‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 102 sur 328 · CINQUIÈME CHEF D'ACCUSATION · texte numérisé non relu

CINQUIÈME CHEF D'ACCUSATION

D'avoir fait chasser des bureaux de l'instruction Publique un père de famille lonnéte et respectable, en disant qu'il ne soufrirait Pas en place un mauvais cüloyen qui élait l'ennemi de Robespierre et des siens ; d'avoir dit à ce cloyen mille horreurs et d'avoir Emprmé la terreur dans son ne.

« Cest toujours du citoyen Chemelat, dont il s’agit (voyez sa déclaration n° 13), et l’on lemarquera sans doute que c’est le grief dont il se plaint qui a produit les quatre chefs d'accusation qui précèdent.

» Mais je demanderai aux Commissaires de la section du Muséum, depuis quand done est-il permis de faire un crime à un représentant du peuple de son Opinion sur le compte des individus soumis à sa surveillance immédiate ? Quoi, parce qu’ils disent que le citoyen Chemelat est un père de famille honnéte et respettable, je. serai coupable d’en avoir conçu une opinion différente, et je n'aurai pas eu le droit de le faire remarquer à mes collègues Comme un homme incapable des fonctions qui lui avaient été confiées !

» Je nai jamais connu le citoyen Chemelat sous les lapports d’un homme honnête et

respectable, et pour prouver qu'il n'est ni l’un ni l'autre, je n'ai besoin que de lui opposer sa déclaration calomnieuse et pleine de fiel qu'il à osé faire contre moi. > Un homme honnête respecte la vérité, et s’il a des faits à déclarer contre un de ses

ion et sans haine, se bornant à produire les preuves des délits

concitoyens, il parle sans pi qu’il est forcé de révéler.

» Est-ce là la conduite de Chemelat?

» Où sont les preuves des atrocités qui me sont imputées par ce père de famille respectable? Non seulement il n’en produit aucune, mais afin de pouvoir me calomnier

sans danger, il ne cite que des oui-di il déclare qu'il ne garantit pas la vérité de

ce qu'il avance, certain que la calomnie n’en aura pas moins SON effet, et se confiant,

à cet égard, au génie industrieux des commissaires dans le sein desquels il dépose toutes les ordures qu'il a pu recueillir dans la lie des passions que la révolution a soulevée contre moi.

» Mais malheureusement une calomnie excessive est presque toujours une calomnie absurde, et Chemelat en fournit un exemple frappant.

» Je le demande, à qui persuadera-t-il, ce père de famille honnèle et respectable, que our Je faire exclure du bureau de l'instruction publique, j'aie eu besoin d'alléguer pour motif qu'il n'aimait pas Robespierre ni les siens? Suivant lui, tous mes collègues du Comité de l'instruction publique étaient donc des amis de Robespierre, puisque tel est le motif qui es a déterminés à prononcer contre Chemelat, et lui seul avait le courage de manifester sa saine contre un homme que l'opinion publique environnait à cette époque de tout ce qu'elle a de plus vénérable et de plus imposant !

» Non, un tel courage n'est jamais entré dans l'âme d'un vil calomniateur, qui, joignant la bassesse à la méchanceté, n'ose mème pas accuser en face, et qui, dans sa lâche ureur, craignant de se comprometire, {end à une main plus hardie le poignard qu'il forgea ssassiner.

» Eh! qu'avais-je besoin d'alléguer des motifs aussi ridicules pour faire exclure le

citoyen Chemelat des bureaux où il s'était introduit?

» Ce que j'ai fait, je le ferais aujourd’hui, car les mêmes raisons subsistent pour moi. I fallait, dans la place occupée par ce citoyen, un homme instruit, et c'est un ignorant ; un homme de mœurs sévères, et il est connu par son intempérance; un homme ayant le talent de la rédaction et de la clarté du style, et ses productions ne sont qu'un bavardage incohérent, diffus et presque insoutenable (lisez sa déclaration entière et jugez).

» Comment aurais-je donc eu besoin de cette allégation niaise de ne point aimer Robespierre ni les siens?

» Je ne répondrai point au reproche qu’il me fait, d’avoir imprimé la terreur dans son âme et de lui avoir dit mille horreurs; ceux qui pourront supporter le dégoût de lire sa déclaration en entier, s’apercevront aisément que ce sont là des fleurs de la rhétorique de cet instituteur, qui ne le cèdent en rien à la description touchante qu'il fait (par goût pour les antithèses) de ses repas de ponumes de terre, comparés aux mels délicieux dont je me savourais chez le Suisse du Louvre. Mais malheureusement des antithèses et des fleurs de

rhétorique ne tiennent lieu ni de faits ni de raisons, sans cela un écrivain de la force de Chemelat serait le plus redoutable des adversaires. »

Page 1