EXPOSITION DES SABINES
On trouvait une exécution plus simple et plus solide ; leurs pieds délicats ne sont plus d'un travail maigre et recherché; une touche à suffi pour les indiquer. Leurs cheveux se massent sous une brosse plus hardie.
Enfin, on voyait que l'artiste avait cherché à donner à sa peinture un aspect argenté, Il avait, en effet, pour se maintenir dans une tonalité claire, fait copier par Delafontaine le portrait de Rockox, de Rubens, et le conservait auprès de lui en travaillant.
Les journaux s’occupèrent de cette œuvre et publièrent de nombreux articles. Les critiques en étaient légères. On disait généralement que la composition manquait de mouvement et la représentation de vérité : que dans un combat les attitudes devaient ètre plus violentes et le désordre plus apparent; mais on admirait l'élévation de la pensée, la grandeur du style, la science du dessin et le soin de l'exécution qu’on retrouvait même dans les détails.
Des observations plus amères sortaient du groupe des artistes ennemis de l’auteur, des anciens académiciens, qui lui contestaient surtout la création de sa composition. On verra ces critiques se formuler officiellement quand, huit années plus tard, les Swbines Concourront aux prix décennaux : en altendant, on riait de ces héros tout nus suivis de chevaux sans brides.
Quelqu'un cépendant avait fait à David une remarque qui l’affecta péniblement : Bonaparte était venu voir le tableau avant qu'il fût terminé et en avait blimé l'ordonnance, n’y reconnaissant pas un combat : « Je n’ai Jamais vu, dit-il à l'artiste, nos soldats se battre comme les vôtres, voilà comment on se bat. » En parlant ainsi, il faisait le simulacre d’une charge à la bayonnette.
David lui répondit qu’il n'avait pas voulu peindre des soldats français, mais des héros de l’antiquité.
« Mais vos guerriers, continua le général, manquent de chaleur, de mouvement, d’enthous
Z cela, et tout le monde sera de
asme; aussi, mon cher David, croyez-moi, chang mon avis. »
« Ces généraux n’entendent rien à la peinture », s'écria David quand le premier Consul se fut retiré.
Mais ce mouvement d'humeur pa
$, il voulut se rendre compte de la valeur de cette observation, et la rapporta à quelques-uns de ses amis et de ses élèves, dont il estimait le Jugement, et tous lui donnèrent raison. Malgré cet avis favorable, David fut fortement et longtemps ému de cette critique un peu brusque.
Cependant une admiration exagérée l’indisposait plus qu'un reproche immérité. Ainsi, il reçut un jour la visite d’un amateur qui, devant sa nouvelle œuvre, lui prodigua les éloges les plus chaleureux. Bien qu'habitué à entendre des compliments de toutes les personnes qu'il admettait dans son atelier, ceux-ci étaient tellement outrés, qu'il en était embarrassé et confus. Mais quand son admirateur l'assura qu'il avait Surpassé Raphaël, il ne put contenir son mécontentement, et traçant d'un crayon rapide la figure de la femme qui montre le possédé dans la Transfiquration de Raphaël, « Monsieur, dit-il, l’homme
qui a créé cela est op grand pour qu'on puisse lui comparer personne ».
L'exposition des Subires oblenait un succès considérable. Tous les étrangers, pour qui la France, si longtemps fermée, venait de se rouvrir, tous les Français qui s'intéressaient aux arts venaient voir cette nouvelle création de David, dont la réputation se répandit alors dans toute l’Europe. Car Meyer, Kotzebue, Bruun Neergaard consacrèrent plus d'une page dans leurs ouvrages sur l’état de la France, à exalter son talent.
« Rien ne manqua à son triomphe, pas même la défaite d'un rival », dit Delafontaine. En effet Regnault, son collègue à l'Institut avait, à son exemple, organisé dans son atelier, au Louvre, une exposition payante de ses tableaux, Hercule délivrant Alceste, la Mort de Cléopâtre et les Trois Grâces. Où y entrait par le guichet, du côté de la rivière. Bien qu'il multipliât les annonces et suivit tous les errements de son confrère pour les heures et la durée de son exposition, il ne parvint pas à partager les faveurs de la foule.
Il faut, pour réussir à trouver dans le concours spontané du public une rémunération honorable de son travail, s'être créé par ses précédents ouvrages un nom populaire. Une société ordinairement insensible aux beautés des arts, s'inquiète peu des travaux d'un artiste, et pour que sa curiosité s’éveille, il faut que l'œuvre qu'on lui présente s'impose par les ZZoraces, le
la réputation de son‘auteur. Ainsi, quand David montrait les Sabines, dé Socrate, le Brutus, ses actes politiques, l'avaient rendu célèbre, tandis que Regnault, d'un talent estimable, était seulement connu des amateurs dont la sympathie ne suffit pas à faire le succès d’une exposition privée.
Cependant, à ce moment, un certain mouvement se remarquait dans le monde des arts. Les artistes qui n'avaient pas eu à se louer du régime révolutionnaire aspiraient à un état meilleur. Quelques-uns, se rendant compte que pour réussir dans une épreuve comme
celle de David, il fallait secouer l'indifférence du public, pensèrent qu'une collection
d'œuvres de plusieurs peintres de mérite, dont les noms venaient d’être proclamés dans les derniers concours, pourrait appeler l'attention, surtout si on l’attirait par l’appât d'une sorte de gain. Gérard, Girodet, Guérin et Serangeli s'associèrent avec le banquier Perrégaux,
pour ouvrir une souscription de 800 actions de 48 livres chacune. La somme de 24,000 livres
ainsi recueillie était divisée entre les quatre artistes qui donnaient chacun un ouvrage. Ces
quatre tableaux, exposés pendant trois mois avec une rétribution de 1 fr. 50 c. par personne, remboursaient les souscripteurs, qui, après une répartition du surplus de la recette, se partageraient les peintures au sort. Les ouvrages ainsi promis étaient Véaus quittant Adonis, de Gérard; Orphée ramenant Zurydice, de Girodet; Phèdre et Hippolyte, de Guérin; et la Dispersion de la Famille de Priam, de Serangeli.
Cette Exposition annoncée pour le 1% fructidor an IX ne fut jamais ouverte. Une autre combinaison du mème genre, devant comprendre un plus grand nombre d'ouvrages, fut plus tard entreprise sous les auspices du banquier Séguin, mais ne donna aussi aucun
résultat.
De tous côtés cependant les artistes s’agitaient cherchant un remède à leur situation difficile. Les concours de la République et du Directoire ne les avaient pas enrichis, car des prix décernés en exécution de la loi du 9 frimaire an III, sur le concours ouvert en Pan IT
par le Comité de salut publie, la majeure partie avait été payée en assignats et avait subi