit aux Italiens, mais que ce
J^III. Fol, C
34 HI&TOIRE DE LA BÉCOUVERTE
8ont les Allemands qui ont celai de lavoir perfectionnée.
Les Italiens nous ont d'abord fourni des épreuves tirées de soufres coulés sur des planches d'argent, en petit nombre, d'une couleur grisâtre et mal exprimées, et faites vraisemblablement à la main ou avec des rouleaux de bois. Les Allemands au contraire ont tiré les leurs immédiatement de leurs planches de cuivre, en grand nombre, d'une couleur brillante et vigoureusement imprimées, vraisemblaWement avec des presses.
On ignoroit dans le monde le petit nom^ bjre des essais chétifs des Italiens, tandis* que les estampes des Allemands furent incontinent répandues avec profusion, et portées à la connoissance de tout le monde.
Plus tard, Tart d'imprimer des estampes languissoit encore en Italie, lorsqu'il était déjà porté à un haut degré de perfection en Allemagne; et il paroît certain que ce sont les Allemands qui engagèrent les Italiens a abandonner successivement leurs soufres, à graver sur des planches de cuivre, et à se servir de presses régulièrement construites.
DE L'IMPRESSION DES ËStAMt>£g. 3g
Voilà les raisons pour lesquelles il a pu y avoir un temps, où les Italiens et les Allemands se sont disputés une gloire qu'ils devroient partager fraternellement entre eux, les uns ni les autres. n'ayant, ce nous semble, le droit de se Tattribuer exclusivement.
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(!) C G. de Murr^ Journal des arts. Tome II.
page !80. Et Beytriige zu der Geschichte der altesten Kupferstiche. Par le même auteur. Augsbourg, 1804. In 4to.
(2) Benvmulo Cellini. Due trattati deU'Oreficeria e délia scultura. Firenze 1731. in 4to. p. 22.
(3) Lessing, Collectaneen zur Litteratur. Deuxième volume. Article : Niellum, dans les oeuvres complets de cet auteur. Berlin 1793. XVP Partie, page 194.
(4) Il semble que l'art de nieller a un grand rapport avec l'encaustique des anciens. Voyez: Bulenyvri de pictura, plastice, statuaria libros II. Lugd. 1G27. in 8vo. Cap. V. VI. p. 1!3 etc.
(5) Cet ouvrage a été publié pour la première fois par Christian Leistt\ d'après un manuscrit quise trouve à la Bibliothèque de Wolfenbuttel. Les chapitres 27, 28, et 81 traitent de Part de nieller. Voyez Lessing sammtliche Schriften. XVP Partie, page 190, et Morelli bibliotheca Naniana. Venetiis 177(>. in 4to. page 33, où Ton trouve des notices très-satisfaisantes sur Theophilus , sur un manuscrit de son ouvrage que Ton conserve à la
bibliothèque Imp. et Roy. de Vienne, et sur quelques autres manuscrits de ce même ouvrage qui sont à Paris et à Leipzig.
(6) Lanzi. Storia pittorica .délia Italia. Bassano. 1795—96. T. 1. p. 77.
(7) Plinius. Hist. nat. Lib. 35. Cap. 2.
(8) Murr. Beytrâge zu der Geschichte der âltesten Kupferstiche. pag. 12.
(9) Murr. Journal etc. Tome IL pag. 193.
(10) Neue Bibliotheck der schônen Wissenschaften etc. Tome XX. pag. 238.
(11) Âdelung. Wôrterbuch. Mot: Schrolen.
(12) Sandrarl. Académie etc. Tome' L p. 220.
(13) Zani, Materiali etc. page 6.
(14) Heincke. Idée générale etc. pag. 219.
(15) Zani. Materiali. page 26.
(16) Il pouvoit bien en avoir grairé plus dans l'une ou l'autre année, mais il est aussi possible, qu'il se soit passé mainte année, où il n'en a pas gravé une seule ; car il est à considérer que Martin Schongauer étoit aussi fameux orfèvre que célèbre peintre, que ses ouvrages ont été trèsrecherchés, et que par conséquent il lui aura souvent manqué le loisir suffisant pour graver des estampes.
(17) Vasari, vite de' Pittori etc. Siena, 1791. in 8vo. Tomo I. Cap. XXXIII. Di questo lavorô mirabilissimaraente Maso Finiguerra Fiorentino, il quale fù raro in questa professione , corne ne fapno fede alcuni Paci di niello in S. Gio. di
38 IW)W8.
Firenze, che sono tenute mirabile. Da questo intaglio di bulino son derivate le stampe di rame. Page 201.
(18) Vasari. Tamo VII. page 131. Il principio dunque delF intagliare venne da Maso Finiguerra Fiorentiao circa gli anni di nostra salute 1460, perche costuî tutte le eose che intaglio in argento per empirle di niello, le improntô con terra, e gittatoTi supra sulfo liquefatto, vennero, improntate e ripiene di furoo ; onde a olio mostravano il medesimo che Targento ; e ciô fece ancora con caria umida e con la medesima tinta, ag^avandovi sopra con un rullo tondo, ma piano per tutto, il che non solo le faceva apparire stampate, ma yenivano corne disegnate di penna. Fù seguitato eostui da Baccio Baldini orefice Fiorentino, il quale non avendo molto disegno, tutto quelio che fece fù con invenzione e disegno di Sandro Boticello. Questa cosa venuta a notizia d'Andréa Mantegna in Borna, fu cagione ch'egli diede principio a intagliare moite sue opère.
(19) Mr. de Murr Fa mal traduit: ,,on voit qu'il „ne Ta pa« bien compris. Der Anfang des Kupfer- „stechens kommt vom Maso FinigUrra, einem Flo- „rentiner her, etwann gegen das Jahr Christi 1460. „IHe8er war gewohnt, in allén Sachen, die er in „Silber stacfti, damit die Striche der Figuren sicht- „bar wiirden (per empirle di niello), £rd&rbe „hinein zu reiben, und nachdem «r erstlich zer- „las8enen Schwefel auf die Flatte çeçoseen, :8Q