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oubliées, et depuis qu’il a fait de son art un objet de spéculation (1), on est bien convaincu qu'il reste parfaitement tranquille et que s’il eût dans notre affaire choisi des artistes pour exécuter des colonnes, il eût observé ponctuellement l'esprit désintéressé, la générosité grande que lui accorde le rédacteur. Ce n’est done pas lui que j'ai voulu désigner. Ce n’est pas non plus Percier. Cet artiste est trop estimable ; et s’il y a dans la réponse des trois artistes au ministre quelque chose en faveur des principes, c’est bien à lui que je donne une grande partie de l'honneur, et je suis persuadé qu'il aura été le premier à proposer le bien. Je n'accuserai pas le citoyen Legrand : je déclare que je n’ai jamais voulu parler de lui. Nous avons eu, il est vrai, quelque altercation sur la critique qu'il a excitée contre la colonne de Moreau : il a pu convoiter celle du département de Paris ; d'autres à sa place en eussent fait autant : il peut avoir des projets tout prêts, des modèles séduisants à présenter sur le champ lorsqu'on propose quelque monument, tout ceci n’est que la marque d'une grande activité et beaucoup de zèle pour le bien des arts.
» Je répète donc qu'il n’a pas sans doute contribué à faire une liste d'architectes exclusifs. Mais le soupçon, dira-t-on, va planer sur tous les gens à grande réputation qui entouraient le ministre. L'on peut être tranquille : jamais les hommes recommandables par leurs vertus, ne seront soupçonnés (2),
» Il est inutile de citer un nom, ce serait compromettre beaucoup d'artistes, dont je tiens les faits, trop connus pour être révoqués en doute.
» Au total je ne suis coupable que de n'avoir pas cité une lettre dont je n'avais pas connaissance, et était-ce bien là un motif pour exciter la bile du rédacteur de la lettre signée Percier, Legrand et David ? Et n'est-il pas ridicule à lui, de me dire à moi qui depuis longtemps ai fait mes preuves de zèle pour le principe des concours, que si le ministre m'avait chargé, et d’autres frondeurs de même espèce, de cent-vingt colonnes, j'en aurais sottement envahi la direction.
» Je suis seulement fâché de n'avoir pas connu la correspondance du ministre: elle
m'eût été très utile pour soutenir les faits que j'ai avancés, et j'aurais mis encore plus en évidence que, malgré les principes qu’elle contenait, le même ministre avait été presque forcé de consulter quelqu'un qui avait reproduit des abus auxquels il est bien nécessaire de remédier.
» DETOURNELLE. »
Au lieu d'apprécier par nous-même la valeur de la réponse faite par Detournelle à la lettre de Percier, David et Legrand, nous préférons reproduire sur cette affaire l'opinion d’une feuille de l’époque, dont Detournelle avait cité, en l’exagérant, une réflexion peu bienveillante pour le caractère de David. Le Journal des Bâtiments civils, dans son 113 numéro du 16 vendémiaire an X, publiait l'article suivant :
« Le citoyen Detournelle, architecte, et l’un des rédacteurs du Journal des Arts, a
(1) Et de sa palette un instrument d'agiotage. Voyez le Journal des Bâtiments civils, n° 100, page 27. Article sur lexposition des deux tableaux de David.
(2 L'abus a existé, voilà le fait sûr et incontestable.
donné l’histoire des concours qui ont eu lieu pour le monument à élever sur l'emplacement du château Trompette, pour celui en l'honneur de Desaix, et pour les colonnes départemen- {ales. Le ministre avait d'abord choisi pour l'exécution de ces monuments un autre mode que celui du concours. Les artistes désignés avaient été invités par une circulaire à lui envoyer des projets, et il avait nommé David pour lui dresser un tableau de ces artistes. Le citoyen Detournelle accuse David de n'avoir fait inviter que ses amis et ses connaissances.
» Cette accusation a forcé celui-ci de relever ce qui s'était passé à cette occasion. L'on
voit que par sa lettre du 3 germinal an VIT le ministre avait chargé David seul du projet
des colonnes départementales, en lui laissant le choix de deux artistes qu'il désirerait s'adjoindre (1).
» David s'adjoignit en effet les citoyens Percier et Legrand, architectes. Mais loin de faire usage pour leur intérèt propre de l'importante mission qui leur était confiée, ils arrètèrent unanimement d'engager le ministre à inviter tous les artistes qui ont fait preuve de talent, de donner leurs projets pour les monuments à ériger et que les auteurs de ceux qui seraient approuvés fussent chargés de l’exécution.
» Ces propositions furent accueillies par le ministre et l’on suivit la marche qu'ils avaient indiquée, ainsi que le prouve la lettre du ministre du 3 prairial en réponse à la leur.
» D'après cet exposé authentique, nous pensons que les artistes en question ont eu le droit de dire que l’histoire des Arts de tous les temps fournit peu d'exemples d’un plus noble désintéressement, et encore qu'ils ont eu raison de se plaindre que leur conduite avait été indignement travestie.
» Leur réclamation a été insérée dans le n° 117 du Journal des Arts.
» Le citoyen Detournelle y a fourni une réponse dans le numéro suivant, mais elle est
faible en raison, amère et méchante; Percier y est ménagé aux dépens de Legrand et
surtout de David. On rappelle doucement des faits étrangers à la question, mais qui peuvent indisposer; l'auteur emp oie alors un style doucereux qui n’est pas d'une âme franche.
» Nous avons relevé toute cette affaire parce que le citoyen Detournelle s’est servi
d'une phrase de notre journal pour confirmer ce qu'il voulait dire contre David : phrase
à laquelle il a donné un sens absolu et affirmatif, quoiqu’elle ne fût que conditionnelle et pour ainsi dire comminatoire.
» Nous avons dit franchement et fortement notre avis à David sur l’exhibition mercenaire de ses tableaux ; mais David n'aura pas trouvé dans notre style le style d’un ennemi. Nous admirons son talent, nous faisons cas de ses principes, et quand il nous offrira l'occasion de le louer, nous le ferons toujours avec le plus vrai zèle. Nous le censurerons
aussi sans ménagement parce que sa gloire nous est précieuse autant qu'elle lui est chère. »
(4) Ainsi sir Wren avait été seul chargé de la restauration de la ville de Londres après l'incendie de 1668, entreprise pour laquelle il s'adjoignit le docteur Hook.
Répétons une observation, c'est que c’est un professeur d'astronomie et un professeur de géométrie qui ont eu la gloire d'élever les plus beaux monuments d'architecture qui soient en Angleterre.
Pour terminer avec ces colonnes nationale et départementales, disons que le concours n'eut encore aucun résultat, car la colonne composée par Moreau, et qui devait ètre érigée sur la place de la Concorde, fut complètement abandonnée.
Quant à la colonne départementale, après un long silence, le Journal des Bûtiments civils donna, le 19 vendémiaire an XII (LL octobre 1803), la nouvelle que la statue en bronze de Charlemagne, trouvée à Aix-la-Chapelle, allait être placée sur une colonne élevée place Vendôme, reproduisant la colonne Trajane, et entourée d'une spirale formée des cent huit départements de la République, sous forme de génies.
Aussitôt les anciens concurrents pour les colonnes départementales s'émurent, et dans le Journal des Arts, Detournelle demanda que les résultats du concours de l'an VII fussent rendus publics, et qu’il ne fût pas permis à un architecte qui n'avait pas pris part à ce concours d'aller sur les brisées de MM. Sobre, L...., Barthélemy et Vignon, qui avaient été désignés les premiers par la Commission.
Ces réclamations ne furent pas écoutées, et le 8 floréal an XII (21 avril 1804), l'Institut était saisi du projet suivant, voté par le Conseil d'État :
« Le Conseil d'État a arrèté qu’il ÿ aurait un monument élevé sur la place Vendôme : que ce monument serait une colonne sur laquelle serait posée la statue de Charlemagne qui était sur son tombeau, à Aix-la-Chapelle, Cette statue est en bronze et à sept pieds de proportion. Le premier Consul à décidé que celte colonne serait faite sur le trait de la colonne Trajane, dont l'effet est connu; que le fût serait enrichi des cent huit départements montant en spirale et offrant une couronne à Charlemagne, et que ce monument serait exécuté en fer fondu. »
Denon avait recu l'ordre de demander à la Classe des beaux-arts de l'Institut d’examiner les moyens proposés ; mais seulement en ce qui concernait l'édification et la conser-— vation de cette colonne métallique, et les économies à apporter dans la construction.
La Classe des beaux-arts nomma une Commission composée de David, Gondouin, Chalgrin, Heurtier, Vincent, Moitte, Julien, Visconti, à laquelle on adjoignit, sur la demande de l'administration, Thierry, l'architecte qui avait donné le modèle et le devis.
Le 19 mai, la Commission remit son rapport sur les questions spéciales qui lui avaient été adressées, regrettant que la Classe n’eût pas été consultée sur la partie de l’art proprement dit.
Les observations de la Commission sur la spécialité de sa mission furent sans doute
écoutées, et elle fut autorisée à passer outre; car, le 26 mai 1804, elle déposait un second rapport ainsi rédigé :
« Quoique la Classe des beaux-arts ait cru devoir se renfermer dans l'examen des moyens de construction et d'économie sur lesquels seuls elle a été consultée, votre Commis-
sion vous invite néanmoins à ajouter aux obs
vations relatives à la construction, la proposition de changer la statue qui doit couronner la colonne sur laquelle vous avez entendu un premier rapport.
» D’après les projets qui vous ont été soumis, la statue de Charlemagne trouvée à Aix-la-Chapelle doit être placée sur la colonne dont nous avons examiné les plans. Mais
les cent huit départements de la France offrant une couronne à Charlemagne, présentent une idée qui paraît manquer d'exactitude, au lieu qu'en substituant une statue de l'Empereur Napoléon à celle de Charlemagne, on constaterait l'événement que le vœu de tous les départements et de tous les corps constitués à provoqué : alors ce monument deviendrait l'historique et l'interprète des sentiments des Français. D'ailleurs la statue de Charlemagne est d’une trop petite proportion pour une élévation aussi grande, et si, comme on le croit, cette considération a déterminé l'architecte à donner à son monument un diamètre beaucoup plus petit que celui de la colonne Trajane, quoique cette dernière n'ait pas été élevée dans un espace aussi vaste que celui de la place Vendôme, il y aurait lieu de craindre que,
pour diminuer un premier inconvénient, on ne lombât dans un plus grand. En effet, la
colonne projetée pour un emplacement que les nouveaux percés de la place Vendôme rendront immense, n'aurait pas même à beaucoup près, le diamètre de la colonne de Soissons à la Halle au blé. Le double inconvénient d’une statue et d’une colonne en trop petite dimension disparaîtrait en substituant à la statue de Charlemagne une statue de l'Empereur Napoléon, à laquelle on donnerait la proportion convenable, et l'architecte n'aurait plus d'entraves pour le diamètre et l'élévation de la colonne.
» Par ces considérations, la Commission propose à la Classe de demander le changement de statue ci-dessus expliqué et motivé.