Miracle du sourd-muet, kïgné 1512, et du mot: Amen
57. Le miracle des Roses à Notre Dame des Anges près d'Assise. Feuille d'indulgences avec la date de 1511. H.5p.61.L.4p.31. (Voyez R. Weigel, Cat. No. 16354.)
58. La vie de notre Sauveur Jésus Christ. „Das leben unsers erledigers Jesu Christi nach lauttung des heyligenEvangeli, mit vil andechtiger betrachtung, Auch mit beylauffung des lebens^der junckfrawe Maria, von einem Parfuesser der observantz also' zusamengesetzt, von an-
132 Maîtres de Nuremberg de la première moitfié du XVP. siècle.
fang der Kindtheut Christi^ bis auff sein himelfart, vol suesser und andechtiger leer und betra<;htung. — Gedruckt und volendt in der Kayserlichen stet Nurnbergk durch Johajine» StOchs; In Verlegung des Erberë Caspar Rosenialer, ielzond wonhafft zu Schwatz. Am achtzehnden tag des monats Februarij, nach Chrlsti unsers herren gepart Tausend Fnnffhundert und im Viertzehenden Jare. (1514.)" In-4^
La première gravure sur boie rq>résente St François, iiv-4''; les autres, des scènes nombreuses de la vie du Cbrist et de la Vierge, sont in-8*^ ou in-l^". (R. Weigel, Cat. No. 17885.)
L QK
Ludwig Rrug de Nuremberg.
(Bartsch VIL p. 535.)
Jean Neudôrtfer dit, dans ses „Notices des artistes de Nuremberg", écrites en 1 546, que notre maître, fifls de Forfèvre Hans Krug le vieux (mort en 1514), était orfèvre lui-même, et ajoute: „Je ne puis songer à dire ce qu'il a exécuté en orfèvrerie d'or et d'argent, endesgins, gravures, ciselure, fonderie, ouvrages au repoussoir, en peinture, sculpture, portraiture, car tout ce que le maître Frey (le beau-père d'Albert Durer) avait bosselé en cuivre soit pour des statues ou pour des fontaines, il ^l'exécuta artistement en argent; œuvres que Hans Koberger lui acheta entièremeat. Ce qu'il avait exécuté en pierre et ea fer forgé était loué même par les Italiens. 11 avait un espiil inventif et philosophique et lorsqu'il se trouvait un jour chez Melcbbr Plinlzing, curé de St^Sébalde, qui depuis le temps de l'empereur ffiaximilieD I. était curieux et connaifiseur de ce qui se faisait en fonte et a»tres arts, avec Hans Schwartzen d'Augsbourg qui passait dans ie temps pour le meilleur portraitiste en bois et qui demeurait alors dans le presbytère, il dit çn ma présence à Hans que s'il voidait lui faire son portrait en bois il lui ferait le sien en creux sur acier, se qui peut faire connaître quel artiste était ce Ludwig Krug. U travaillait comme maître en 1523 et mourut après 1535." — Paul Behaim, dans le catalogue de ses gravures écrit en 1618, explique le monogramme ci -dessus comme ce*
Lndwig Knig de Nuremberg. 13^
Ini de Krug qu*H nomme, en se trompant, Lucas au lieu de Ludwig.
Il est à remarquer que Ludwig Krug aussi bien dairs la composition que dans la manière de ses gravures montre une grande analogie avec le style des Hollandais du commencement du XVI*. siècle, ce qui pourrait faire croire qu'il s'est formé comme artiste dans le& Pays-Bas.
Jacifues de Jongh a donc tort d'attribuer le monogramme de notre artiste à Lucas Comelisz de Leyde, nommé Kock, fils de Cornélius Ëngelbrechtsen , puisque celui-ci signait ses tableaux du monogramme ^, comme nous l'apprend pour la première fois Walpole dans ses „Anecdotes of painting in Ëngland^' I. 60 , ce qui est confirmé par Immerzeel. Ce Luc Cornelisz est, du reste, né en 1495 et, selon de Jongh, aurait dû alors exécuter, à 19 ans, le petit relief en pierre de Keblheim, travaillé dans la manière de Nuremberg, signé du millésime 1514 et qui se conserve dans le Musée de Berlin. II représente la chute du premier homme. Adam est à gauche, presque vu de dos; Eve lui pose une main sur l'épaule et embrasse de l'autre une des branches de l'arbre. Derrière Adam se voit un singe mordant une pomme. En haut, sur une tablette, la signature L. K. avec la cruche, accompagnée dn millésime ci-dessus.
L'époque de Texcellenle gravure de la Nativité, B. No. 1, nous est indiquée par la date de 1516, c'est-à-dire quand Lucas Comelisz aurait eu 21 ans. Mais un développement aussi précoce et atteignant un tel degré d'excellence, est chose très -peu vraisemblable. On peut mentionner encore en faveur de notre opinion que les deux planches originales de Ludwig Krug représentant la Nativité et l'Adoration des Mages, B. Nos. 1 et 2, se trouvaient dans le Cabinet de Praun à Nuremberg et sont passées entre les mains de la maison de commerce Frauenholz qui en a fait tirer des épreuves récentes.
Additions à Bartsch.
13. La Vierge, Elle est assise au pied d'un arbre, tournée vers la droite et donne le sein à l'enfant Jésus. A travers une porte on voit un paysage avec une ville. A la droite du haut une tablette suspendue à un arbre avec la signature. H. 4 p. 9 I. L. 3 p. 11 1. Collection Albertine à Vienne, Beriin, Gotha, Musée Britannique.
134 Maîtres de Nuremberg de la première moiCié du XVP. siècle.
14. St. Luc. Il est assis à droite devant un chevalet et peint la Vierge tenant l'enfant Jésus et assise à gauche. Derrière elle se trouve le bœuf, symbole de Tévangéliste, et au-dessus deux anges portent une couronne. Sans signature, mais traité tout-à-fait dans la manière de Ludwig Krug auquel on Tattribue. H. 5 p. L. 3 p. 2 L Collection Albertine à Vienne.
15. St. Sébastien. Il est attaché à un arbre par le bras droit élevé et se voit percé de flèches. Fond de paysage. Au pied de l'arbre, à gauche, une tablette avec le monogramme. H. 4 p. 10 1. L. 3 p. 3 L Berlin.
16. St Catherine. Elle est debout, tournée vers la droite, appuyant la gauche sur l'épée dont la pointe repose sur le terrain et tenant son vêtement de la droite. Sa tête penchée est entourée de rayons. A gauche, à l'entrée d'une tour, se voit une tablette avec la signature du maître. H. 4 p. 4 1. L. 2 p. 11 L (?) Francfort s. M.
11 s'en trouve une copie dans le même sens, mais qui porte sur la tablette les initiales L P. H. 4 p. 4 1. L. 2 p. 10 1. Paris.
Gravure sur bois.
1. La chute du premier homme. Eve est au milieu de l'estampe et cueille une pomme sur l'arbre, tandis qu'elle en présente à Adam, assis à gauche, une seconde qu'il accepte. Dans le fond boisé on voit un cerf couché. Sur une tablette au bas, le monogramme. Pièce d'un travail un peu raide. H. 6 p. 5 L L. 4 p. 7 1. Dresde.
Jacques de BarbarJ.
Le maître ai Caducée^ nommé aussi Jacob Walch.
( Bartsch VIL p. 5 1 6—527.)
D'après les derniers renseignements que nous avons sur ce maître et que nous devons en particulier aux recherches assidues de
Jacques de Barbarj. 135
Mr. E. Harzen ^*) , il était peintre et graveur de Nuremberg , mais passa très -jeune à Venise où Albert Durer admirait déjà eh 1495 un de ses tableaux. ^^) Nous ne possédons point^la moindre notice sur son nom de famille, nous savons seuleme^^t, par le peu qu'en dit NeudOrffer, qu'il était appelé à Nuremberg Jacob Walch ce qui équivaut à Jacob le Wâlsche ou lltalien, nom qu'il dût à son long séjour en Italie. L'anonyme de Mofelli*®) l'appelle Giacomo de Barberino, Veneziano et dit qu'il était allé en Allemagne et en Bourgogne où il avait pris beaucoup de la manière de ces contrées, et notre maître lui-même se signe sur un de ses tableaux qui se conserve dans la Galerie d'Augsbourg, Jac. d-e barbarj. P. 1504, en y ajoutant le caducée. Il est très-probable que notre artiste, empnmta son nom de Barbarj à la famille distinguée de Venise, Barberi ou Barberini, dont il sut conquérir la protection et qui lui permit de porter son nom, comme nous en trouvons souvent des exemples en Italie.
Le premier échantillon que nous avons de son art à Venise est la grande vue de cette ville en six gravures sur bois qu'il exécuta de 1498 à 1500 par commission du négociant de Nuremberg, Antoine Kolb, et qui fut publiée par ce dernier avec un privilège de la Signoria *^) pour quatre ans. Elle coûtait trois ducats. Ce travail intéressant, que nous décrirons plus en détail dans notre catalogue, eut un très-grand succès et comme on y voyait un Mercure armé du caducée, il semblerait que notre artiste ait adopté cette marque pour se faire reconnaître dans ses ouvrages postérieurs.
Il nous est prouvé que Jacques de Barbarj se trouvait encore à Venise en 1506 par le passage d'une lettre écrite de cette ville par Albert Durer à son ami Pirkbeimer de Nuremberg et dans laquelle il dit entre autres: „Je vous fais savoir qu'il y a ici beaucoup de peintres meilleurs que ce maître Jacques, mais Anthoni Kolb jure ses grands dieux qu'il n'y a aucun peintre meilleur sur la terre que Jacques. ^^ (Awch las Ich ewch wissen, daz vill pesser Moler hy sind wi der
14) Archives de Naumann, Leipsic 1855, I. p. 210.
15) Voyez la lettre d'Albert Durer adressée à Pirkheimer en 1506.
16) MoRELLi, Notizia d' opère di disegno etc. scritta da un anonimo etc. Bassano 1800, p. 77.
17) Ceci résulte d'une supplique de «Antoine Kolb" à la Seigneurie, avec la, concession de celle-ci que Gicogna rapporte dans ses „Iscrizioni Veneziane" IV. p. 699 et 751 et reproduites dans les „ Archives deNaumann" p. 218, notes 2$ et 24, dont on trouvera un passage donné par nous.
136 Maîtres de Nuremberg de la première moitié du XVP. siècle.
dawsen Meister Jacob ist, aber Anthofii Kolb schwer ein eyt es lebe kcin pessrer Moler auflF erden den Jacob.) ^*) Cette déclaration urt peu plus accentuée que«d*ordinaire chez le célèbre maître allemand, se troa* vait probablement m^tirée par «ne demande de Krkheimer s'il était vrai que, par Tentremise de Kolb, Jacques avait obtenu une situation auprès de Philippe de Bourgogne et si Ton ne pouvait trouver à Venise de meilleurs peintres que lui (en faisMit ainsi une allusion piquante à Durer lui-même). Celui-ci était également lié d'amitié avec Kott) et pro* bablement avait recherché la môme situation, pour se voir ensuite préférer un artiste de beaucoup inférieur à lui en talent, ce qui pouvait l'avoir Messe profondément. Kolb, en agissant ainsi, n'avait pu avoir en vue que de prouver sa reconnaissance à maître Jacques qui lui avait fait ferre une spéculation heureuse.
Voici, du reste, comment maître Jacques eut cette situation: Le comte Philippe, fils naturel du duc Philippe le bon de Bourgogne et grand ami des arts *•), fut chargé d'une mission pour le pape Jules II. de la part de l'empereur MaximîHen ï. et se trouvait, en 1506, à Venise. Il était accompagné dans ce voyage par Jean de Mabuse chargé de dessiner pour lui les principaux monuments d'Italie et prit à son service, dans le même but, „Jacobus Barbarus Venetus", comme l'appelle GeWenhauer (Noviomagus). Il partit de là avec son nouveau maître pour les Flandres où, de concert avec Mabuse, il orna le châlyu de Zuitborch appartenant au comte, de peintui^es à fresque.**) Après la mort de Philippe il passa au service de rarchiduchesse Marguerite, fille de Maximilien et gouvernante des Pays-Bas. Cette prin-' cesse éclairée, nièce du comte Philippe, demeurait ordinairement à Bruxelles, mais possédait dans son palais de Malines une petite collection des meilleurs tableaux de l'époque et dont nous possédons un
18) F. GA3IPE, Reliquien von Albert Durer, p. 32.
191 G. Noviomagus (Vite Phillppi Burgundi Ep. Uitraj. in Freher, Rerum Germ. III. 184-) dit de ce prince: „Delectabatur ille picturis, habebat hune ejus artem judicem simul et artificem, pictoriam nam et aurifabrilem, adolescens didicerat."
20) Le même auteur ajoute p. 187: „In patriam reversus (Philippus) totus exornandae arci su» Suytburgo intentus, inter fabros, archîtectos, sculptores et pictorcs versabatur adeo familiariter, ut unus illorum putaretur. Aderant ei et versificatores, qui picturas atque structuras carminibus ornarent, ut utramque picturam, et loquentem et tacitam, ostentare posset. Excellentes in quavis arte artifices miro favore prosequebatur^ domique suœ liberaliter alebat. Arcessierat sibi magnis expensis pictores et archîtectos primi nominis, Jacobum Barbarum Venetum et Joannem Malbodium, nostrae œtatis Zeuxim et Apellem.
Jacques de Barbarj. 137
inventaire sous la date du 17 Juillet 151 G où se trouvent décrits plusieurs tableaux du „Maistre Jacques de Barbaris". Il est mentionné dans ce catalogue comme déjà mort à cette époque. **)
Albert Durer, durant son voyage en Flandre pendant les années 1520 et 1521, vit cette collection dont il fait mention dans son journal comme suit: „Vendredi dame Marguerite me montra toutes ses belles choses, entre autres une quarantaine de petits panneaux peints à Thuile qui, dans la diligence de l'exécution et en bonté, surpassent tout ce que j'ai vu en ce genre. J'y ai vu, entre autres bonnes choses, celles de Jean (v. Eyck) et de Jacques Walsch. Je demandai même à Madame Marguerite le carnet (livre de dessins) du maître Jacob, mais elle me dit l'avoir promis à son propre peintre etc."
Il est très-remarquable que, de tous les ouvrages des anciens maîtres néerlandais loués par lui dans cette collection, il n'ait cru devoir faire mention dans son journal, outre la série des 40 petits tableaux, que de ceux de Van Eyck et de Jacques de Barbarj et qu'il ait poussé la prédilection pour ce dernier jusqu'à se permettre de demander à l'archiduchesse Marguerite le hvre de dessins de ce maître. Si Ton tient compte des expressions peu flatteuses dont il s'est servi à son égard quand il était à Venise, on ne peut s'expliquer l'intérêt qu'il lui portait en Flandre que parce qu'il s'agissait d'un compatriote. Il est, du reste, hors de doute par ce passage du journal de Durer que le maître qu'il appelle Jacques Walsch est le même que celui nommé Jacques de Barbaris dans l'inventaire.
Aucun des tableaux qui s'y trouvent indiqués comme appartenant s notre artiste n'est parvenu jusqu'à nous. Par contre, la galerie de ^eimar possède de lui un buste du Sauveur sur fond obscur, exécuté dans le style de Jean Bellin et qui porte pour signature les initiales lA. D. B. accompagnées du caducée. Selon Mr. Renouvier, la galerie de Dresde possède également de lui les deux latéraux d'un tryptique représentant Ste. Catherine et Ste. Barbe, figures vues jusqu'aux genoux, un peu au-dessous de nature et dont les vêtements à plis étroits, ondoyants et souvent parallèles rappellent la manière de ses dernières gravures. Un 'tableau dans la collection d'Augsbourg est remarquable par la finesse de l'exé- Cîution et par cette vérité de rendu qui caractérise les maîtres hollandais du XVll*. siècle. C'est un sujet de nature morte représentant ^ine perdrix tuée et une paire de gantelets de fer pendue à une flèche
21) Le Glay, Correspondance de l'erapereur Maximilien 1. et de Marguerite ^'Autriche. Vol. II. p. 479. Voyez aussi „Cabinet de ramalear" 1843. p. 216.
138 Maîtres de Nuremberg de la première moitié du XVr. siècle.
enfoncée dans une planche de sapin. Nous avons déjà mentionné que ce tableau est signé Jac. de Barba rj P. 1504, avec le caducée. Cette date ainsi que la circonstance que ce tableau est peint sur bois de tilleul (ce qui indique qu'il a été exécuté en deçà des Alpes), nous porte à croire qu'il était déjà dans les Pays-Bas avant 1 506 et qu'il y avait pris la manière de peindre de cette école.
De toutes ses gravures, dont aucune n'est marquée d'une date, les premières sont celles qui portent l'empreinte très-reconnaissable de l'école de Jean Bellin, comme seraient l'Adoration des rois. No. 2 de Bartsch ; deux Saintes familles, B. Nos. 4 et 5, et- le SU Jérôme, B. No. 7. Nous en trouvons d'antres dans le style vénitien d'une époque postérieure, avec des formes plus pleines dans lé nu, comme dans l'estampe dite „la Victoire et la Renommée", B. No. 18. Nous n'en voyons point cependant qui soient exclusivement dans la manière néerlandaise ou dans celle de l'école de Van Eytk; au contraire, la plupart des pièces de son œuvre révèlent un genre de composition qui lui est particulier et que l'on doit chercher plutôt dans l'influence de l'école itahenne que dans celle de l'Allemagne. Nous croyons cependant que la plupart de ces pièces ont été exécutées dans les Pays-Bas, puisque le papier sur lequel on les trouve imprimées est d'origine néerlandaise et porte les . filigranes des fabriques de ce pays, comme la grande couronne, la main et le >0 et que nous n'en connaissons aucune copie italienne, mais beau- ^ coup d'allemandes exécutées principalement par Nicolas Wilborn de Munster et Jérôme Hopfer d'Augsbourg.
Nous avons déjà mentionné plus haut la grande gravure sur bois* d'une vue de Venise en six planches exécutée par Jacques de Barbarj en 1 500 ; nous en devons ajouter encore deux représentant un combat d'hommes et de Satyres, ainsi que le triomphe des premiers sur ceuxci, ou en d'autres mots la lutte contre les passions les plus basses et le vice et le triomphe de la vertu. Le dessin des figures très-sveltes se rapporte parfaitement à la manière que nous avons observée dans plusieurs gravures au burin de maître Jacques. La taille très-fine se rapproche beaucoup de celle des gravures vénitiennes sur bois et sur métal de l'époque, mais s'en distinguent par les hachures croisées tout-à-fait dans le style allemand. Comme ces gravures montrent, à côté de la taille soignée des anciens maîtres, une certaine liberté pittoresque et que, à part le caducée, ils ne portent aucun autre monogramme, nous serions fort enclin à croire qu'elles ont été exécutées par le maître lui-même. On peut encore ajouter que le papier d'impression porte le fihgrane italien
Jacques de Barbarj. 139
de l'arbalète ce qui pourrait faire conclure qu'elles ont été exécutées et publiées à Venise.
Bartsch a rangé le maître au caducée parmi les graveurs allemands en remarquant que bien que son dessin s'approche du goût italien, une ancienne tradition le fait considérer comme un artiste allemand. Noi^ avons vu que cette opinion est pleinement confirmée par les faits et que notre maître doit, comme Jean de Mabuse, être placé parmi ces artistes qui, même avant Bernard Van Orley et Jean Schoreel, avaient apporté dans les Pays-Bas la manière italienne du XVP. siècle, avec cette différence que non seulement il apprit les premiers éléments de son art à Venise, mais qu'il y établit même sa réputation par de nombreux travaux.
11 n'aura probablement visité sa ville natale, Nuremberg, que de passage, et comme artiste il appartient indubitablement à l'école vénitienne; mais puisqu'il était allemand, qu'il a reçu sa première éducation à Nuremberg et qu'il fit ensuite des Pays-Bas le théâtre de ses travaux, nous croyons avoir autant de droit de l'énumérer parmi les maîtres allemands que nous en aurons, plus tard et pour les mêmes raisons, d'y compter Ëarthélemi Beham.^
Remarques à Bai*tsch.
8. S te. Catherine. On en trouve une copie, gravée sur bois, de même dimension.
10 — 12. La fileuse, l'homme portant le berceau et la femme au miroir. On trouve des copies trompeuses de ces trois petites pièces exécutées par Mathias Schmidt, inspecteur du Cabinet de gravures de Munich.
19. Sacrifice à Priape. Cette pièce n'est point, comme le dit Bartsch, une -copie avec quelques changements d'après Augustin Vénitien , mais, tout au contraire, c'est un original de Jacques de Barbarj qui était déjà mort lorsque le Vénitien ne faisait que commencer sa carrière artistique.
23. La Victoire. On en trouve une copie avec des changer ments, et sans signature, où la Victoire, tournée à gauche, est assise devant un arc de triomphe qui s'élève dans le fond. H. 8 p. 21. L.5p.5i. Berlin, où elle est attribuée au maître à l'écrevisse.
140 Maîtres de Nuremberg de la première moitié du XVP. siècle.
Additions à Bartsch.
25. Judith et Ste. Catherine. La première est debout à gauche appuyant de la main droite uile épée sur le terrain et tenant de l'autre, par les cheveux, la tête d'Holopherne. Ste. Catherine est debout vis-à-vis d'elle, s'appuyant de la droite sur la roue, tenant -une épée de la main gauche et une palme de la droite. Les deux tétes^ entourées .de rayons, se penchent Tune vers l'autre. Pièce non signée. La Judith est une répétition en contrepartie du No. 1 de Bartsch et l'exécution à l'eau forte est un peu rude, ce qui peut donner des doutes sur son authenticité. H. 4 p. 4 1. L. 3 p. 1 1. (?) Musée Britannique.
26. ^Ste. famille. La Vierge est assise, tournée vers la gauche, et regarde vers la droite, en appuyant le coude gauche sur un tronc d'arbre. Elle maintient du bras droit l'enfant Jésus habillé. A droite la demi -figure de St, Joseph. Au haut le caducée, à gauche. H. 4 p. 31. L. 3 p. 91. Musée Britannique, Paris, Collection du roi de Saxe.
27. St. Sébastien. Il est attaché à un arbre et regarde vers le ciel. La figure ne va pas tout-à-fait jusqu'aux genoux. Cette belle pièce, finement gravée, ne porte point de signature. H. 4 p. 81. L. 6 p. 11. BibHothèque de Vienne, Musée Britannique, Paris.
28. Cléopatre mourante. Elle est assise, nue, dans le creux d'un rocher, la tête penchée et la jambe gauche croisée sur la droite. 1)^ la main gauche elle tient son vêtement, l'autre repose sur son genou. Près de la tête on voit l'aspic qni, après lui avoir donné la mort, se cache dans une fente des parois. A droite, un arbre sec dont les branches touchent la bordure supérieure de l'estampe. Pièce sans marque, d'un excellent travail. |î. 6 p. 7 1. L. 4 p. 3 1. Paris, Berlin.
29. Le cheval Pégase. Il porte des ailes très-courtes et s'élance vers la droite en tournant la tête à gauche. Les membres de derrière ne sont vus qu'à la moitié de la jambe et le sabot droit des jambes de devant manque, c'est-à-dire qu'ils ne se trouvent plus surla planche. La marque se voit à la gauche du haut. H.5p. lOl.L. 8p. 31. Bibliothèque de Vienne, Munich, Paris, R. Weigel.
Copie dans le sens de l'original avec les mots EL TEMPO audessus de la tête du Pégase. A droite, le monogramme de Nicolas Wilborn ( B. VIIL p. 445. No. 5). H. 5 p. 6 1. L. 8 p. 3 I.
30. Centaure femell,e. Elle s'élance vers la droite poursuivie par deux dragons. Un d'eux lui est déjà sauté en croupe et lui mord le garrot. Deux serpents, entortillés autour de ses bras élevés, semblent
Jacques de Barbarj. 141
vouloir la défendre contre les dragons. Le caducée est au haut. H. 4 p. L. 4 p. 9 1. Musée Britannique.
Gravures sur bois.
31. Combat entre des hommes et des Satyres. Corn* position très-riche de figures qui représente la lutte de la vertu contre le vice, de même que Testampe suivante représente le triomphe de la première sur le second. Sur le devant est assis un homme (rès- barbu, ressemblant à un roi et tenant une baguette de la main gauche. Il est entouré de plusieurs personnages qui lui amènent TAmour lait prison* Bier et devant lui se tient un homme, vu de dos, a^ec une longue baguette se terminant par une torcbe. Sur une petite tablette qui s'y T«it suspendue on lit les lettres Q. R. F. E. V. (Quod recte facien* dmn esse videtur). Sur le côté gauche, plusieurs individus arrachent les Satyres de leurs cavernes, tandis que nombre de ceux-ci s'enfuient pour se d^endre entre les fougères et les arbres de la colline. Un des Satyres porte une toison attachée à un long bâton. H. 14 p. 31. L. 18 p. 31. Bibliothèque de Vienne.
32. Triomphe d'hommes nus contre des Satyres. Composition très-riche de figures, en ti'ois feuilles pour être réunies en une seide. La marche se dirige vers la ^ucbe où se tient un homme à longue barbe armé d'un bâton à tori^he, avec une tablette portant, <)omme la précédente, les lettres Q. R. F. E. V. Plus loin et en arrière, plusieurs hommes portent un bélier sur leurs épaules. L'Amour, les yeux bandés et tenant un sac d'or à la main, est assis sur un char traîné par trois femmes dont le corps ternûne en serpents. Des musiciens marchent au devant et deux hommes portent des Satyres femelles. Plusieurs personnages tiennent deux gonfanons sur l'un desquels on lit l'inscription: VIRTVS EXCELSA CVPIDINEM ERE REGNANTEM DOMAT. D'autres chassent devant eux des brebis enlevées, tandis que des femmes portent sur la tète des paniers remplis de fleurs et que -deux hérauts tiennent des bagud;tes surmontées de caducées ailés. Un
homme et une femme portent un panier avec des enfants. La tète -de la procession arrive à un temple avec l'inscription: D. FATIDICE. Tout-à-iait sur le côté, à gauche, un berger et un homme, les seuls -qui soient vêtus dans l'estampe, contemplent la scène et près d'eux se trouve le caducée marque du graveur. Fond de paysage avec une ville près de la mer et des montagnes. Les trois planches réu- :nies mesurent H. 10 p. 10 1. L. 47 p. 2 1. Biblipthèque de Vienne
142 Maîtres de Nuremberg de la première moitié du XVI*. siècle.
^t Musée Britannique. E. Harzen remarque que les épreuves postérieures-ont été imprimées avec des planches vermoulues.
33. Vue perspective de la ville de Venise de l'an J 500. ^) Cette composition est exécutée sur six planches d'une dimension peu ordinaire et qui réunies mesurent 109 pouces de largeur sur 50 de hauteur. On y voit représentée la noble cité des lagunes avec ses églises sans nombre, ses palais dont les principaux sont distingués par leurs noms, ses canaux, ses places, ses jardins etc. à vue d'oiseau, pris d'un point près de la douane et à une élévation assez modérée pour que, dans les proportions considérables de la gravure, les principaux édifices puissent être représentés en perspective avec des détails suffisants, de manière à ce qu'au lieu d'un plan, comme on l'appelle communément, cette gravure pourrait plutôt être considérée comme une vue de* la ville. Les édifices de cette époque, qui existent encore dé nos jours, nous fournissent' une preuve de la vérité du dessin dans l'ensemble et le plan devient ainsi du plus haut intérêt pour l'ancienne topographie de Venise. L'exécution, avec des hachures trèsserrées et se croisant dans plusieurs directions, s'éloigne beaucoup de la manière usuelle des graveurs sur bois vénitiens de cette époque et montre, à côté de beaucoup de soin, un aspect pittoresque qui nous fait juger que l'artiste l'a conduite de sa propre main. Au haut de l'estampe et au milieu. Mercure dans sa qualité de messager des dieux, est assis dans une gloire de nuages et tient le caducée. Autour de lui on lit l'inscription: MERCVRIVS PRE CETERIS HVIC FAVSTE EMPORIS ILLVSTRO; au-dessous en grandes lettres capitales VENETIE et le millésime M.D. Plus bas on voit Neptune, assis sur un dauphin, armé du trident auquel pend une tablette avec l'inscription : iEQVORA TVENS PORTV RESIDEO HIC NEPTVNVS. A la marge inférieure on voit huit têtes de fortes proportions représentant les principaux vents avec leurs noms respectifs.
On connait trois différentes éditions de cet ouvrage. Dans la première, de 1500, on voit sur le clocher de St. Marc, le toit temporaire que l'on y fit après que l'aiguille en eut été brisée, en 1489, par la foudre. Dans la seconde, sans date, on voit la tour surmontée de la pyramide qui existe encore et que l'on construisit de 1511 à 1514; de manière que la date de 1500 qui ne correspondait point à cette
22) Nous avons emprunté les détails sur cette gravure sur bois aux communications de Mr. £. Harzen dans les Archives de Naumann 1855, p. 216.
Jacques de Barbarj. 148
circonstance fut effacée. Dans la troisième enfin le toit temporaire existe toujours et Ton reconnait les endroits changés à leur exécution plus grossière. Cette édition reproduit également la date de 1500. 11 semblerait donc qu'avec le temps les exemplaires de la première édition devinrent rares et que le possesseur des bois prit des mesures pour les rétablir dans leur condition première afin de satisfaire aux nombreuses demandes. Ces bois, entièrement rongés de vers, se conservent actuellement dans le Musée Correr à Venise et Ton peut y reconnaître facilement les endroits restaurés.
Nous avons déjà dit que ce fut un négociant Nurembergeois nommé Antoine Kolb qui fît exécuter et publier à ses frais l'ouvrage que nous citons. Ceci nous est confirmé par une suplique de ce marchand à la Signoria que Cicogna a tirée des archives de la ville '^), et par un décret qui lui fut accordé le ^30. Octobre 1500 avec un privilège de quatre ans contre la contrefaçon.")
23) £. A. GiGocNA, Belle Iscrizioni Veneziane IV. p. 699. Notatorii délia Signoria nel gênerai Archivio. MGGGGG.
„Seren'' principe et exma. Signoria. Anlonio Gholb, merchadante tedescho suplica alla Sia. vra. cum sît che lui principalmente ad fama de q. exsa. cita di Venetia quella habia facta justa et propriamente retrare et stampare. La quai opéra liora depoi lo tempo di 3. anni finita: et perche essa in moite cose aie altre opère se fano asai extracto, si per la materia dificilis sa et incredibile poterne far ^ero disegno, si per la grandeza sua et delà carta che mai simile non fu facta, si anchora per la nova arle de stampar forme di tal grandeza, et per la dificuUà de la composition tutti insieme, le quai cose forse non essendo per suo valor stimato dale Zente, nela sutilleza de intellecto le forme stampando possano supplir che per mancho de cercha a 3 fiorini una opéra se posse rivedere per tanto iiniversalmente non spiera rechavarne la messa facultà, supplica adoncha ala subta yra che in gratia li sia conceduto che dicta opéra senza datio et senza impedimento in tutti i luoghi et da tutte terre vre portar trar et render possa.'^ M. Sanuto, Diario ÎII. p. 730.
24) La concession est comme suit: „Dle XXX. Oçt. 1500 — quod aliquis non jpossit facere a modo ad annos 4 in simili forma quodque possit extrahere opus predictum pro omnibus locis, solvendo datia consueta etc." — Sanudo remarque plus loin: „A. D. 1500 Octubrio. Note a di 30 de q. mexe pe^ la Signoria fu fato una (erminatione che havendo Ant. Golb merchadante todesco fato con gran spesa far stampare Venezia quai si vende duc. 3. Tuna, che possi trarle di questa cita, et portarle senza pagar datio." , • ,
144 Maîtres de Nuremberg de la première moilié du XVP. siècle.
HJdV.M
Albert tarer.
(Bartsch VIII. p. 5.)
Nous ne voulons pas nous étendre ici sur tous les détails de la vie de ce maître distingué et de ses productions extraordinaires dans toutes les branches de Tart, ni examiner Tinfluence toute particulière qu'il exerça sur le développement de Fart de la gravure qui atteignit avec lui le plus haut point de perfection à cette époque et dont nous avons déjà parlé dans la partie historique, néanmoins il ne sera point inutile que nous ajoutions ici quelques détails sur sa vie.
Albert Durer, né le 20. Mai 1471 à Nuremberg, demeura jusqu'à sa quinzième année chez son père où il fit son apprentissage d'orfèvre. Cédant enfin au véhément désir de son fils, il le plaça le jour même anniversaire de sa naissance, en 1486, dans l'école de Michel Wohl* gemuth pour y apprendre la peinture. Après y être resté quatre ans il commença, en 1492 son tour d'Allemagne et vint à Colmar où il fut amicalement reçu par les frères de Martin Schongaùer, sans y avoir pourtant rencontié ce maître lui-même; enfin il se rendit à Venise comme nous le prouve un« lettre datée de cette ville en 1506 et écrite à Pirkhetmer, dans laquelle" il lui dit que la chose (un tableau de Jacques, de Barbarjj qui lui avait tant plu onze ans auparavant, ne lui plaisait en rien à présent.
E» 1494, revenu au pays, il épousa Agnès Frey, fille d'un mécanicien célèbre, cédant en cela aux désirs de son père et cette fenuue, avec toute sa beauté, lui rendit la vie très-malheureuse par son goût désordonné pour le gain. De 1506 jusqu'au printemps de 1507 il visita de nouveau Venise *^) et se rendit à Bologne. Il y connut sans doute, dans l'atelier de Francesco Francia, Marc Antoine encore jeune, dont les premiers essais dans la gravure au burin tombent précisément vers celte époque (1505 et 1506) et qui avait déjà eu l'occasion d'admirer
25) Ceci résulte d'une notice écrite par Albert Durer lui-même sur un livre possédé par lui, c'est-à-dire sur le titre des ^Éléments de Mathématiques d'Euclide", d'après la traduction latine de Barth. Zumberto, imprimé en 1505 à Venise par Joh. Tacuinus. Durer y écrivit, à côté de son monogramme, la notice suivante: „J'ai acheté ce livre à Venise pour un ducat en 1507. Albert Durer." Cette relique se trouve actuellement dans la bibliothèque de WolfenbuUel.
Albert Durer. 145
lexceUence des gravures d'Albert Durer. Le voyage de celui-ci, accompagné fie sa femme, dans les Pays-Bas eut lieu vers r«n 1520 et 1521- Infatigable dans ses travaux, mais toujours plus tourmenté par Favarice de sa moitié, il mourut d'épuisement le 6. Avril 1 528, n'ayant pas encore atteint la bT année de son âge.
n est très -probable qu'il s'était déjà exercé au maniement du burin dans l'atelier d'orfèvrerie de son père qui, selon la coutume de l'époque, devait également s'occuper des ouvrages niellés. D est cependant incertain si nous avons quelques-uns de ses premiers essais ep ce genre, bien que le dessin de son propre portrait, fait par lui en 1484 et qui existe dans la Collection Albertine à Vienne^), puisse faire présumer qu'une couple de gravures exécutées absolument dans la même manière puissent avoir été faites à la même époque; ce sont le grand Courrier (B. 81) et la Conversion de St. Paul, pièce reconnue récemment à Dresde comme étant un ouvrage d'Albert Durer. Le style, dans Je goût des travaux d'orfèvre, en est encore très-rude et le dessin dans la ïnanière de celui de Wohigetnuth. Même la Sainte famille au papillon 9 la première pièce que Durer ait signée de son monogramme, paraît devoir appartenir à cette première époque car, tout en révélant UD talent incontestable, elle montre néanmoins peu de pratique dans le maniement du burin. Le morceau des quatre femmes nues de 1.497 (B. 75) indique déjà plus d'adresse ainsi que le St. Jérôme pénitent (B. 61) qui parait appartenir à la même époque. Les Offres d'amour (B. 93) est la première de ses estampes qui soit l.raitée avec une grande délicatesse de burin, mais on pourra se con- ^vaincre de l'excellence à laquelle il était déjà parvenu dans cet art en 1503, quand on contemple ses Armoiries à la tête de mort, et surtout son xiiorceau capital de l'Adam etÈve que, dans toute la conscience de son liaient, il signait de son nom en entier accompagné de la date de 1504« Dès ce moment il parait avoir surmonté toutes les difficultés et dans le dessin et dans l'exécution technique, comme nous le prouvent les gravures qui suivent immédiatement. Ces détails, tout restreints qu'ils sont
26) Dans ce portrait U est vu de trois quarts, tourné vers la gauche, coiffé d'un bonnet à houppe et l'index de la main droite étendue. Le dessin, à la pointe d'argent, est vivant mais peu correct et les hachures un peu irrégulières. En haut, dans le coin à gauche, on lit écrit par Durer lui-même: J'ai dessiné ceci d'après moi-même dans un miroir en 1484 quand j'étais encore enfant; Albert Durer. („Dz Kab Ich vor ein spigell nach mir selbs konlerfit im 1484 jar; da ich noch ein kind ^war.")