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, la critique s’attacha à Jui en traitant
Il pensa que le corps le plus apte à entreprendre ce vaste travail était l’Institut national, cette réunion des hommes les plus distingués dans les lettres, les sciences et les arts. 11 chargea donc les secrétaires des différentes classes de l'Institut de lui présenter des rapports sur ce sujet, et, pour donner à cette mesure un caractère de perpétuité qui excitàt les progrès du pays, il ne la limitait pas à l'époque actuelle, mais en décrétait le renouvellement par périodes de cinq ans.
Cet arrèté était ainsi conçu :
« 13 ventôse an X (3 mars 1802).
» Les CONSULS DE LA RÉPUBLIQUE, sur le rapport du ministre de l'Intérieur, le Conseil d'État entendu, arrêtent :
» ARTICLE PREMIER. — L'Institut national de France formera un tableau général de l'état el des progrès des sciences, des lettres et des arts depuis 1789, jusqu'au 1* vendémiaire an X.
» Ce tableau, divisé en trois parties correspondant à chacune des classes de l’Institut, sera présenté au gouvernement dans le mois de fructidor an XI.
» Il en sera formé et présenté un semblable tous les cinq ans.
» ART. II. — Ce tableau sera porté au gouvernemont par une députation de chaque classe de l’Institut.
» La députation sera reçue par les Consuls en Conseil d'État.
» ART. III. — A cette mème époque, l’Institut national proposera au gouvernement ses vues concernant les découvertes dont il croira l'application utile aux services publics, les secours et encouragements dont les sciences, les artset les lettres auront besoin, et le perfectionnement des méthodes employées dans les diverses branches de l’enseignement public.
» ART. IV. — Le ministre de l'Intérieur est chargé de l'exécution du présent arrèté
qui sera inséré au Bulletin des lois. »
Le rapport sur les beaux-arts fut confié à Joachim Lebreton, membre de la Classe d'histoire et de littérature ancienne, secrétaire perpétuel de la Classe des beaux-arts. Le vote de la quatrième Classe l'avait appelé à ces fonctions, quand l'arrèté du 23 janvier 1803 avait divisé en quatre sections l'Institut national. Un second décret, daté du 9% fructidor an XIT (11 septembre 180%), du palais d'Aix-la-Chapelle et signé de Napoléon, alors Empereur des Français, fut rendu pour encourager encore plus vivement le développement des lettres, des sciences et des arts. IL établissait des grands prix qui devaient, tous les dix ans, au jour anniversaire du 18 Brumaire, être distribués de la main de l'Empereur, aux Français
qui se seraient le plus distingués par leurs travaux. Il était ainsi COnÇu :
« NAPOLÉON, EMPEREUR DES FRANÇAIS, à tous ceux qui la présente verront, SALUT.
» Étant dans l'intention d'encourager les sciences, les lettres et les arts, qui contribuent éminemment à l'illustration et à la gloire des nations ;
» Désirant non seulement que la France conserve la supériorité qu’elle a acquise dans
PREMIER DÉCRET SUR LES PRIX DÉCENNAUX * 408 les sciences et dans les arts, mais encore que le siècle qui commence l'emporte sur ceux qui l'ont précédé ;
» Voulant aussi connaître les hommes qui auront le plus participé à l'éclat des sciences, des lettres et des arts,
» Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :
» ARTICLE PREMIER. — Il y aura, de dix ans en dix ans, le jour anniversaire du
18 Brumaire, une distribution de grands prix donnés de notre propre main dans le lieu
et avec la solennité qui seront ultérieurement réglés.
» ART. IT. — Tous les ouvrages de science, de littérature et d'art, toute
s les inventions utiles, tous les établissements consacrés aux progrès de l’agriculture ou de l'industrie nationale, publiés, connus ou formés dans un intervalle de dix années, dont le terme précédera d’un an l’époque de la distribution, concourront pour les grands prix.
» ART. IT. — La première distribution des grands prix se fera le 18 Brumaire an XVII] ;
et, conformément aux dispositions de l’article précédent, le concours comprendra tous les
ouvrages, inventions ou établissements publiés ou connus depuis l'intervalle du 1 de l'an VIT au 18 Brumaire de l'an XVII.
8 Brumaire
» ART. IV. — Ces grands prix seront, les uns de la valeur de dix mille francs, les autres de cinq mille francs. »
L'article V réglait la répartition des neuf grands prix de dix mille francs, dont trois, réservés aux beaux-arts, devaient ètre donnés aux auteurs des deux meilleurs ouvrages, l’un de peinture, l’autre, de sculpture, représentant des actions d'é
éclat ou des événements oire, et au compositeur du meilleur opéra représenté sur le théâtre de l’Académie impériale de musique.
mémorables puisés dans notre hi
nm
Quant aux prix de cinq mille francs, aucun, parmi les treize, n’était destiné aux artistes.
Enfin, par l’article VII, on arrètait que ces prix seraient décernés sur le rapport et la proposition d’un jury composé des secrétaires perpétuels des quatre elasses de l'Institut et des quatre présidents en fonctions dans l'année qui précédera celle de la distribution. Ce décret, en ce qui concernait les beaux-ar
répondait aux pensées de Bonaparte,
que Lucien avait bien indiquées à David, lors d’une conversation avec le premier Consul, pour son portrait du Mont Saint-Bernard.
Quand il avait voulu être peint
ar l'auteur des Sabines, Napoléon lui avait demandé quel était alors le sujet de ses travaux.
« Je peins Zéonidas el les Spartiates aux Thermopyles, avait répondu l'artiste.
— Tant pis, vous avez tort, David, de vous fatiguer à peindre des vaincus.
— Mais, citoyen premier Consul, ces vaincus sont autant de héros qui meurent pour la patrie, et, malgré leur défaite, ils ont repoussé pendant plus de cent ans les Perses de la Grèce.
— N'importe, le nom seul de Léonidas est venu jusqu'à nous. Tout le reste est perdu pour l’histoire.
— Tout! répondit David, excepté cette noble résistance à une armée innombrable;
tout! excepté leur dévouement, auquel leur nom ne saurait ajouter; tout! disait-il en s'animant, excepté les usages, les mœurs austères des Lacédémoniens, dont il est utile de rappeler le souvenir à des soldats. »
Gette dernière réflexion de l'artiste parut alors inutile à un général qui n'avait connu que la victoire, mais quand plus tard il revit ce tableau, instruit par les rudes leçons de la fortune, il sentit quel enseignement renfermait cette noble composition.
En sortant de cet entretien, Lucien, qui y avait a
isté, dit à David : « Voyez-vous, mon cher, Napoléon n'aime que les sujets nationaux, parce qu'il s’y trouve pour quelque chose. Cest son faible, il n’est pas fâché qu'on parle de lui. » Quant à lui, il aimait les arts et les artistes, et surtout David, dont il appréciait le talent. Il avait fait placer dans les
salons de son ministère le tableau de Püris et Æélène, et avait acquis pour & galerie,
avons-nous déjà dit, le grand Zélisaire.
Cette ambition de Napoléon d'occuper sans cesse l'opinion publique de ses actions et de
sa crandeur personnelle, rencontrait plus qu'un appui, un encouragement mème dans la £ ? {>
reconnai
sance de l'homme distingué auquel était confiée la Direction des beaux-arts. Un décret du 4 vendémiaire an XI (26 septembre 1802), avait appelé à ce poste important Vivant Denon, l’ancien protégé de David auprès du Comité de salut public, le compagnon de Bonaparte pendant l’expédition d'Égypte dont il avait reproduit les épisodes d’une plume et d’une pointe alertes et spirituelles. I remplaçait une administration qui, composée de plusieurs membres, était, de sa nature, un peu indolente, et ne répondait pas à l’activité
du chef de l'État. Ses attributions s'étendant sur le Musée central du Louvre, le Musée
spécial de l'École francaise à Versailles, les galeries du Gouvernement, la Monnaie des médailles, les ateliers de calcographie, de gravure sur pierres fines et de mosaique, et enfin sur l'acquisition et le transport des objets d'art, lui donnaient une influence considérable dans le régime des beaux-arts.
Il était si bien pénétré des pensées intimes de son souverain, qu'au banquet offert à Gros par les artistes pour son triomphe de Jafa, il s'était levé pour porter un toast « à celui qui fournit d'aussi beaux sujets aux peintres d’hisloire, aux artistes français dignes de transmettre de tels traits à la postérité ».…
Denon, dans ces paroles, devinait l'avenir, car incomparable génie qui présidait alors
aux destinées de la France allait bientôt offrir aux artistes des occasions nombreuses
d'illustrer leurs pinceaux, et ouvrir à David, en l'appelant à perpétuer sa splendeur,
une nouvelle source de gloire, et l'occasion de réparer noblement l'injustice faite à son talent, par le délaissement dans lequel les gouvernements précédents avaient tenu sa
composition du Serrent du Jeu de Paume.