GRAVURES ITALIENNES
L'Ecole romaine de Marc Antoine.
■are Antoine Rainioncli de Bologne.
(Bartsch XIV.)
Quelque peu satisfaisantes que soient les notices données par Bartsch sur la vie de cet artiste célèbre, les nouvelles recherches faites à ce sujet n'ont point eu pour résultat de compléter ces notices d'une façon essentielle. Nous ne connaissons point encore les dates de sa naissance et de sa mort et nous ne pouvons avoir de données approximatives sur ce point qu'en les déduisant des différentes pièces de son oeuvre marquées d une date. Parmi les premières en ce genre nous citerons la gravure de P y rame et Thisbé, qui porte le millésime de 1505.*) Ces premiers travaux révèlent encore le nielliste
1) Dans le poème du Viridario de Giovanni Philotheo Achillini, terminé en 1504, mais publié seulement en 1513 à Bologne par Girolamo de Plato» on trouve le passage suivant:
Gonsacro anchor Marcantonio Raimondo Ghe imita degli antiqni le sanle orme, Gol disegno, e bollin molto è profondo Gome se veden sue vaghe e riche forme Hamme retratto in rame como io scrivo Gh'en dubic di noi pende quale è vivo.
On devrait donc en conclure que déjà en 1504 Marc Antoine était un gra-
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formé à Fécolc du Francia, encore raide et faible dans le dessin et peu exercé dans la conduite de la taille, ce sont indubitablement des travaux de sa première jeunesse et nous ne croyons pas nous éloigner beaucoup de la vérité en fixant la date de sa naissance vers 1488. Cette date coïnciderait du reste assez bien avec Tâge du portrait que Raphad peignit vers 1513 dans son tableau à fresque de THéliodore et où Marc Antoine est représenté sous les traits d'un jeune homme qui aurait à peine atteint les 30 ans.
On a souvent dit que les premières gravures de notre maître ont été exécutées d'après les dessins du Francia. En effet elles ont souvent la plus grande analogie avec le style de celui-ci, et Tinvention, dans certains cas, lui en doit être attribuée. Cependant, pour la majeure partie de ces travaux, nous inclinons vers Topinion de Zani, qui veut que Marc Antoine ait gravé principalement d'après ses propres compositions, et cette opinion se trouverait confirmée par l'assertion de Vasari qui, en parlant de Marc Antoine, dit expressément qu'il se distingua entre tous les élèves de son maître par un talent d'invention (ingegno) et que c'est à l'amitié et à la préférence que lui montra le Francia qu'il doit son surnom de' Franc i.
Nous verrions une autre preuve en faveur de notre opinion dans le fait qu'au nombre des premiers travaux de notre artiste, assez enclin, comme on le sait, au libertinage, se trouve la pièce assez libre du Satyre découvrant une Nymphe, datée du 11 Mars 1506, où il est peu probable que le Francia, très-chaste et très-sevère dans ses compositions, ait fourni un tel sujet k son élève dans le* but de le faire reproduire par la gravure.
Quant aux circonstances qui ont pu influer sur la manière de Marc Antoine, on doit remarquer que dans la gravure de l'Orphée (B. No. 314) qui appartient encore à ses premiers travaux, la conduite régulière des hachures dans la figure principale est bien dans le genre du Francia, tandis que la manière dont le chien est traité est tout à fait dans le faire d'Albert Durer et révèle, chez le graveur, une connaissance des travaux du maître allemand, connaissance prouvée, du reste, par les deux copies qu'il exécuta, d'après les bois de Durer,
vcur distingué, puisqu'il avait gravé à celle époque un excellent portrait du poète; mais comme dans ses gravures avec la date de 1506 il se montre encore fort inexpérimenté, on doit croire que le portrait d'Achillini décrit par Bartsch sous le No. 469, (Il Philotheo) et qui est d'un excellent travail, a dû être exécuté vers 1509.
Marc Âiitoine Raimondi. 5
de la vie de la Vierge, rAnnonciation et TAdoration des Mages, pièces qui portent toutes deux la date de 1506. Nous devons en conclure que non-seulement Marc Antoine avait, de trèsbonne heure, vu des gravures d'Albert Durer, mais qu'il avait pu faire également la connaissance personelle de celui-ci à Toccasion de son passage à Bologne dans le mois d'Octobre 1506, comme on le voit par une lettre adressée à Bilibald Pirkheimer de Nuremberg et dans laquelle Durer lui annonce de Venise qu'il a l'intention de faire une excursion jusqu'à Bologne. Au nombre des gravures que Marc Antoine a dû exécuter, vers ce temps,- d'après le maître allemand, nous mentionnerons encore la Vierge au papillon, la Dame à cheval, les Offres d'amour et le Seigneur et la dame à la promenade.
Mais l'influence exercée par le maître allemand sur la manière du graveur italien dut être encore plus grande après le voyage que celui-ci fit, en 1508, dans la haute Italie et à Venise où, selon Vasari, il acheta et copia tout ce qu'il put y voir des gravures d'Albert Durer. Parmi ces gravures se devait trouver ^la suite des bois que Durer avait publiés jusqu'alors de la vie de la Vierge et dont Marc Antoine ne copia que les premiers 17, puisque les trois autres ne parurent qu'en 1510. Ces copies portent^ comme on le sait, le monogramme de Durer et le No. 17 celui du maître italien. Cette circonstance semble prouver l'assertion de Vasari quand il nous dit que le maître de Nuremberg se plaignit au Sénat de Venise de cette contrefaçon sans obtenir cependant d'autre satisfaction que celle de faire interdire à Marc Antoine l'usage, sur ses copies, du monogramme dont se trouvaient revêtus les originaux.
Nous devons au séjour que Marc Antoine fit dans la haute Italie quelques-unes des gravures qu'il fit alors d'après des compositions du Mantègne et du Giorgione. Au premier de ces maîtres appartient le dessin de l'estampe de Mars et Vénus, avec la date du 16 Décembre 1508, au second le sujet de fantaisie des Deux jeunes femmes nues couchées sur le bord d'une rivière et que Bartsch (No. 359) décrit sous le titre de Songe de Raphaël.
Notre artiste se montre déjà un maître consommé dans son art dans la gravure des Grimpeurs, d'après un groupe du célèbre carton de Michel -Ange, et qui porte la date de 1510. On pourrait en conclure qu'il aurait lui-même dessiné ce groupe à Florence, immédiatement avant son départ pour Rome, où il se rendit vers cette époque,
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comme le prouverait Tesquisse que Raphaël Gt alors du Massacre des Innocents sur la même feuille*) où il avait fait une étude du Jugement de Salomon qu'il peignit à fresque dans la Salle délia Segnatura vers 1510» Vasari cite également le Massacre des Innocents comme une des premières gravures de Marc Antoine d'après les dessins de Raphaël.
Il ne peut exister le moindre doute que la part ainsi prise par le grand maître d'Urbiu aux travaux du graveur bolonais, n'ait contribué pour beaucoup au degré d'excellence que celui-ci atteignit dans son art, mais on n'aurait pas droit d'en conclure, comme on a cherché à le faire, que Raphaël lui-même a souvent tracé sur la planche de cuivre le trait de ses propres compositions. Nous ne pouvons davantage admettre qu'il se fût occupé de corriger les premières impressions d'épreuve, comme on a voulu le déduire d'une pièce de ce genre, la Galathée de Marc Antoine qui, fortement retouchée à la plume, se conserve à la bibliothèque de Vienne. Le remplissage au moyen de points et le travail pour donner plus de modèle anx formes, ne correspondent en aucune façon à la manière de dessiner de Rajihaël. Nous avons même lieu de croire que ces retouches sont de Marc Antoine lui-même, puisque cette gravure n'est pas du nombre de celles qu'il a complètement terminées.
Le talent hors ligne et la perfection de Marc Antoine comme dessinateur, ressortent dans toute leur force quand il grave d'après des simples esquisses de Raphaël que celui-ci n'avait point préparées pour la gravure, puisque certaines parties seulement sont terminées, tandis que les autres ne sont que légèrement indiquées. Le graveur devait donc s'être complétenient pénétré de la manière du maître pour nous avoir laissé, d'après ces esquisses, des travaux aussi parfaits que ceux que nous admirons dans ses estampes. Après la mort de Raphaël Marc Antoine a gravé principalement d'après les dessins de Jules Romain, et il s'ensuit naturellement qu'il n'a pu produire des oeuvres de la même excellence que durant la vie du maître d'Urbin. On observe également qu'il laissa depuis une plus grande liberté à son burin, liberté qui, dans quelques-unes de ses petites pièces, dégénéra quelquefois en maniérisme; il fut conduit à cette période de décadence surtout par le désir d'un gain plus rapide, quand il retourna pauvre à Bologne où il exécuta ses derniers travaux. Cependant il n'en fut pas toujours
1) Celte pièce intéressante se tronve dans la Collection Albertine à Vienne.
Marc Anloine Raimondi. 7
ainsi et Marc Anloine donna encore des preuves de son talent dans le Martyre de Saint Laurent d'après Baccio Bandinelli, gravure quil exécuta durant la dernière époque de son séjour à Rome.
Notre artiste, au milieu et à la fin de sa carrière, a fait souvent des gravures à Teau-forte qu'il avait coutume de terminer au burin; telles sont entre autres les pièces suivantes:
Le jeune homme au violon et le vieux pâtre. (Barisch No. 435.)
St. Roch. (B. 162.)
St. Sébastien. (B. 165.)
Jupiter, Mars, Diane. (B. 253 — 255.)
Le vieillard et Thomme à Tancre. (B. 367.)
L'homme frappé avec la queue du renard. (B. 372.)
Le jeune berger et le vieux. (B. 431.)
Le vieillard et le jeune homme gras. (B. 436.)
A ces pièces on pourrait ajouter beaucoup d'autres gravures du même genre, à propos desquelles nous nous contenterons d'observer que celle de la Femme du Satyre auprès de la Statue de Priape (B. 284) comme celle de la Femme aux deux éponges (B. 373) sont toutes deux traitées dans le genre des eaux-fortes allemandes et que même la prétendue copie B de la Femme en médidation (B. 445) est décidément une eau-forte de Barthelemi Beham, duquel Marc Antoine aurait pu apprendre l'art de la gravure à l'eauforte.
Aucun des nielles que Marc Antoine aurait pu avoir exécutés à l'école du Francia, ne paraît être parvenu jusqu'à nous. En revanche, nous possédons quelques épreuves de ce genre de travail durant son séjour à Rome, ce sont entre autres:
1. La Vierge, la Madeleine et Ste. Marie Egyptienne, trois figures sur une même planche, séparées par des pilastres.