LE SACRE DE NAPOLÉON
David membre de la Légion d'honneur. — Sacre de Napoléon. — David est nommé premier Peintre de
l'Empereur. — Il quitte le Louvre. — Portrait du Pape Pie VII. — Lettre de David sur les prérogalives de premier Peintre. — Portrait de Napoléon pour la ville de Gênes. — Note sur les quatre tableaux du Couronnement. — Visite de Napoléon à l'atelier de la Sorbonne, — Exr de 1806, 1808. — David officier de la Légion d'Honneur. Beaux
position du Sacre. — Salons — Rapport de l'Institut sur l'état des t sur les prix décennaux, — Rapport du jury et de Ja on sur les tableaux envoyés au concours. — Salon de 1810.— Ze
Arts. — Mort de Vien. — Deuxième décre commiss
S Aigles. — Traitement de
David comme premier Peintre. — Il demande les travaux et les prérogatives de Lebrun.
Par les manifestations successives de la volonté nationale, Napoléon Bonaparte avait
été élevé du Consulat à l'Empire. Désireux de s’entour
er de toutes les illustrations de la France, il avait, étant Consul, créé l'ordr.
e de la Légion d'honneur, destiné à rec
onnaitre les services que les citoyens avaient rendus à la patr
ie. Le rang que David occupait dans les arts le désignait un des premiers pour êtr
e honoré de cette distinction ; aussi fut-il nommé chevalier, le 18 décembre 1802
. Rien ne pouvait lui conseiller de refuser cet ordre a richesse n'y donnaient aucun droit : le dévouement
vraiment national. La naissance, 1
et le mérite étaient les seuls titres pour l'obtenir, et le plus obscur enfant des campagnes
s’en voyait revêtu comme le plus haut dignitaire de l'État. David fut toujours fier de cette décoration qu'il avait reçue à la cérémonie d
’investiture célébrée à l'Hôtel des Invalides, le 16 juillet 1804.
Cependant, toutes les faveurs que la gloire peut prodiguer s'accumulaient sur Ja tête
ation religieuse. Le chef de la chrétienté, le Souverain Pontife, se décidait à quitter Rome au cœur d
de Napoléon L*. Après la consécration populaire, la consécr. e l'hiver, pour venir à Paris répandre l'huile sainte, et poser la couronne impériale sur le front de celui qui avait rendu la France au culte catholique.
Comme l'avait dit Denon, de semblables spectacles, par leur
splendeur et leur rareté, étaient dignes d'inspirer le pinceau d’un artiste.
Quand on eut réglé les cérémonies religieuses, civiles et militaires, qui devaient accompagner le sacre de l'Empereur, David fut choisi pour reproduire sur la toile quatre
de ces scènes importantes, et en transmettre le souvenir à la postérité. Une telle entre-
prise enflamma son génie ; son âme, sensible à la grandeur, s’enthousiasma à la pensée de représenter la pompe éclatante des cours de Rome et de Paris. Peindre un Empereur et un Pape lui paraissait une de ces fortunes qui datent dans les annales des arts el suffisent à immortaliser un artiste.
Ces travaux décidés et confiés définitivement à David, il fallut lui trouver dans l'église
Notre-Dame un point duquel il pût, sans être gèné, voir la cérémonie dans son ensemble et dans tous ses détails.
11 se rendit sur les lieux, avec Percier, et il choisit une sorte de loge placée derrière le Groupe de Coustou, au-dessus du maitre-autel.
Il avait disposé de cette place pour sa famille et quelques-uns de ses amis, quand, la veille du couronnement, au lieu de la clef de cette loge, le maître des cérémonies lui fit seulement remettre deux billets dans une tribune. David croit à une méprise et se transporte chez M. de Ségur, qui remplissait ces fonctions. Celui-ci était alors très préoccupé d'un malheur de famille. Un de ses fils venait de disparaitre el tous les efforts pour le retrouver étaient demeurés infructueux. Il accueillit assez sèchement les réclamations de
l'artiste, s'excusant sur ce que la place étant donnée, il n’y avait pas y remédier. David ; 5 3
insista sur son droit et menaça de s'adresser à l'Empereur; enfin la discussion s’échauffa à ce point, que des amis, entre autres Lenoir, qui assistaient à cette scène, durent s'interposer pour prévenir une rencontre immédiate entre l'artiste et un fils de M. de Ségur. Tout se termina cependant à la satisfaction du peintre qui, le jour venu, occupa avec sa femme et ses filles la loge qu'on lui contestait.
De cet endroit, muni d’un plan de Notre-Dame qu'il avait préparé, et d'un programme
qui lui donnait les noms des personnages ; ayant au-dessous de lui le Pape, l'Empereur, l'Impératrice et les principaux dignitaires des deux cours, il put noter les divers épisodes de cette longue cérémonie el prendre des croquis des mouvements des principaux acteurs.
On n'a pas à s'arrêter ici sur les détails de cette solennité. Rappelons seulement les incidents du couronnement de l'Empereur, car ils eurent une certaine influence sur la
composition du tableau de David.
« On avait, dit Thiers, déposé sur l'autel la couronne, le sceptre, l'épée, le manteau.
Le Pape fit sur le front de l'Empereur, sur ses bras, sur ses mains, les onctions d’us
de, puis
anit, le sceptre qu'il remit en sa main, et s'approcha pour prendre
bénit l'épée qu'il lui ce la couronne.
» Napoléon, observant ses mouvements. saisit la couronne des mains du Pontife, sans brusquerie, mais avec décision, el la placa lui-mème sur sa tèle. L'acte, compris de tous les assistants, produisit un effet inexplicable. Napoléon prenant ensuite la couronne de
l'Impératrice, et, s'approchant de Joséphine prosternée devant lui, la posa avec une
visible sur la tête de cette compagne de la fortune qui, en ce moment, fondait
tendr
en larmes... »