‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 103 sur 328 · SIXIÈME CHEF D’ACCUSATION · texte numérisé non relu

SIXIÈME CHEF D’ACCUSATION

D'avoir fabriqué une liste de proscription contenant les noms des différents artistes du Louvre, qu'il a fait déposer au Comité révolutionnaire de la section du Muséum pour qu'il sévit contre ceux qui élaïent désignés, et d'avoir dit que le Comité ne mellait pas assez de zèle, et qu'il fallait agir avec plus de sévérité.

« Cette calomnie n’est pas moins absurde que celles dont on vient de lire la réfutation. et j'espère le prouver en peu de mots :

» 1° Je n'ai jamais fait aucune liste de proscription, ni d'aucune espèce, et jamais l’on ne pourra produire contre moi aucune pièce d’où l’on puisse induire que j'aie eu la moindre part aux persécutions que quelques artistes ont éprouvées.

» 2 Vilmorin, Richarme et Hubert, qui parlent de listes déposées au Comité révolutionnaire de la section du Muséum (voyez leurs déclarations sous les n% 7, 12 et 14), ne les qualifient point de listes de proscription.

» 3° Aucun d'eux ne m'accuse directement; ils diffèrent entre eux sur les faits, etles commissaires ont dénaturé leurs déclarations en m'imputant, d’après eux, d’avoir fabriqué une liste de proscription.

» 4° Cette liste n’existe réellement pas, et n’a point été produite.

» 5° Et enfin il est avoué et reconnu que celle dont ont voulu parler les déclarants n'a jamais été signée par moi, et qu’elle n’a eu aucune suite.

» Maintenant je vais expliquer avec simplicité le fait qui à donné lieu à cette imputation, qui a produit tant d'autres calomnies.

» Au mois de septembre 1793, Vilmorin, membre du Comité révolutionnaire de la section du Muséum, vint me demander le nom des artistes qui habitaient le Louvre. Il était chargé par le Comité de prendre des informations sur leur conduite, et il n’était point encore question à cette époque des mesures rigoureuses qui ont produit tant d’arrestations, et qui n’ont eu lieu que huit mois après. La loi du 17 septembre, qui venait d’être rendue, n'avait point encore dégénéré en interprétation tyrannique et arbitraire, et les Comités révolutionnaires bornaient, hors les cas exprimés dans la loi, leurs fonctions à une simple surveillance.

» Je donne donc à Vilmorin les noms des artistes domiciliés dans le Louvre où j'habite moi-même ; et sur la prière qu’il me fit, d'écrire quelques-uns de ces noms qu’il ne savait point orthographier, je le fis, au crayon, sur un carré de papier qu’il tenait à la main, et qu’il me présenta.

» Depuis, je n’en ai point parlé ni entendu parler, et je suis bien certain qu'aucun de ceux dont j'ai indiqué les noms, n'a été arrêté ni inquiété; d’ailleurs ce fait est constant par les déclarations que les commissaires ont produites à l'appui de leurs accusations.

» Voilà done l’exacte vérité, à quoi se réduit le fait si simple sur lequel on s’est appuyé pour me créer le caractère atroce des Marius et des Sylla.

» Voilà sur quel fondement on a élevé cet échafaudage de projets sanguinaires, cette haine de mes rivaux, ces désirs de vengeance et toute cette série d'imputations révoltantes qui exercent un empire absolu sur les esprits crédules, et par lesquelles, dans un temps de révolution où tant de passions funestes ont presque déshonoré la nature humaine, on est stible.

serais presque dire le mécanisme,

sûr de saisir l'imagination du peuple avec une force presque irrés presq

» C'est là, on n’en saurait douter, le secret, et j' de la persécution dirigée contre moi.

» Qu'ils ont bien connu la nature de l'esprit humain ceux qui, pour m'accuser et me flétrir dans l'opinion publique, ont choisi un temps et des circonstances où la prévention est pour ainsi dire à l’ordre du jour; où le peuple, violemment ému par le souvenir d’un pressant danger, saisit avec avidité les moindres rapprochements propres à le mettre sur la trace de ses ennemis; où, l'âme ouverte à toutes les impressions de la vengeance, livré à

toutes les impulsions du re

ntiment, il embrasse avec ardeur jusqu'aux plus fausses apparences ; un temps, enfin, où l'erreur, usurpant l'empire de la vérité, offre aux passions déchainées l’affreux plaisir de sacrifier l'innocence, vainement re tranchée dans sa conscience et réclamant pour tout appui la justice et les lois!

» Oui, la persécution que j'éprouve, malgré les précautions que j'ai prises pour l'éviter, me démontre que ce calcul odieux est entré dans les combinaisons de la haine qui me poursuit, et l’art perfide avec lequel on a su tourner en accusation des propos vagues, insignifiants ou contradictoires, décèle de toutes parts cette barbare intention. Je le demande à tout homme impartial : si l'on n’eût pas compté sur les funestes effets de la prévention et sur les moyens mis en usage pour l'entretenir, au ait-on osé m'accuser d’avoir voulu faire périr mes rivaux par des listes de proscription remises au Comité révolutionnaire ?

» J'étais membre du Comité de sûreté générale; je jouissais de quelque popularité, el l'on sait que ce Comité n’accueillait que trop facilement les dénonciations qui lui étaient faites, et que l'effet en était sûr, lorsqu'elles étaient présentées par un de ses membres.

» Si j'avais eu l'âme atroce qu'on me suppose, au rais-je eu besoin d'un Comité révolu-

tionnaire pour faire arrêter les hommes qu’on m’accuse d'avoir persécutés; ne l’aurais-je P J

pas fait plus sûrement, avec moins d'éclat et de danger par la voie du Comité de sûreté

générale? Et comment concevoir que, lorsque je pouvais me couvrir de l'autorité de ce Comité, dont les opérations étaient d'ailleurs secrètes, j'aie préféré de mettre dans ma

confidence tout un Comité révolutionnaire qui, pourtant, suivant les déclarations citées,

s'est refusé à l'exécution de mon vœu, sous prétexte que je n'ai point signé la liste qu'on m'impute.

» D'ailleurs, où sont les hommes que j'ai fait arrêter ?

» On dit que ce sont mes rivaux. Pourquoi donc ne les nomme-t-on pas? Pourquoi ne se présentent-ils pas eux-mêmes pour m'accuser ?

» Quoi! j'ai été un tyran, un oppresseur, un perséculeur, el l'on n’entend pas une seule

des nombreuses victimes de mon injustice; on n'ose pas citer un seul nom! On sait qu'il

me serait {rop facile de prouver l'imposture ! Et cependant on me prodigue les qualifications les plus outrageantes, les imputations les plus odieuses et les plus exagérées,

» Non, les artistes mes rivaux, ceux dont les talents ont excité mon émulation et que j'ai suivis de près dans la noble carrière des arts, ne m’accuseront pas de les avoir persécutés, d'avoir menacé leur liberté, leur sûreté, leur vie. Ils ont eu à se plaindre de mes opinions; elles diffèrent des leurs, je ne le dissimule pas, et, dans mes vues sur les réformes dont m'a paru susceptible l'institution des beaux-arts, j'ai pu froisser leurs intérêts et contrarier leurs idées sur la même matière.

» Mais je ne me suis jamais dégradé par le rôle infime de persécuteur. Tout ce qu'on m'impute à cet égard est mensonge, fausselé, calomnie, et je suis trop heureux qu'aucun de ces artistes distingués par leurs {alents n'ait été arrêté sous le régime révolutionnaire : car on n'eût pas manqué de me faire un crime de plus du malheur qu'il aurait essuyé.

» Ainsi, pour me résumer sur ce sixième chef d'accusation, je répète que les listes de proscription qu'on m'accuse d’avoir fabriquées n’ont Jamais existé ; qu'il est avoué que je n'ai jamais signé aucune note, écrit aucun billet ayant pour objet de provoquer la sévérité du Comité révolutionnaire de la section du Muséum sur des citoyens de cette section ; qu'aucun de ceux qu’on suppose avoir été portés sur la liste dont on parle, n’a été ni arrêté, ni inquiété ; et qu’enfin, ni dans cette occasion, ni dans aucune autre, je n’ai ni dénoncé, ni accusé, ni fait arrêter personne, el qu’effectivement personne ne m'accuse d’un fait de cette nature, »

SEPTIÈME CHEF D’ACC USATION

D'avoir dit que tous les artistes et les académiciens seraient MS en état d'arrestation et ensuile égorgés, et qu'un Jour, qui n'était Pas éloigné, ferait oublier le 2 septembre : qu'un bon canon, chargé à Mitraille, tiré sur les arlistes, ferait beaucoup de bien à la République, et que le jour où l'on devait tenter ta Contre-révolution, qu'il avait l'air d'annoncer avec Confiance, on égorgerait les nobles el les prêtres, tous les Marchands et

tous les artistes, et qu'alors on serait libre.

€ Il s’agit d’une conversation que Marie-Cécile-Ange Houdon dit avoir eue avec moi dans mon domicile où elle était venue me solliciter en faveur de son beau-frère injustement incarcéré (voyez sa déclaration n° 8). Or, pour la convaincre de mensonge, je n’ai besoin que de faire remarquer le sens des Propos qu’elle m’impute.

» C’est le 18 novembre 1798 que cette citoyenne est venue chez moi, et voici ce qu’elle suppose que je lui ai dit, pour me dispenser d'agir en faveur de son beau-frère :

» 1° Que je complais sur la contre-révolution et que je l’attendais comme le Messie.

» Mais la contre-révolution, ce me semble, est le renversement du gouvernement établi ; d’où il suit que d’après le récit de la citoyenne Houdon, j'ai déclaré que j'attendais comme la venue du Messie la destruction d’un Souvernement dont, à cette époque, j'étais membre.

» 2° Que tous les artistes et académiciens seraient mis en prison et égorgés.

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» Il s'est écoulé plus de deux ans et demi depuis l'époque de cette prophétie, et heureu-

sement elle ne s’est pas vérifiée. Il n’y a eu qu'un petit nombre d'artistes incarcérés, et, plus heureusement encore, aucun n'a été égorgé. Si, dans la cruelle époque que nous avons parcourue, quelques-uns d'eux eussent éprouvé un sort aussi funeste, Cécile-Ange Houdon m'aurait donc accusé d’avoir causé leur mort.

» 3° Qu'un bon canon chargé à mit aille, tiré sur tous les artistes, ferait beaucoup de bien à la République.

» Mais, puisque je venais d'annoncer qu'ils seraient tous égorgés, c’est évidemment un double emploi que fait ici la citoyenne Ange Houdon, et l'on pourrait raisonnablement en conclure que ce canon n'a été placé là que pour l'effet, ce qui prouve que la citoyenne Houdon aime le bruit.

» 4° Qu'il y aurait un massacre tellement général, qu’il ferait oublier le 2 septembre.

» L'absurdité révoltante de cette supposition se développe ici dans toute sa noirceur, par le seul rapprochement de la date où l'on prétend que la conversation à eu lieu.

» A qui persuadera-t-on qu'à une époque où le gouvernement populaire était tellement puissant, qu'on a pu abuser en son nom des formes de la justice, pour faire périr une multitude de victimes innocentes, j'ai pu annoncer des ma

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acres et des vengeances que la

fureur la plus aveugle eût alors jugés sans motifs et sans objet?

8 Jus ] » Et c'est une femme qui, pour se prèlter aux vues perfides de mes ennemis, à pu se porter à cet atroce mensonge ?

» Oui! celui qui aurait tenu les discours qu’on vient de lire serait assurément très

coupable; mais c'est être mille fois plus coupable encore que de l’en accuser faussement, car à la noirceur de la pensée se joint la barbarie de l'intention, et ce n’est pas par de pareils

traits que l'on croirait pouvoir reconnaitre une femme. »

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