‹ Le peintre-graveur (volume 4)Chapitre 66 sur 90 · HL 1522— U · texte numérisé non relu

HL 1522— U

ffl. L. 1522.

(Bartsch VIII. p. 35.)

On n'a point encore déchiffré d'une manière satisfaisante les signatures ci-dessus. L'opinion de Heller, qui croit pouvoir les attribuer à Henri Lautensack ou à H an s Lenker, est erronée, puisque le premier de ces artistes naquit à Bamberg en 1522 et que le second ne vécut que bien tard dans le XVII® siècle. Ce même écrivain attribue les initiales H. L. également au graveur sur bois Hans Lederer, qui doit avoir vécu vers 1540 et qui, selon Paul Behaim, se signait H. Led. L'attribution, dans l'inventaire d'Amorbach à Bâle, qui donne trois tableaux exécutés ^n détrempe sur la toile nue qui se trouvent dans la collection de la ville de Bâle, à un maître Hans Leu et auquel appartiendrait l'Orphée, signé EL 1519, semble plus probable. La belle composition de ce sujet correspond parfaitement à celles des gravures sur bois marquées du même monogramme, et nous sommes enchn à considérer celles-ci comme appartenant au même maître. Il doit avoir été tué à la bataille de Coppel en 1531.

Le maître H. L. 337

Il faut remarquer que le premier des monogrammes ci -dessus correspond aussi entièrement à celui de Hans LUtzelburger et que plu* sieurs dessins dans les collections de Vienne et de Munich, signés Kl 1519 et 1525, lui sont attribués, tandis que d'autres du même genre, avec la date de 1526, en possession de M. R. Weigel, passent pour des ouvrages de Hans Holbein le jeune. En effet, ils ont une certaine analogie avec les productions de ce dernier maître, mais ils manquent de cette vivacité, de ce sentiment de la nature qui caractérise ses œuvres. Il en est de même des gravures sur bois qui portent soit ce monogramme, soit la marque H8L dans une tablette, comme par exemple le St. George (B. No. 3). On doit, par conséquent, placer ce maître dans le groupe des artistes du haut Rhin ou de la Suisse, de cette époque.

On le retrouve, comme excellent sculpteur en bois, dans le rétable de Tautel principal de la cathédrale de Vieux-Brisach, qui a quarante pieds de hauteur et qui représente le couronnement de la Vierge avec des figures de grandeur naturelle. Deux tablettes portées par deux petits anges contiennent le monogramme H. L. Le style de l'ensemble rappelle la manière énergique de Hans Baldung Grun.

Les gravures sur bois, marquées IL, portent presque toutes le millésime 1516, tandis que les gravi^res au burin, signées HéL ou H. L sont datées de 1522 et 1533. Quelques-unes avec ces marques, mais sans date, ainsi que les gravures sur bois de 1516, sont d'un meilleur dessin et point maniérées comme c'est le cas avec celles de 1522 et encore plus avec celles de 1533. Ces dernières dégénèrent quelquefois dans le fantastique. La pièce décrite par Bartsch No. 9 sous le titre de „Homme et femme qui portent un enfant" et qui est signée Ki est faible de dessin et montre déjà l'influence de la manière italienne. La gravure d'un saint portant deux clés suspendues à un bâton et signée IH. L. 1522 est maniérée au plus haut degré. Cependant elle paraît une copie de notre No. 15 ou une épreuve de la planche retouchée.

D'après ce que nous venons de dire, il paraît incertain si le maître des gravures sur bois de 1516 est réellement le même que celui qui a exécuté les gravures au burin de 1522 et 1533. Si cette double série de pièces appartient au même artiste, il faudra admettre que, dans son développement postérieur, il s'est beaucoup éloigné de «a première manière.

358 École du haut Rhin du XVP siècle.

Additions à Bartsch.

Gravures au burin du maître H»L, H-L, ou H^L.

10. La chute du premier homme. Adam est debout à gauche, Eve à droite. Celle-ci reçoit la pomme offerte par le serpent qui est sur l'arbre et vers laquelle Adam tend la main gauche. Tous deux tiennent des branches de feuillage. On lit sur la bordure noire du médaillon: ADAM PRIMVS OMO. DAMNAFIT SECVLA POiMO. EFA. AFE. GRA3IA. Pièce ronde de 2 p. 1 1. de diamètre. A gauche, sur le fond blanc de l'estampe et suspendue par un cordon, une tablette portant la marque H 3 L. Dans l'exemplaire de Dresde, le médaillon d'Hercule est imprimé au bas sur la même feuille. Le dessin, comme celui des pièces 11 — 14, est bon et nullement maniéré. La feuille entière mesure H. 4 p. 4 1. L. 2 p. 5 1.

11. L'annonciation. La Vierge est agenouillée devant un prie-Dieu et vis-à-vis d'elle l'ange, également à genoux et fort mouvementé, tient un document d'où pendent quatre sceaux. En haut, Dieu le père et le St. Esprit. Médaillon de 2 p. 1 1. de diamètre. Dresde. Cette pièce est gravée sur la même planche, ainsi qu'imprimée sur la même feuille que la suivante.

12. La Visitation. La Vierge est à gauche et Ste. Elisabeth à droite, se présentant les mains. A gauche, un courant d'eau et un abreuvoir. A droite, entre ce médaillon et le précédent, d'une dimension égale, la marque H. L dans une tablette ronde suspendue à un ciseau.

13. La nativité. La Vierge et St. Joseph sont agenouillés devant l'enfant Jésus, couché par terre sur le manteau de sa mère. A gauche, le bœuf et l'âne. Médaillon de 2 p. 1 1, de diamètre; audessous et gravé sur la même planche se trouve le sujet suivant.

14. L'adoration des Mages. La Vierge avec l'enfant Jésus est assise à droite; devant elle est agenouillé le plus vieux des trois rois, les deux autres sont debout derrière lui, à gauche, tandis que St Joseph se tient à droite. Entre ce médaillon et le précédent, pend à un ciseau, à gauche, une tablette portant la marque HsL. Dresde.

15. St. Pierre. (?) Il marche en avant, tenant de la main gauche un livre où il lit, et de la droite un bâton auquel trois clés sont suspendues. Sur un tronc d'arbre est une tablette marquée lYZZ (1522) H. L. La tête du Saint est très-petite de proportions

Le maître H. L. 339

et le dessin maniéré comme celui de l'homme de douleurs, Bartsch No. 1. H. 6 p. 3 1. L. 3 p. 10 1. Paris, Munich, Dre'sde.

On en trouve une copie ou une épreuve de la planche retouchée avec la marque HIL 1522. H. 6 p. 4 1. L. 3 p. 8 1. Berlin. .

16. La décollation de St. Jean-Baptiste. Il est âgenouiUé au miheu de Testampe, tandis que le bourreau lève Fépée et que la ûlle d'Hérodias, agenouillée à gauche, tient un plat. La signature H. L se trouve en dehors du trait de bordure sur une tablette ovale. Pièce ronde de 2 p. 7 1. de diamètre. Munich.

17. St. George. Il est debout, vu presque de dos, et tue lé dragon. Une double auréole linéaire lui entoure la tête. Au bas, dans un ovale, les lettres H • L. Pièce ronde de 2 p. 1 1. de diamètre. Dresde.

18. St. Hubert. Il est agenouillé, de petites proportions, dans le fond à droite devant le cerf qui est debout sur un rocher. Sur le devant, un chasseur donne du cor, tandis qu'un second tient deux chiens en laisse. Au bas, sur une tablette ovale, la marque H. L et en haut, en dehors de la bordure, le millésime 1522. Pièce ronde de 2 p. 1 L de diamètre. Collection Albertine, Munich et Dresde.

19. La conversion de St. Paul. (?) Un vieux cavalier, eu armure complète, s'élance sur le devant, vers la droite. A gauche, un autre cavalier, vu de dos. En haut et en dehors de la bordure, les initiales H. L. Pièce ronde de 2 p. 1 1. de diamètre. Munich.

20. Le martyre de Ste. Barbe. Elle est agenouillée au milieu de l'estampe, tournée vers la gauche ayant derrière elle le bourreau ; un ange lui ollre le calice et l'hosde. La marque est au bas. Pièce ronde de 2 p. 1 1. de diamètre. Munich. (Donné par Brulliot, Dict. L ^0. 2387, comme représentant la décapitation de Ste. Catherine.)

21. Le martyre des dix mille. Au milieu de l'estampe s'élèvent des rochers escarpés d'où un soldat précipite avec sa lance un homme nu ; un autre est dans l'acte de tomber. Au bas sont étendus plusieurs des martyrs assommés à coups de massue par un homme DU qui en reçoit l'ordre d'un guerrier à droite. Dans le fond, à droite, on voit plusieurs hommes conduits au martyre et auxquels on fait gravir la montagne. Au bas, dans une tablette ovale, se trouvent les initiales JH-L. Pièce ronde avec une triple bordure linéaire, de 2 p. 2 1. de diamètre et gravée d'un bon dessin. Francfort s. M.

22. Hercule s'eniparant du cerf. Il a attrapé l'animal «t le tient par l'oreille droite, assujetti entre les jambes. A droite, sur

^ 340 École du haut Rhin du XVI« siècle.

tablette attachée à un arbre , la marque H. L. Dans la bordure du haut, HERCVLES. Fond blanc. Un ruban enroulé forme la bordure. Pièce ronde de 2 p. 1 1. de diamètre. Munich, Dresde.

Gravures sur bois.

Toutes ces gravures, quand nous n'indiquerons pas le contraire, portent le monogramme IL 1516.

4. La sainte famille. La Vierge, tenant Tenfant Jésus sur les genoux, est assise sous un arbre qui s'élève à gauche. St. Joseph est en adoration à droite. Un petit ange étend la main vers l'enfant qui tient une poinme. Un second petit ange est assis devant la Vierge et feuillette dans un livre, un troisième court avec un moulinet. Un paysage alpestre forme le fond. Le monogramme est sur une pierre. H. 7 p. 10 L L. 5 p. 6 1. Bâle, Gotha.

5. St. André. Il s'avance vers la droite, tenant de la main droite un livre et la gauche posée sur sa croix. Fond de paysage. Le monogramme est au bas. H. 7 p. 1 1. L. 4 p. 9 1. Bâle. .

6. St. Thaddée. Il est tourné vers la gauche, tenant sur son bras gauche une hache et un livre devant lui. Paysage avec des arbres. Le monogramme est à la droite du bas. H. 7 p. 1 1. L. 4 p. 91. Bâle.

Ces deux apôtres appartiennent probablement à une série qui contenait les douze. Les draperies sont largement jetées et la pièce étant très-supérieure de taille à celle de la sainte famille No. 4 doit avoir été gravée par un autre artiste.

7. St. George. Il s'élance, l'épée levée, contre le dragon étendu à gauche et dont le cou est déjà percé d'une lance. Dans le fond, un rocher élevé avec une caverne, et dans le lointain on voit la princesse agenouillée avec un agneau à ses côtés. Le monogramme se trouve sur un tronc d'arbre au bas. Bonne pièce, mais d'une taille un peu maigre. H. 8 p. 1 L L. 6 p. Bâle.

8. St. FI or i an. Il est en armure complète et s'apprête, avec un seau, à éteindre les flammes qui font éruption à travers la porte d'une maison. Deux femmes, dans l'attitude du désespoir, paraissent à une fenêtre à gauche. Sur un écusson au-dessus de la porte, le monogramme H. L. H. 7 p. 5 1. L. 5 p. 2 1. Collection Albertine à Vienne.

9. S te. Véronique. On ne voit d'elle que la partie supérieure du corps, le reste étant caché par le voile qui porte, dans de grandes

Le maître L G. 1515. 341

proportions, la tête du Christ en larmes, et couronnée d'épines. On lit au-dessus: S. titvonua. Au bas, le monogramme IL sans date. H, 11 p. L. 5 p. 7 1. Paris, Oxford, Bâle, Wolfegg. D'après Bartsch, la tête du Christ sur le voile était dans Forigine une gravure d'après Hans Burgmair No. 22 , la Véronique y ayant été ajoutée plus lard par le maître H. L.

10. Un divertissement de danse. Un roi et une reine, entourés de leur cour, regardent d'un balcon danser cinq courtisans avec des dames de la cour. Un homme jouant du tambour et du fifre compose l'orchestre. La Fortune, sous les traits d'une femme, ample de formes .et richement vêtue, est debout sur une boule dans le milieu. En haut, la marque H. L. H. 1 3 p. 6 1. L. 9 p. 3 1. Collection Albertine à Vienne.

LG. 1515.

Nous ne savons relativement à cet artiste, qui parait avoir été peintre, rien autre sinon qu'il nous a laissé une gravure au burin et que le même sujet a été gravé sur bois d'après un dessin d'Albert Durer. Son style se rapproche de celui de Hans Baldung Grun.

Gravure au burin.

1.' La Vierge aux chartreux. Marie, avec l'enfant Jésus, est debout au milieu et tient un sceptre, entre St. Jean-Baptiste, à gauche, et St. Bruno, à droite, qui soutiennent entr'ouverts les pans de son manteau sous lequel on voit onze chartreux à genoux. Aux pieds de la Vierge est couché un moine avec un rosaire. Deux petits anges portent, au bas, une banderole avec l'inscription: Bruder Cunrad eï Mitbruder der grossen kraft hat YSSEM. D'après Brulliot (Dict. IL No. 1864), l'inscription termine par les mots: grossen £arthaussen. En haut, un ornement de feuillage et, au bas, dans Je coin à gauche, les initiales L G., à droite, le millésime 1515. H. 6 p. 2 1. L. 4 p. 5 L Dresde.

342 Ëcole du haut Bhin du XVI* siècle.

Gravure à l'eau forte.

1. La chute du premier homme. Adam et Eve se tiennent près de Tarbre avec le serpent. Celle-ci, très -corpulente de formes, tient une pomme de la main droite pendant qu'elle semble en tenir une seconde de la main gauche baissée et tenue derrière elle. A droite, Adam qui pose la main droite sur l'épaule d'Eve et porte une pomme dans la main gauche élevée. Derrière Eve on aperçoit un lion et, à gauche, un cerf. Fond obscur. Cette pièce, fortement gravée, à l'eau forte, est signée, au bas, du monogramme ci r dessus, accompagné du millésime 1534. H. 3 p. 9 1. L. 2 p. 10 1. Berlin.

(BrulUot, Dict. IL No. 694.)

Jean Wechtlin, de Strasbourg, ayant fait quelques dessins d'anatomie pour l'ouvrage intitulé: „Spiegel der Arzney etc.", ainsi que nous l'avons indiqué dans l'article précédent, M. Nagler®^) croit pouvoir en déduire que le même artiste a aussi gravé la bordure du titre. Mais les initiales E. F. G. W. V. A. dont elle est marquée, ne nous paraissent pouvoir désigner le nom de Jean Wechtlin, et le style du dessin et de la composition de cette bordure est bien différent de celui que nous trouvons dans les ouvrages de ce maître.

Gravure sur métal.

1. Encadrement de titre avec une famille de sauvages^ Au bas, est assise une femme nue qui donne le sein à son enfant; à gauche, un vieillard, à droite, un homme dans la vigueur de l'âge, vu presque de dos et tenant une massue sur l'épaule. Au milieu du haut, entre des branches, une chouette étend les ailes. Sur les listels, aux côtés, trois enfants grimpant au milieu de fleurs et de rin-

64) Die Monogrammisten etc. II. No. 1581.

Le maître C. A. 343

ceaux de chardon. Près des deux, à gauche et au-dessous, se voit une banderole avec les lettres E. F. G. W., et aux pieds de Tenfant, à droite, une autre avec les initiales V. A. Le fond noir est pointillé de Wanc. H. 6 p. 9 L L. 5 p/ Francfort s. M.

Cette bordure se trouve sur le titre du livre intitulé: Die zehe gebot in diesem buch erclert etc. durch etlich hoch berumbte lerer etc. Strasburg 1516 (probablement imprimé par Joh. Schott). Elle a été aussi employée pour le „Spiegel der Arzney etc. gemacht von Laurentio Phryesen von Colmar, der Philosophy und Artzney Doctor. Gedruckt Strasburg durch Job. Schott 1517.^^ 2' édition de 1519.

BruUiot, Dict. IL No. 317.)

Ce dessinatf^ur ou graveur sur bois a travaillé pour les imprimeurs de Strasbourg et de Bâle, mais il n'est connu que par lès initiales C. A. sur ses gravures. Il paraît appartenir à l'école de Strasbourg et avoir vécu dans cette ville, du moins n'appartient-il pas aux artistes de Bâle, parce qu'on ne trouve dans le livre rouge de la corporation des artistes „zum Himmel^^ aucun nom auquel on pourrait appliquer les initiales.

Gravures sur métal et sur bois.

La seconde des signatures ci -dessus se trouve sur des gravures sur bois dans le livre intitulé: Die Geuchmat zu straff allë wybischë Mannen, durch den hochgelehrtë herrë Thomann Murner, der h. schrift doctor etc. Basel, Adam Pétri von LangenhofT, MDXIX. In-4°. Ce sont les cinq pièces suivantes. H. 4 p. 6 1. L. 3 p. 7 1.

1. Adam et Eve, près de l'arbre de la science; au bas se trouve la signature C. A.

2. Thaïs jouant de la harpe devant Alexandre. (?) Sa signature au milieu du bas.

3. Un homme et une femme. Ils portent un coussin sur lequel est perché un oiseau. Au bas les initiales C. A.

344 Ëcole du liaul Rhin du XV!*" siècle.

4. Une femme attire un oiseau. Elle est assise à terre; près d'elle, à droite, un homme avec une grande épée. Les lettres €. A. se voient sur le sein de la femme.

5. Un homme et une femme assis à table. On y voit un plat avec un oiseau. En haut, à gauche, la signature C. A.

Nous avons déjà fait mention dans la partie historique de notre ouvrage, p. 98, de la gravure sur métal avec la première des marques ci-dessus dans l'édition donnée en 1502 par Job. Grieninger à Strasbourg des œuvres de Virgile sous le titre: „Publii Virgilii Mantua ni opéra.'' Le même imprimeur employa également cette gravure sur métal pour Touvrage de Marsilius Ficinus: „Buch des Lebens, Strassburg 1502." ïn-fol. Elle représente le sujet suivant:

6. Un jeune homme au milieu des jouissances de la vie. Il est assis sous un pommier devant une table servie et tient un veirre élevé. A ses côtés, quatre musiciens et une femme s'approchent au jardin. La tablette avec les initiales C. A. pend du pommier audessus de la tète du jeune homme. H. 4 p. 4 1. L. 5 p. 5 1.

lenri Vogtherr le vle«x et le Je«ne de Sfrasbovrg.

Il y a deux peintres de ce nom, qu'on croit avoir été frères, et qui ont publié ensemble à Strasbourg, en 1537, un livre de dessin ( Kunstbtichlein ) orné de gravures sur bois. On y trouve sur le titre leurs portraits, avec des inscriptions dont il ressort que le plus vieux naquit en 1490 et le plus jeune en 1513. Dans la préface du livre, un des Vogtherr, et probablement le plus âgé des deux, se désigne comme peintre et bourgeois de Strasbourg, mais rien ne nous indique qu'il ait été aussi graveur sur bois. Il dit également dans son „Loosbuch" qu'il l'a „composé et imprimé lui-même". Il n'est donc point prouvé qu'il ait été graveur sur bois, comme plusieurs le croient. Brulhot (Dict. 1. No. 2533) assure que déjà en 1527 il avait publié des éditions à Strasbourg, mais nous ne connaissons de lui qu'une partie du Vieux Testament avec des gravures sur bois, imprimée à Durlach en

Henri Vogtherr le vieux et le jeune de Strasbourg. 345

1529, tandis que la Bible complète ne parut qu'en 1537 à Strasbourg chez Joh. Grieninger. Nous apprenons par Paul von Stetten qu'un des Vogtherr, probablement le plus jeune, se trouvait établi à Augsbourg en 1541, et nous avons déjà vu, dans notre catalogue des gravures à l'eau forte de Hans Burgmair le jeune, qu'il a gravées et publiées en commun avec ce maître et en 1545 les armoiries des familles patriciennes d'Augsbourg avec leurs tenants.

Christ, Papillon et Malpé ont également considéré le monogramme ci-dessus comme celui des Vogtherr, et en effet on le trouve sur. le titre du Nouveau Testament, mentionné ci-dessous, ainsi que sur une gravure sur bois de l'école de la haute Allemagne, représentant la Trinité, et décrite sous le No. 3 de notre catalogue. Nous pouvons ajouter à ces détails sur leur vie que l'on trouve sur la gravure sur hois représentant Jésus rédempteur (No. 2) l'inscription suivante: Hainricus Vogtherr Maler zu Wimpffen, et que V. Steinmeyer, clans la préface à ses figures sur buis publiées à Francfort s. M. en 1620, le nomme Heinrich Vogtherr zu Stenspurg (Straspurg?).

Gravures sur bois.

1. La Bible avec gravures. Traduction en allemand. La première partie de l'Ancien Testament parut à Strasbourg chez W. KOpphl (Gephalius) 1530. La seconde partie ibid. 1530. Tous les prophètes, ibid. 1532. La troisième partie du Vieux Testament à Durlach en 1529. les livres apocryphes à Strasbourg en 1532. Tout le Vieux Testament traduit en allemand par M. Luther. „Tout le Nouveau Testament" (Das gantz lieue Testament. Second titre: „Das Neuw Testament" durch Jakob Beringer Levit) à Strasbourg chez Joh. Grieninger 1537. in-fol. Le beau titre du Nouveau Testament est signé du monogramme de notre artiste, l^es gravures de l'Ancien Testament sont petit-in-4^. Celles du Nouveau Testament couvrent toute la page et on y trouve souvent plusieurs sujets sur une môme feuille. (Voyez R. W^eigel, Kunst-Catalog No. 14134".)

2. Jésus rédempteur. Il présente la main à un homme nu C Adam?). Au bas, le bon pasteur. A droite, la crucifixion avec des inaximes imprimées et au bas l'inscription: Hainricus Vogther IMaler zu Wimpffen. Gr.-in-fol. royal. (Voyez Catalogue Slernlierg IL No. 692.)

3. La Trinité. En haut, Dieu le père, au milieu le Christ, et ^nlre les deux le St. Esprit, aux côtés duquel se trouvent deux banderoles où on lit: (DA)S. IST. MEIN. LIBER. SVN. — DEN. HORET.

346 École du haut Rhin du XVP siècle.

MAT. 12. MAR. 9. LVCE. 9. Aux côtés du Christ, deux tablettes avec les inscriptions imprimées au moyen de lettres mobiles: Das ist das brot das vom hyniel kumpt etc. — Ich bin dz lebendig brot wer etc. Au bas, on voit les quatre évangélistes instruisant le peuple agenouillé, et on en remarque, à gauche, le pape, des évéques, etc.; à droite, Tempereur, etc. Ati milieu, une tablette avec le monogramme ci-dessus. H. 7 p. 9 1. L. 6 p. Berlin.

4. La tentation des pusillanimes. Un vieillard devant sa maison est occupé à tirer un bâton d'une poutre, derrière lui un monstre le houspille. Une vieille femme regarde par la fenêtre. A gauche, du paysage et en haut Tinscription : Eyn gleychnus der versuchung des teufels wider den Kleynmûthigen; et dans un écusson, à la gauche du haut, cette autre: So nagel ich dich wacklet merck: an dyr versuch ich bass mein sterck, bis ich dich gar heraus gewinn etc. Au-dessous de la gravure, on lit sur trois colonnes des vers commençant: Gleychwie der mann dem^nagel thut etc. In fine: hainrich Yogtherr maler. H. 13 p. 8 1. L. 9 p. 9 1. Berlin.

Une copie ou plutôt une répétition en petit (H. 6 p. 51. L. 4 p. 91.) de cette pièce se trouve au nombre des gravures sur bois du „ Mémorial der Tugend" de Jean de Schwarzenberg, „Gedruckt zu Augsburg durch Hier. Stainer 1534", feuille CXXI.^. Le dessin et la manière se rapportent parfaitement à celles de l'école du haut Rhin de cette époque.

5. Le petit livre de l'art (KunstbUchleiu). La première édition de cet ouvrage doit être celle de 1537 qui porte le titre suivant: Ein frembds und wunderbars KunstbUchlein allen malern, Bildschnitzern, Goldschmiden etc. hoch nUtzlich zu gebrauchen, durch Heinrich Vogthern, Strasburg 1537. In-4 . Ce livre contient 30 feuilles, c'est-à-dire, le titre, une feuille pour la préface et 28 feuilles avec des gravures sur bois des deux côtés. De ces feuillets, 2 contiennent des tètes d'hommes avec diverses coiffures, 4 de femmes avec des ornements de tète variés, 2 avec des mains, 4V2 avec des casques et diverses parties d'armure, 3V2 avec des carquois, des épées, des hallebardes et des poignards, 2 avec des boucliers, 8 avec des chapiteaux et des piédestaux de colonnes et des fûts à guise de candélabres. Ces dernières feuilles surtout sont finement gravées et belles de dessin.

11 semblerait que le plus jeune des Yogtherr se soit trouvé blessé

Henri Vogtherr le vieux et le jeune de Strasbourg.^ 347

de ce que le titre ne mentionnait qu'un des artistes et que, par con^ séquent, bientôt après le livre parut avec un autre titre, que Brulliot, dans son Dictionnaire I. No. 2533, rapporte comme suit: „KunstbUchleiu von allerley seltzamen und wunderbaren fremden Stttcken;" 28 (euilles avec titre sur lequel se trouvent les portraits des deux Vogtherr en médaillon et autour les inscriptions: Henrich Vogtherr Elter seines aJters im XXXXVII. 1537, et pour le plus jeune: Henrich Vogtherr de Junger seines alters XXIIII. 1537. On considère cette édition comme étant de 1538; elle fut suivie de deux autres de 1540 et 1543, in-4''. Christian Mttller de Strasbourg en ût paraître une autre en 1572, in-4°, avec les portraits sur le titre et où il est mentionné que les ailistes étaient frères. Heller en mentionne une autre de 1610.

6. Le livre du sort (Loosbuch) avec le titre: Eyn schOne und gotselige Kurtzweil eines cbristlichen Lossbuchs nach der ordnung eines alphabets etc. Gedicht und getruckt zu Strassburg von Heynricben Vogtherren. Anno M.D.XXXIX. In-foJ. On trouve dans ce livre plusieurs feuillets entourés d'une bordure d'arabesques sur fond noir et avec le monogramme du Christ Sur le titre est un médaillon ayant autour l'inscription : Treib umb dasKind mit allem Fleis, Shauw was hinden der Engel weis. En effet, le médaiJlon avec la figure de l'enfant Jésus, gravée sur bois, est un disque double, celui du verso contenant un ange avec une main étendue montrant successivement les lettres de l'alphabet gravées autour, à mesure qu'on ie tourne. Sur le dernier feuillet on voit les armoiries des Vogtherr, une demi -figure d'homme avec coiffure pointue, tenant un sceptre dans chacune de ses deux mains étendues et qui se trouve sur l'écusson et sur le heaume. En haut, sur une banderole: HEINRÎCH VOGTHHER. (Voyez R. Weigel, Kunst-Catalog No. 20099".)

7. Une tige de blé avec quinze épis. Feuille volante avec l'indicaltion suivante: Ein wunderbare doch frôhliche gestalt und gewuchs eines halmen zimlichen 'dicken eines geraden mannes hoch, mit fUnffzehn Ëhren etc. beyMalsch am Bruchrein im 1541 jar gewachsen. Von Heînrich Vogtherrn cpnterfeiU Suit un poème commençant:

Seet zu ir Christen allzugleich

Was gott fOrbildt von himelreich etc.

8. Une grappe monstre. Feuille volante in-fol., sans lieu ni date, avec l'indication: „Ein wahrhaft wunderbarlich vor unerhOrte

348 > École du haut Rhin du XVP siècle.

figur imd gewâchs so zu Alberweiler etc. erfunden worden. Dieser

traub ist von H. Vogtherrn abconterfeit.

Zwen Trauben an eim rebenast Zusammen seind eingewachsen fast etc.

(Voyez Archives de Naumann, ]S56, H. p. 134, communication de

M. Wiechmann-Radow.)

David Handel de Strasbourg^ 1546.

(BartschlX. p. 392.)

Nous ne savons sur le compte de cet artiste autre chose que ce que çious en dit Hieronymus Bock (Tragus) dans la préface de son Livre des simples (Krauterbuch), publié en 1536, où il nous dit „que sous sa direction à Hornbach, un jeune homme de Strasbourg, David Kandel, qui avait appris de lui-même et sans maître Fart de peindre, avait dessiné à la plume les plantes très-exactement^^ („ohne etwas davon oder dazu zu thun^^j. On ne saurait dire s'il les a gravées lui-même sur bois, mais il n'est guère probable, puisque d'autres pièces d'après ses dessins portent le monogramme du graveur sur bois p>.

Additions à Bartsch.

Gravures sur bois.

21. Loth et ses filles. Il est assis, adroite, dans une grotte à côté d'une de ses filles qui lui présente une tasse avec du vin, tandis que l'autre tient de la main droite une cruche. Dans le fond, à gauche, Sodome en flammes. Au bas la signature DK, à droite le monogramme du graveur sur bois p. H. 4 p. L. 5 p. 4 1.

22. Le sacrifice d'Abraham. Il est debout au milieu, tenant de la main gauche Isaac agenouillé sur le bûcher et levant de la droite un cimeteire, tandis qu'un ange qui descend arrête sa main. Dans le paysage on voit encore Isaac à droite qui porte des fagots. Au milieu du bas, les initiales DK, à droite l'autre monogramme ci-dessus. H. 4 p. L. 5 p. 4 1.

David Kandel de Strasbourg. 349

23. La table de Cebes. Cette représentation de la carrière de la vie humaine porte en haut Finscription : TABVLA CEBETIS. A la droite* du bas, sur une colonne du portail, la signature du maître. La composition rappelle celle de Holbein. H. 15 p. 2 1. L. 12 p. 2 1. (Voyez Rud. Weigel, Kunst-Catalog No. 21505.)

24. Le petit Tiel l'espiègle (Eulenspiegel). Aux deux côtés sont assis le père et la mère qui tissent au métier. Au milieu, Tenfant dévide une navette. Paysage montagneux. A droite, sur une butte, les initiales D. K. H. 1 p. 11 1. L. 3 p. 6 L Cette pièce a été employée dans un livre latin.

25. Hieronymus Bock. Demi-figure, vue de profil, tournée vers la droite et tenant de la main droite deux perce-neige. La figure est enclose par un portail richement orné et d'où pend une tablette avec l'inscription suivante: EFFIGIES HIERONYML TRAGI. ANNO iETATIS SViE 46. et au-dessous, sur les bases des caryatides les initiales D. K. Au 'bas se trouvent huit vers latins imprimés avec le titre: loan. Sapidus Lectori studioso etc. H. 5 p. 10 1. L. 4 p. 4 l.

26. Les plantes pour le livre des simples. Elles ne sont pas toujours très-belles ou parfaitement exactes dans le dessin. On trouve plusieurs éditions de ce livre. La première qui nous soit connue porte le titre suivant et dont il résulte cependant que ce n'est pas la plus ancienne: Kreuter Buch durch H. Hieronymum Bock (Hier. Tragum) von newem fieissig tlbersehen, gebessert und gemacht, dazu mit hUbschen artigen figuren allenthalben gezieret. Strassburg, Wend. Richel ®^j, 1546. In-fol. Une édition qui suit immédiatenient celle-ci, de David Kibero (Kyber), avec une traduction latine, parut chez le même éditeur en 1552 in-4°, et une troisième fut publiée en allemand par Josias Richel de Strasbourg en 1580. Les gravures du qiiatrième livre sont néanmoins celles de la „Deutschen Speisskammer^^ et 'représentent des scènes de la vie commune et dont les dessins ont ^té exécutés par To][)ias Stimmer et C. Maurer.

65) Bartsch IX., p. 170, décrit une gravure sur bois avec le monogramme ■y^jr^ sans aucune autre indication. Heller, dans son Histoire de la gravure yVX/ sur bois, prend cette marque pour celle de l'imprimeur de Strasbourg qu'il nomme Wendel Reich ; d'autres l'appellent Wendelin Riehl ; d'ordinaire il a latinisé son nom en celui de Richelius.

350 École du haut Rhin du XVP siècle.

Yeit Rudolph Speckle de Strasbourg^ IU2.

Graveur sur bois.

Nous ne connaissons rien de la vie de cet adroit graveur sur bois. Il exécuta les représentations des plantes du Livre de Simples de L. Fuchs, connu sous le titre suivant: „De historia Stirpium commentarii insignes, maximis impensis et vigiliis elaborati, adiectis earumdem vivis plusquam quingentis imaginibus .... Léon ha rtoFuch si omedico.. .au tore. Basil eaeinoff ici na IsingrinianaA. C. 1542." In-fol. Cet ouvrage renferme, outre les figures des plantes, le portrait de Léonard Fuchs, âgé de 42 ans, figure entière; ensuite ceux des peintres Henri FQllmaurer et Albert Meyer, dessinant des plantes, demi-figures sur une seule feuille; enfin celui du graveui V. R. Speckle lui-même, demi ^figure imberbe. Il est vu de trois quarts, tourné vers la gauche et tient de la droite son pardessus à manches ouvertes. Cette gravure sur bois, finement exécutée, mesure H. 5 p. 7 1. L. 4 p. 11 1. et porte Finscription : SCVLPTOR Vitus Rodolph Speckle. Une édition allemande de ce livre parut en 1543, où il se désigne „form Schneider". Les mêmes figures de plantes, de plus petites dimensions, parurent, sans texte, chez le même éditeur, Michel Isengrin, in-S'^ et plus tard en petit-in-fol. avec texte hollandais.

Daniel Specklin de Strasbourg.

(Bartsch IX. p. 589.)

Ce célèbre architecte militaire était fils de Veit Rudolph Speckle et naquit, en 1536, à Strasbourg. Nous apprenons par les communications de l'archiviste Schneegans de Strasbourg, contenues dans FAImanach d'Alsace de Stôber, de 184^, et puisées dans les protocoles du Conseil pour 1565, que Specklin, dans sa jeunesse, était brodeur en soie et graveur sur bois, mais il ne semble pas qu'il ait aussi gravé au burin, comme on Va souvent cru, puisque le graveur M. Greuter a exécuté plusieurs estampes dont Specklin a été seulement le dessinateur.

Dans les voyages qu'il fit aux Pays-Bas, en Danemark, en Suède, en Pologne, en Prusse, en Transylvanie, en Hongrie et à l'île de Chypre

Daniel Specklin de Strasbourg. 351

où il assista même au siège de Famagusta, il étudia particulièrement Fart de fortifier, et acquit une telle réputation en ce genre, qu'il fut consulté pour tous les ouvrages de cette nature qui se firent en Allemagne et ailleurs, quand on ne lui en confiait pas à lui-même l'exécution. Revenu à Strasbourg, il reçut de l'archiduc Ferdinand, au service duquel il avait été cinq ans comme chef de l'arsenal, l'ordre d'écrire une description de la haute et de la basse Alsace et d'en dresser une carte qui parut à Strasbourg en 1576. Son ouvrage intitulé: „Architectura von Festungen" qui parut d'abord à Strasbourg en 1589 et depuis en plusieurs éditions jusqu'en 1736, eut une grande réputation. L'auteur mourut à Strasbourg en 1617.

Aucun des ouvrages de sa jeunesse ne semble être venu jusqu'à nous, et le catalogue que nous allons donner des gravures au burin et sur bois qui lui sont souvent attribuées, montrera que Daniel Specklin, bien que grand dessinateur en fait d'arohttecture, ne doit pas être con-* sidéré nécessairement comme graveur au burin ou sur bois.

Gravures au burin.

1. Vue du dôme de Strasbourg. A la droite du haut, on lit sur une tablette: „Ante Ghristi nato Templû argëtosalëse ex fructû bellorû Deo Marti quem Teutones Krut^mana l bellatorê vocât etc. Daniel Specklin fecit 1587.^^ Dans la bordure ornée, adroite, on voit le monogramme |^ qui nous indique que M. Greuter en a été le graveur. H. 7 p. 10 1. L. 7 p. 5 1. Dans les épreuves qui ont été faites de la planche, en 1617, pour le „Mttnsterbuch" de Schadaeus, la tablette manque ainsi que l'inscription ; cependant, il y reste encore des traces qui prouvent que ces épreuves ne sont point une copie, comme on l'a cru souvent.

2. Vue de Strasbourg de 1587. Au bas se trouve une description. On lit à droite sur une tablette ovale: Daniel Specklin fecit. M. Greuter sculpsit. In-fol. en largeur. Cette feuille est gravée d'une 'manière très-souple et tout à fait dans le style de la pièce précédente. II ressort évidemment de l'inscription que le fecit indique le dessinateur, comme c'est le cas pour plusieurs estampes du haut Rhin à cette époque.

3. Carte topographique de l'Alsace en 1576. Nous en avons parlé diffusément plus haut.

4. Architecture des fortifications. In-fol. Nous avons mentionné plus haut que la première édition de cet ouvrage parut à

Strasbourg en 1589. Les éditions postérieures dans la même ville sont de 1599 et 1608. Toutes les gravures qui s'y trouvent sont traitées dans la manière de M. Greuter, quoique son nom ne se trouve que sur le litre et la planche 16. Dans l'édition de 1608, on trouve encore le portrait de Specklin gravé par Th. de Bry.

Gravures sur bois.

5. Bartsch ne décrit, comme appartenant à Specklin, que la petite vue de la cathédrale de Strasbourg de Fan 1587. La pièce suivante est plus ancienne et de dimensions plus grandes.

6. Vue de la cathédrale de Strasbourg. Elle est dessinée en perspective et prise du côté sud-ouest de manière que la façade du somptueux édifice ainsi que le côté sud avec Tancien portail sont également visibles. L'inscription est comme suit: Gestellt auffs einfaltigst durch Daniel Speckle und Bernhard Jobinn Formschneider zu Strassburg MDLXVL Sur deux feuilles. H. 19 p. 4 1. L. 13 p. 9 1.

On attribue souvent la gravure de cette pièce à Tobias Stimmer, bien que celui-ci ait été dessinateur et non graveur. Mais la pièce que nous venons de décrire démontre complètement Terreur de cette attribution, puisque Bernard Jobin nous est désigné comme graveur sur bois. Des épreuves postérieures ont une autre inscription qui contient en 96 vers sur deux colonnes l'histoire de la construction de la cathédrale et termine par l'indication: Bernhard Jobin in Truck gebracht. (imprimé par Bernard Jobin.)

FO., graveur sur bois, 1558.

(Bartsch IX. p. 415.)

Bartsch ne décrit que quelques gravures sur boFs du maître aux initiales ci -dessus, en faisant remarquer qu'il travailla d'après Virgile Solis, Jost Amman et autres artistes allemands. G. Becker nous fait connaître, dans le Deutsches Kunstblatt de 1853, p. 318, un autre ouvrage de ce graveur; c'est le suivant:

2. Un alphabet orné. (Ein Kunstlich Alphabet sampt derselben Reimen auch klein vnd -grosse geschrifften, vormals dergleichen ait aussgegangen. Durch mich Jorg Schreppler burger und rechen-

Hans Holbein le jeune. 353

meister zn Strassburg geschrieben, gemacht in druck gefertigt vnd den 3. Sept. Anno 54. vdiendt." On lit sur la dernière feuille: „Gedruckt bey Thiebolt Berger am Weinmarkt zu Strassburg 1558.^^ Cet ouvrage est composé de 14 feuillets d'écriture cursive avec des lettres très'grandes et élégammeni ornées.

3. Plusieurs escrimeurs avec des épées à deux mains, lis se trouvent k la page 48 du livre d'escrime de „Jochaim Meyer Freyfecbtér zu.Strassburg^S qui a pour titre: ^Grttndiiche Besclureibung Ritterlicben und adelichen Kunst des Fechteos. Strassburg 1 570'^ Pet. ia4ol. Une édition postérieure avec les mêmes gravures sur bois a parue en 1 600 cbex Hichael Manger à Âugsbourg. La dernière édition publiée par Mathieu Scbulles à Ulm a été attribuée erronément à Josse Amman.

H H, ÏH, M ^ HANS. HOLB.

flans flolbein le Jeune.

Cet artiste distingué est originaire d'Augsbourg, étant un des fils d'un peintre du même nom, connu comme Hans Holfoein le vieux. Celui^i, d'après Mechel, naquit vers 1 450, fut d'abord bourgeois d'Augsbourg et passa,^en 1499, à Ulm, comme le démontre le livre de bourgeoisie de cette ville. Il peignit plusieurs tableaux dans sa nouvelle patrie jusqu'en 1507, et en 1501 il travailla pour l'église des Dominicains à Francfort s. M. Vers 1516, il s'établit à Bâle où ses trois fils, Ambroise, Hans et Bruno, le suivirent, et y mourut vers 1 526. Notre flans Holbein le jeune naquit vers la fin de 1497, comme il est prouvé par quelques-uns des portraits qu'il peignit de lui-même. Le premier en date de ces portraits se trouvait dans la coUection de F. von Hagen à Nuremberg et portait l'inscription: Aetatis sue XX. MDXVIIL ®^) Le second, possédé par le doyen von Jaumann à Rottenbiirg, est signé Ifl. M. 23. 1520^^); enftn le troisième, gravé par HoUar d'après un portrait dans la collection du comte d'Arundel, porte l'indication:

66) C. G. VON MuRR, Description des choses remarquables de la ville de Nuremberg (en allemand). Nuremberg 1778.

67) Voyez KunstUati 1837. p. 359.

354 École du haut Bliin du XVI* siècle.

IH Ae. 45. A°. 1543. Il est représenté également comme un enfant de sept ans environ dans le tableau de la conversion- de St. Paul que son père peignit en 1504 pour le cloître de Ste. Catherine à Augsbourg. On y voit le vieux Holbein avec ses deux fils aînés; il indique particulièrement le jeun« Hans, en lui posant la main sur la tète, tandis qu'il le montre de la gauche, comme s'il voulait dire: „celui-ci promet d'être quelque chose d'extraordinaire." Son frère Ambroise, d'environ 10 ans, ressemble beaucoup à sa mère, d'une taille délicate et svelte, qui est vis-à-vis, tandis que Hans, court et ramassé, diffère de ses parents et montre déjà quelque chose de très-décidé dans l'expression.

Les quatre premiers tableaux de Holbein qui nous soient parvenus se trouvent dans la galerie d'Augsbourg; il les a exécutés en 1512 pour le cloître de Ste. Catherine dans cette ville. En 1516, nous le retrouvons à Bâle occupé à peindre pour un maître d'école une enseigne qui se conserve encore dans la collection de la ville. L'année suivante il orna de peintures à fresque une maison à Lucerne; en 1519, il fut inscrit au livre des métiers de Bâle. Son premier voyage en Angleterre eut lieu vers 1526. En 1529, il revint pour quelque temps à Bàle. Etant retourné en Angleterre, le Conseil de Bâle le rappela en 1532 en lui assurant un salaire annuel de trente pièces d'or, et il répondit à cet appel. '^j Après avoir occupé longtemps le poste de peintre de la cour de Henri VIH en Angleterre, il fit en septembre 1538 une visite de quelques semaines au foyer paternel, mais il obtint le 16 novembre de la même année un rescrit du Conseil de Bâle accordant „au maître Jean Holbein un congé ultérieur de deux ans à l'expiration desquels il devait retourner à faire son service." Il nous est prouvé qu'en effet il retourna en Suisse dans l'année 1540, par la visite qu'il y fit à son oncle Siegraund Holbein de Berne, pareillement peintre, et qui éprouva une si grande joie de la présence de son célèbre neveu, qu'il le fit héritier de ses biens qui étaient assez considérables. Ayant de nouveau passé en Angleterre, il parait n'être plus retourné à Bâle et il mourut à Londres de la peste en 1554.

Nous n'avons mentionné ces différentes circonstances de la vie de Holbein que pour être à même de préciser avec quelque degré de certitude les différentes époques où il a pu exécuter soit à Bâle, soit à Londres, ses dessins pour la gravure sur bois, la seule partie de son

68) Voyez l'ouvrage de Ulrich Hegner, Hans Holbein der Jûngere, Berlin 1837, où l'on trouvera les justifications de ce que nous disons.

Hans Holbein le jeune. 355

œuvre que nous ayons à considérer ici. Il en résulte déjà, ce qui serait confirmé par le style du dessin et de la composition, que toutes les bordures de titre pour les livres publiés par Jean et Franz Frobenius, Andréas Cratander, Adam et Heinrich Pétri ont été exécutées entre les années 1516 et 1526, pendant son premier séjour à Bàle. L'alpbabet ou les initiales à ornements de feuillage sont de 1522, et il dut dessiner avant 1526 sa fameuse Danse des morts, où Ton retrouve encore toute la fraîcheur et la précision de sa jeunesse. Ses compositions pour TAncien Testament sont d'un style moins soigné et plus large et paraissent dater de 1 529. A celles-ci ressemblent, mais d'une manière plus esquissée encore, Jes deux petites gravures pour le Catéchisme de Cranmer qui parut à Londres en 1548.

Le graveur sur bois le plus distingué de Bàle à cette époque était Hans Lutzeiburger, surnommé Franck, qui travaillait avec la plus grande finesse et la phis grande maîtrise; c'est lui qui exécuta ce beau monument de la xylographie connu sous le nom de la Danse des morts de Holbein, dont il signa une pièce de son monogramme IL» On possède encore de lui, gravés d'après Holbein, le portrait en pied d'Érasme de Rotterdam, quatre alphabets d'initiales avec figures, quelques bordures de titres, la vente des indulgences, deux gaines de poignard et quelques autres sujets. Il n'a gravé qu'un très-petit nombre de pièces pour l'Ancien Testament, qui ont été exécutées par plusieurs mains.

D'autres gravures , d'apcès des dessins de Holbein, pour les titres de hvres, ont été exécutées par un maître de Bâle inconnu qui se signait I F, sur métal et même sur cuivre, comme le démontrent deux des planches qui ont été conservées jusqu'à ce jour et qui se trouvent en possession du typographe Guillaume Haas, de Bàle. Comme la plupart des bordures de titres ornent les livres qui ont été publiés par Jean Frobenius de Bàle, on lui en a attribué la gravure, quoique l'on ne sache autre chose à son égard , sinon qu'il a été un des typographes les plus distingués de son époque.

Quelques-unes des grandes gravures sur bois, d'après le dessin de Holbein, comme les âges de l'homme, la mort du bon et du méchant en 8 feuilles, etc., paraissent avoir été exécutées à Augsbourg, la patrie primitive des Holbein, puisque plusieurs de ces grandes pièces d'après les dessins d'autres maîtres y ont paru chez le graveur sur bois Jost Dienecker ou Jobst de Necker, comme on l'appelle ordinairement. Ces pièces d'une grande rareté ne se trouvent que dans quelques-unes des grandes collections, mais aucune dans les anciens

356 École du haut Rhin du XVI* siècle.

cabinets de Bâl6, comme c'eût probablement été le cas si elles avaient été gravées dans cette ville.

Les gravures pour le Catéchisme de Cranraer et le portrait de Wyatt, qui ont été exécutées par des graveurs anglais, ne sont point des morceaux d'une grande fmesse, quoiqu'elles soient les m^lleures des pièpes qui ont été exécutées d'après les dessins de Holbein dans ce pays et à cette époque; cependant utie petite gravure sur bois représentant trois enfants près d'un pommier, et qui parait être une marque de libraire, se trouve à la fin d'un poème de John Leland sur la naissauce du prince Edouard de Galles en 1543, et appartient à ce que nous avons de mieux en ce genre, étant évidemment gravée par Hans Lutzelburger. Il semblerait que l'éditeur Reyner Wolff, fils de l'imprimeur Thomas Wolff de Bâle, ait eu en sa possession, depuis assez longtemps, ce bois, ou qu'il l'ait fait graver par Ltitzelburger qui se trouvait alors à Londres. (?) Mais cette dernière opinion est en contradiction avec l'assertion- des éditeurs de la Danse des morts à Lyon, M. et G. Treschel, que ce graveur sur bois était déjà mort en 1538. La première supposition est donc la plus probable.

Dans la dispute de ceux qui pi^étendent que Holbein a gravé luimême sur bois contre ceux qui le nient, nous nous rangeons du côté de ces derniers; d'abord parce que ce n'était pas la coutume dans le XYP siècle que les grands maîtres de l'art exécutassent eux-mêmes la gravure sur bois de leurs dessins ; ensuite parce que l'opinion contraire appartient à des écrivains récents et surtout à G. F. de Rumohr, qui a soutenu hardiment cette opinion en l'appuyant de raisons hasardées et de motifs qui ne résistent pas à un examen sérieux. M. Peter Vischer de Bâle, dans le Kunstblatt de 1838, p. 197, et de 1843, p. 631, a combattu énergiquement cette opinion en prouvant le contraire de la manière la plus satisfaisante. En renvoyant à ce que cet écrivain dit à ce propos, nous nous contenterons d'indiquer ici deux preuves à notre avis très-conclusives. Si l'on veut suivre les données de Rumohr, l'on ne pourrait expliquer comment il se fait qu'en comparant les différents encadrements de titres dont nous pouvons préciser souvent la date et qui, selon cet écrivain, ont été exécutés par Holbein lui-même, on y trouve cependant une grande diversité de taille de l'une à l'autre et telle que l'on peut souvent y reconnaître la manière des différents graveurs auxquels on les doit Et ensuite que plusieurs de ces travaux d'une date postérieure se trouvent être d'une exécution plus médiocre que les premières, et ceci sera d'autant plus frappant si l'on

Hàns Holbein le jeune. 357

veut rapprocher la gravure de la Danse des morts et des initiales de 1522 que Rumohr affirme avoir été exécutée par Holbein de celle de& deux pièces du Catéchisme de Cranmer de 1548, qui leur sont très -inférieures. C'est ainsi qu'en admettant Fopinion de Rumohr, nous rencontrons des difficultés continuelles pour la justifier, sans mentionner que l'on ne doute plus que le monogramme IL soit celui de Hans Ltttzelburger et non la signature de Holbein.

Mais tout l'échafaudage de raisons à l'appui de cette opinion est complètement détruit par le témoignage d'un des contemporains du maître, qui met hors de doute que les gravures sur bois ne sont que des reproductions des dessins originaux de Holbein. Boniface Amerbach de Bâle, l'ami de celui-ci, après avoir recueilli son oeuvre, écrivit lui-même sur les tiroirs qui le renfermaient les étiquettes que son fils Basile Amerbach nous a transmises Verbatim dans le catalogue de la collection de son père et qui se conservent à présent dans le Musée de Bâle. Ce sont les suivantes:

Tiroir V. H. Holbeinio imitatio aliéna non prôpria ejus, 64 (pièces).

Gedruckt (imprimées) IH.

Biblia historia. 2.

Totendantz 2. exempl.

Tiroir VI. H. Holbeins genuina, grosz, klein von seiner Hand 104. (Dessins originaux actuellement dans la collection de Bâle.) Moria Erasmi, hin und wider mit figtlrlen. (L'éloge de la folie a^ec les dessins de Holbein en marge; l'exemplaire existe encore.) Ein BUchlein darin by 85 Stucklin gerissen.

Ein ander Permentin mit ein Stuck.

Erasmi effigies in ein rundelin mit oelfarben. Toutes les incertitudes qui auraient pu régner jusqu'ici sur ce point paraissent devoir disparaître devant cette preuve que nous devons aux recherches de l'écrivain que nous avons déjà nommé, M. Peter Vischer, de Bâle.

D'après les assertions de Rumohr, Hans Ltttzelburger se serait également occupé de clichés, puisque nous retrouvons dans les éditions de Strasbourg les mêmes gravures sur bois et sur métal qui ornent les éditions de Bâle ; mais en comparant ces éditions entre elles, il est néanmoins résulté que l'on a employé dans celles de cette dernière ville

358 École du haut Rhin du XVI" siècle.

les planches originales, tandis que les gravures des livres de Strasbourg n'en sont que des imitations souvent fort rudes et qui ne peuvent être comparées aux premières. 11 faudrait probablement en conclure qu'à cette époque on ne connaissait point encore Fart de faire des clichés . sur les planches de bois et de métal.

On a eu également^ des opinions erronées sur les moïiogrammes dont Holbein signait ses ouvrages, quoique Brulliot, dans son dictionnaire des monogrammes-, ait traité cette matière à fond et ait établi la vérité sur des bases solides. Il ressort de recherches ultérieures à ce sujet que notre maître s'est servi uniquement du double H, quoique sous différentes formes, comme on le fait voir par celles que nous avons données ci -dessus. Le monogramme H H ou tH, avec un canif de graveur, appartient néanmoins à un graveur sur bois qui parait être Hans Holzmitller de Bâle et qui a travaillé principalement d'après Hans Manuel Deutsch et d'autres maîtres de l'époque.®^)

Holbein ne s'est jamais signé EB ou IL, car il est absolument contraire aux usages du temps que les artistes employassent à cet effet d'autres lettres que les initiales de leurs noms. Parmi ses contemporains, Hans Brosamer et quelquefois Hans Baldung, surnommé Grûn, se servirent du premier de ces monogrammes, tandis que nous avons vu que le second appartenait à Hans Lotzelburger et se trouve sur des dessins à la plume et au crayon avec les dates de 1519 à 1526, très-ressemblants à ceux de Holbein par le style, mais avec moins de vie et de naturel. On les attribue ordinairement à Ltttzelburger, mais ils pourraient aussi bien appartenir au peintre Hans Leu de Zurich, qui s'est signé Hj 1516 sur des gravures sur bois et qui appartenait au groupe des peintres du haut Rhin dont Hans Baldung Grûn était le chef d'école.

Holbein, comme' Albert Durer, s'était acquis aussi une réputation comme architecte et recevait à ce titre un salaire de la ville de Bâle, comme Ulrich Hegner le prouve par des documents' dans son ouvrage. On lui attribue, en conséquence, plusieurs gravures sur bois contenant des esquisses pour des édifices de luxe et qui ont été souvent reproduites. On les trouve en dernier lieu dans l'ouvrage du „célèbre maître flans Blum de Lor sur le Mein^^ ( Des bertthmten Meisters Hans Blum von Lor am Main nUzlichs Sâulenbuch etc. Zurich MDCLXH) et qui a pour titre: „Waarhafte Contrafacturen etlich ait und schôner Ge-

69) G. Begker dans le Deutsches Kunstblatt, 1853, p. 318.

Hans Holbein le jeune. 359

bâuen etc.^^ In-fol. Les gravures sur bois de cette édition sont néanmoins d'une date plus ancienne et paraissent avoir servi à l'édition de Hans Blum donnée en 1567 par Christophe Froschauer à Zurich. Les gravures avec la représentation d'édifices somptueux dans le style de la renaissance portent en partie le monogramme ^ que C. Becker, lieu cité, explique par le nom de Rudolphe Wyssenbach de Zurich, la plume ajoutée au-dessus indiquant le dessinateur, tandis que le graveur est indiqua à son tour par le monogramme '^ avec la date de t545 et 1548. Bien qu& le style d'architecture de ces pièces ait beaucoup d'analogie avec celui propre à-flolbein, nous n'avons rien trouvé qui pût induire à croire que les esquisses soient de lui, et le monogramme RW. paraîtrait marquer décidément le contraire.

Odvrages xylographiqaes.

L Sujets de l'Ancien Testament.

90 gravures sur bois. H. 2 p. 2—3 1. L. 3 p. 2—3 1.

On en trouve des premières épreuves que l'on croit avoir été imprimées à Bàle en 1530, et cela résulterait de ce que plusieurs imitations de ces gravures se trouvent dans' une bible allemande publiée par Froschauer à Zurich en 1531. L'exemplaire de premières épreuves qui se conserve dans la collection de la ville à Bàle contient 93 gravures sur bois, dont 89 sont imprimées d'un seul côté, commençant par la chute,du premier homme où le serpent avec une tète de femme s'élève tout droit du terrain'**), ensuite le déluge, etc. (Les quatre premiers sujets de la Danse des morts, imprimés des deux côtés sur deux feuilles, ne sont point des premières épreuves et n'appartiennent point à la série qui nous occupe, quoiqu'ils y soient ajoutés.)

Les premières éditions proprement dites de 1538 et 1539 parurent chez les frères Melchior et Gaspard Trechsel à Lyon. Les deux éditions postérieures de 1543 furent publiées par Jean et François Frellon de Lyon, et les trois dernières, de 1547 et 1549, par Jean Frelloh seul. Les bois furent aussi employés pour deux éditions de la Bible, cl ont la première fut donnée en 1538 par les frères Trechsel et l'autre

70) On trouve dans l'ouvrage de M. R. Weigel ,)Holzschniite berûhmter Mei- ^t^r**, Leipsic 1851, Cahier II, un fac-similé de cette rare gravure sur bois qui n'a ^Xè employée que pour l'édition de la Bible de 1538. ... .

360 École du haut Rhin du XVP siècle.

de 1544 par les FrelloD. L'exéoutioii, pour la taille, des gravures de cette série varie beaucoup et elles doiv^t appartenir à divers artistes* On ne peut qu'en attribuer un petit nombre à LOtzelbui^er, entre autres la bénédiction d'Isaac, celle de Jacob aux fils de Joseph, Nadab et Abia dévorés par le feu et quelques autres» bien qu'elles ne soient pas signées de son monogramme, ce que Ltitzélburger faisait rarement Nous n'avons point à parler ici des copies de ces 90 sujets, et nous renvoyons pour ce qui les regaisàe à l'ouvrage du docteur Massmann „Literatur der Todtentanze^S Leipsic 1840, pp. 68—74.

Les éditions de LyoD.

a. 1538. Historiarum ueteris instrvmenti icônes ad uiuum expressse. Vna cum breui, sed quoad fieri potuit» diiucida earundem expositione. (Avec la marque de Trechsel, trois têtes de Janus avec deux plumes de paon sur une console; devant se trouve un livre ouvert avec une inscription grecque et au bas on lit: Vsus me genuit.) Lvgdvni, sub scvto Coloniensi. MDXXXVIIL In-4°. Cette édition contient les 4 premiers sujets de la Danse des morts en hauteur, puis 80^0 sujets du vieux testament en largeur, commençant par l'arche de Noé et terminant avec la représentation II. Mac|;iab. V, où une armée apparaît au-dessus de Jérusalem. In fine: Excvdebant Lvgdvni Melchior et Gaspar Trechsel fratres. 1538.

b. 1539. Histçriarum veteris Testamenti Icônes etc. ... earundem et latina et gallica expositione. (Marque du libraire.) Lvgdvni sub scuto Coloniensi. M.D.XXXIX. In-4°. Avec quatre sujets de la ,;,Danse des morts*^ et 90 gravures sur bois sur 47 feuilles. In fine: Lvgdvni, Melchior et Gaspar Trechsel fratres excvdebant. et la marque des Trechsel plus grande que sur le frontispice.

c. 1543. Historiarum veteris testamenti icônes ad vivum express» etc. (La marque des Frellons, un crabe soutenant en l'air un papillon.) Lugduni sub scuto Coloniensi, apud

Joannem et Franciscum Frellonios fratres. M.D.XLIII. In-4°.

71) D'après l'assertion de Rumohr, dans son ouvrage intitulé: „Hans Holbein der Jûngere in seinem Vèrhâltniss zum deutschen Formschnittwesen", il manque à cette édition l'indication: II. Regum XII. et Esaide L.

Hans Holbein le jeune. 361

90 et 4 gravures sur bois. In fine: Lugduni sub scuto coloniêsi apud Jo. et Fraac. Frellooios fratres. 1543.

d. 1543. Retratas 0 Tablas de las Historias del Testa- Hiento viejo, hechas y desbuxadas por un muy primo y sotil artifice. Lion de Francia. 1543. In-4^ In fine: Lugduni sub scuto Coloniensi apud Jo. et Franc. Frellonios fratres. 1543.' 94 gravures sur bois.

e. 1547. Icônes historiarum veteris Testamenti ad vivum expressse, extremaque diligentia emendatiores fact», Gallices in expositione homoeoteleutis, acversuum ordinibus (qui prius turbati acinipares) suo numéro restitntae. (La marque de Fi^llon.) Lvgdvni apud Joannem Frellonium. 1547. In-4°. 94 gravures sur bois.

f. 1549. Retratos o Tablas de las Historias del Testamento viejo, hechas y desbuxadas por un muy primo y sotil artifice. Lion di Francia. 1545. Iii-4^ 94 gravures sur bois.

g. 1549. The images of the old Testament lately expressed, set fortfae in Ynglish and Frenche vuith a playn and brief exposition. Printed at Lyons by Johan Frellon, the yere of our Lord (îod 1549. In-4°. 94 gravures sur bois.

A la fin de cette édition qui, ainsi que les autres, contient les quatre sujets de la „Danse des morts ^ et les 90 sujets de l'Ancien Testament, ces derniers en largeur, se trouvent encore sur Tavant-demière feuille, dans des ovales, les figures des quatre évangélisles, qui cependant ne sont point de Holbein, mais paraissent avoir été dessinées par un artiste italien.^

Reproductions dans les éditions de la Bible.

h, 1538. RIBLIA vtriusque Testamenti iuxta vulgatam translationem et eam quam haberi potuit emendatissimam additis verum prsecipuis in locis iconibus etc. (Marque des Trechsel.) Lugduni apud Hvgonem a porta. M.D.XXXVIII. ïn-fol. On y trouve le sujet de la chute du premier homme avec le serpent dressé, d'après la gravure de la création dans la Danse des morts, mais les pièces 2, 3, 4 du même ouvrage manquent, tandis qu'ils se trouvent dans les -différentes éditions des „Figures du vieux testament." In ghe (feuillet •569): Excvdebant Lvgdvni Melchior et Gaspar Trechsel fratres 1538. ^u revers se trouve encore la marque.

362 École du haut Rhin du XVP siècle.

i, 1544. BIBLIA sacrosancta Testamenti veteris et noui, iuxta vulgatam quam dicunt edilionem, a mendis quibus inBvmeris scatebat etc. Lugduni apud Hugooem et haeredis Aemones a Porta. 1544. In-foL In une: Lugduni excudebant Joannes et Franciscus Frellonii fratres.

La Danse des Morts.") 58 gravures sur bois. H. 2 p. 5 1. L. l p. 10 1.

On a souvent mis en question si Hans Hoibein a été Finventeur de cette célèbre Danse des Morts, quoique le témoignage de ses contemporains, Érasme de Rotterdam'^), Nicolas Borbonius ^Ô et Boniface Amerbach^^), la tradition constante depuis Tépoque de Cari van Mander ^°), et enfin les preuves intrinsèques de cet œuvre d'art concourent à prouver qu'elle est une des productions les plus extraordinaires du maître lui-même. Une autre controverse à ce sujet a été suscitée par C. F. de Rumohr ^^), savoir si Hoibein lui-même ou, comme il a été d'abord mis en avant par MecheF^), si Hans Ltltzelburger de Bâle a exécuté ces gravures sur bois. Cette dernière opinion est décidément confirmée non seulement par le monogramme de LUtzel-

72) Ce sujet porte aussi le nom de „Danse "Macabre", ainsi nommée du poète allemand Ëxemius Macabre qui, un des premiers, traita ce sujet bizarre en vers allemands que P. Desrey de Troyes traduisit en latin en 1460. — Voyez H. Ham< MANN „des Arts graphiques." Genève et Paris 1857, p. 149.

73) Dans la préface qu'écrivit Erasme en 1533 et qui se trouve dans la reproduction de la Danse des morts par Birkmann en 1555.

74) Dans ses Nugse, imprimées à Bâle en 1540, on trouve l'épigramme suivante :

De morte picta a Hanso pictore nobili. ^

Dum mortis Hansus pictor imaginem exprimit, Tanta Arte mortem retulit ut mors vivere Videatur ipsa; et ipse se immortalibus Parem Diis fecerit operis hujus gloria.

75) Dans le Catalogue rédigé par Basile Amerbach de la collection de son père Boniface où se trouvent les inscriptions des tiroirs V et VI que nous avons citées plus haut.

76) Het Schilder Boeck fol. 145. ... neffen den doon-dans, die van hem in druck uytcomt in boutez Print.

77) KuBstblatt 1823. No. 32 et dans „Hans Hoibein d. J. in seinem Verhàltniss zu dem deutschen Formschnittwesen." Leipsic 1836.

78) Journal de de Murr pour Thistoire de l'art, XVI, p. 10.

Hans Holbein le jeune. 363

burger sur le sujet de la Comtesse, mais par la ressemblance de la. taille de la Danse des morts avec celle de TAlphabet avec les mêmes sujets, dont un tirage à part sur une seule feuille porte le nom entier du graveur Hans Ltttzelburger, comme au^si par Tusage constant de cette éi^oque où le peintre avait la coutume 4e dessiner les sujets sur la planche de bois qui était ensuite taillée par des graveurs (formant alors une corporation fort étendue) avec plus ou moins d'adresse. L'opinion contraire de Rumohr qui, à part- les mérites de ses recherches dans le domaine de Fart, se plaisait souvent à émettre des conjectures hasardées en opposition aux idées communément reçues, repose sur des combinaisons trop artificieuses, les fondements en sont si incertains et les conclusions si erronées qu'il n'a pas été difficile à Peter Vischer^^) d'établir le contraire par une exposition simple et claire des faits et de prouver que nous devons à Hans Ltitzelburger une œuvre qui n'a pas été surpassée jusqu'ici, celle de la Danse des morts, ainsi que plusieurs autres travaux qui appartiennent à ce qui a été fait de mieux dans cet art.

Il nous reste à établir l'époque où Ltttzelburger a exécuté la Danse des morts. C. von Mechel, à l'endroit cité plus haut, croit pouvoir en fixer la date à 1530. Cette opinion parait confirmée par la circonstance que la reproduction des „Icones historiae veteris Testamenti" dans la bible de Zurich, imprimée par Froschauer en 1531, renferme celle des quatre premiers sujets de la Danse des morts ^) et que d'autres copies parurent déjà en 1535 à Anvers chez Jacob van Liesvelt. Ces premières épreuves des bois originaux qui parurent en 1 530, contiennent 40 sujets avec les indications au-dessus dans le dialecte de Bâle (Usztribung, Rychmann) des personnes entraînées par la giort. Les gravures sont les mêmes que celles des éditions de Lyon de 1538 avec 41 sujets, à l'exception de celle de l'Astrologue que l'on a ajouté dans cette ville. Elles sont imprimées de ce beau noir dont l'usage était alors limité à l'Allemagne, tirées avec soin et d'une fraîcheur particulière. Ces circonstances prouvent qu'elles ont été imprimées à Bâle, d'autant plus que les tirages de Lyon n'ont pas été exécutés avec le même soin et n'ont point cette belle teinte noire de ces épreuves premières. On ne saurait décider si la première impression eut lieu par

79) Kunstblatt No. 50, 54 et 1843, p. 63, ainsi que dans notre notice biographique. '

80) Voyez Massmann, Literatur der Todtentânze, p. 7 (note).

364 École du haut Rhin du XVP siècle.

les soins de Holbein quand en 1529 il retourna d'Angleterfe à Bâle pour quelque temps, ou par l'entremise de Ltltzelburger, auquel il aurait pu avoir vendu les dessins déjà faits sur les bois en 1526. Cette dernière opinion semble la plus probable, ^ Ton réfléchit que Holbein ne resta alors que quelques semaines à Bâle, que Ltttzelburger publia de la même manière, en le signant de son nom comme éditeur, TAlphabet avec la Danse des morts de Holbein ; enfin que les anciens propriétaires des bois, Melchior et Gaspar Trechsel de Lyon, ne connaissaient point l'inventeur de ces compositions, mais seulement le graveur dont ils annoncent la mort et déplorent la perte dans la préface de l'édition de 1538, en ajoutant qu'ils possédaient encore quelques dessins (sur des bois) pour la gravure desquels ils n'avaient point encore trouvé des graveurs qui puissent l'égaler dans son art. ^^) Cependant les frères

8t) Le passage y relatif est conçu comme suit: „Trè8 grandement vient à re-

greter la mort de celuy qui nous en a icy imaginé si élégantes figures qui me

faict penser que la mort craignant que cet excellent painctre ne la paignist tant vifve^ qu'elle ne fut plus crainte pour mort. Et que pour cela luy accéléra si 'fort ses jours, que ne peut pas achever plusieurs aultres figures jâ par lui trassées etc."

Gomme Holbein ne mourut qu'en 1554, ce passage ne peut s'appliquer qu'à Hans Lûtzelburgér, donné ici erronément pour l'inventeur de la Danse des morts. On ne doit pas prendre au pied de la lettre l'expression „cet excellent painctre, qui avait imaginé si excellentes figures^S i^&is dans le même sens que plusieurs doctes écrivains de cette époque l'ont eux-mêmes employée. Borbonius aussi s'est servi d'une expression analogue dans ses vers au commencement de l'édition de l'ancien testament déjà cité où, en parlant des gravures sur bois d'après les dessins de Holbein, il dit:

Nam tabula m si quis videt quam pinxerit Hans Holbinus etc. Nous trouvons les mêmes expressions appliquées dans le distique au-dessous du portrait d'Érasme, gravé par Lûtzelburgér d'après le dessin de Holbein: ' Gorporis effigiem si quis non vidit Erasmi Hune scite ad vivum picta tabella dabit. Ajoutons à cela que Grozat à Paris possédait 46 dessins à la plume de la Danse des morts de Holbein et que Mariette dans son Catalogue donne comme ceux d'après lesquels on aurait gravé les bois. Ges dessins avaient d'abord appartenu au peintre hollandais Jean Boerckhorst, surnommé Langljen Jan. De la Gollection Grozat, ils passèrent dans celle du conseiller intime Fleischmann de Strasbourg, et le prince Galitzin, ambassadeur à Vienne, les acheta plus tard dans cette ville. G. V. Mechel en avait fait 'en 1780, avant -qu'ils passassent en Russie, une copie gravée au burin, mais tellement dans le goût maniéré de son siècle qu'ils nous paraissent une mauvaise imitation du XVIIP siècle. Du reste, il faut remarquer à ce sujet que Sa ndrart mentionne dans son Academia avoir appris de Rubens luimême que le grand peintre, dans sa jeunesse, avait trouvé ces gravures sur bois tellement de son goût qu'il en avait fait une copie à la plume. C'est peui^tre la

Hans Holbeia le jeune. 365

Frellon,* qui succédèrent aux Trechsel, trouvèrent un artiste qui put exécuter les douze pièces qui restaient. Celui-ci se montre assez adroit, mais sa taille est plus raide et surtout plus sèche que celle de Ltitzelburger, dont l'exécution est plus nourrie et montre une certaine profondeur dans les ombres; son imitateur, au contraire, est uniforme dans la taille qui est sèche et d'un ton égal dans le travail Même la pièce de l'Astrologue qui parut dans la première édition de Lyon de 1538, montre la même sécheresse dans l'exécution.

Danse des morts.

Première impression de Bâle en 1530. Chaque pièce a une double bordure linéaire. H. 2 p. 4—5 1. L. 1 p. 9 — 10 1.

On en trouve trois diverses éditions, toutes de 40 sujets imprimés d'un seul c6té de la feuille.

a. Les quarante sujets se trouvent imprimés dix à dix (sur quatre feuilles), ayant au-dessus de chacun une inscription en allemand imprimée avec des caractères mobiles et en caractères italiques, dans l'ordre suivant :

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