SEIZIÈME CHEF D’ACCUSATION
D'avoir persécuté un artiste qui avait trailé un sujet qui lui a mérité un pri d'encouragement par le jury des Arts, et de lui avoir dit qu'il serait guillotiné pour cel ouvrage.
(Voyez la déclaration du citoyen Lethiere, n° 11.)
« Dans sa déclaration, le citoyen Lethiere ne dit pas un mot de la persécution que les commissaires m'imputent d'avoir exercée contre lui, et effectivement un pareil reproche ne pourrait être fondé que sur des faits matériels, et il n’en existe point.
» L’altercation qui eut lieu entre le citoyen Lethiere et moi ne fut autre chose qu’une discussion sur l’inconvenance du sujet qu’il avait choisi pour présenter au concours qui fut ouvertaux beaux-arts, à l’époque de l'acceptation de la Constitution. Ce fut une conversation purement polémique dans laquelle je soutins mon Opinion et où il défendit la sienne, et qui n'a été suivie d'aucune marque de ressentiment de ma part, ni d'aucune plainte dela sienne, si ce n’est dans ces derniers temps où il paraît s'être rallié à mes ennemis les plus déclarés.
» Je dirai plus, c’est que les observations que je lui fis alors, et qu'il a depuis si étrangement défigurées, furent fondées sur son intérêt et n'exprimaient que la crainte qu'il se fût compromis par l'imprudence de son choix.
» La composition de cet artiste mettait en scène Hérault de Séchelles, dans un temps très voisin de l’époque où ce député fut condamné comme conspirateur, et où sa mémoire, flétrie par le jugement qui l'avait condamné à mort, était en horreur aux patriotes. La manifestation d’une opinion contraire aux principes et aux vues du gouvernement était a cette époque un crime qui pouvait conduire à l'échafaud, et tous les jours quelques victimes
en faisaient la funeste expérience.
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» Or. le citoyen Lethiere, en faisant son héros d'un homme devenu odieux aux dictateurs de l'opinion publique, pouvait paraitre fronder cette opinion et se trouver, par ce fait seul, signalé comme un des ennemis du gouvernement et par conséquent exposé aux plus grands dangers. Les exemples terribles que nous avions chaque jour sous les yeux ne justifiaient que trop la possibilité de ce résultat, et puisque le plus faux prétexte fournissait alors le sujet d’une accusation capitale, on pouvait raisonnablement craindre qu'un ouvrage soumis au public ne prétât à la malveillance des armes qu’elle employait rarement sans succès.
» J'ai done pu, sans crime, mettre Sous les yeux du citoyen Lethiere Les dangers auxquels, dans mon opinion, il s'était exposé par le choix de son sujet, et j'avoue que je devais d'autant moins m'attendre à l'interprétation calomnieuse qu'il a donnée à une conversation dont on voit que son intérêt était le principal objet, que j'avais voulu lui donner en cela des preuves d'estime et d’attachement dont il avait déjà reçu plusieurs témoignages par l'intérêt que j'ai toujours pris à ses progrès dans les arts.
» Mais qu’on interprète, si l'on veut, cette simple conversation dans le sens le plus défavorable, qu'en résultera-t-il?
» Que j'ai dit au citoyen Lethiere qu'il avait eu tort de cho s'exposait à être traduit au Tribunal révolutionnaire ; qu'il me répondit (voyez sa déclae sortir de chez moi, et de ne plus venir
sir un pareil sujet; qu’il
ration) que je perdais la tête; et que je lui dis d
m'importuner.
» Mais dire à un homme de sortir de chez soi et de n’y plus revenir, est-ce le
persécuter ?
» Et comment les commissaires ont-ils pu se permettre de sophistiquer à ce point les
déclarations qu'ils ont extorquées contre moi ? » Le citoyen Lethiere ajoute à sa déclaration une circonstance indifférente en elle-
même, mais faite pour me surprendre el m'indigner; car elle contient un mensonge dont
le but est assurément le dessein de me nuire.
» Lorsque j'étais détenu dans la maison des Fermes, cetartiste, cédant à un mouvement généreux, vint my rendre visite et m'assurer qu'il prenait un vif intérêt à mon sort. Je émarche et je lui en témoignai une reconnaissance d'autant plus vive
fus sensible à sa d que d’après le fait dont je viens de rendre compte, je n’avais pas lieu de m'y attendre.
» Dédaigner un homme dans la prospérité, et se rapprocher de lui dans le malheur et le plaindre, sont des traits qui appartiennent aux âmes généreuses et
pour le consoler ans le caractère d’un homme dont j'estime
sensibles, et je m’applaudissais de les trouver d le talent et dont j'aimais la personne. Mais il semble qu'aujourd'hui, rougissant d’une bonne
action, il ait pris à tâche d'effacer jusqu’à la moindre trace des impressions honorables
qu’elle avait laissées dans mon esprit.
» ILose dire qu’il ne vint me voir dans ma prison, que parce que je l'envoyais prier de s'y rendre, et qu'il ne crut pas devoir le refuser au malheur qui pesait sur ma tête; mais que depuis, il a évité soigneusement de me voir, et qu'il n'existe aucune relation
entre lui et moi.
» C'est un mensonge odieux et bas, citoyen Lethiere, et je vous défie de prouver le fait que vous avancez.
» Sije vousai prié de vous rendre dans ma prison, montrez donc le billet que j'ai dû vous écrire, ou nommez l'intermédiaire par qui je vous ai fait faire cette invitation. Dites surtout quel intérêt si pressant me faisait désirer de vous voir ? Quelles confidences j'avais à vous faire? Quelles grâces à vous demander? Quel but enfin je me proposais par cutte invitation?
» Maintenant que le citoyen Lethiere s’est rangé du côté de mes ennemis, je m'attends bien qu’il ne répondra point à ces différentes questions. Mais son cœur, dont j'ai lieu de présumer que les premiers mouvements sont droits, lui fera un éternel reproche d’avoir trahi sa conscience pour servir les plus viles passions, et sans doute il lui a déjà dit que c’est une grande lâcheté de se réunir aux oppresseurs contre l'opprimé, et de rechercher
Vignoble plaisir de donner le coup de pied de l'âne. »