‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 168 sur 328 · NOUS LE JURONS · texte numérisé non relu

NOUS LE JURONS

» Jamais serment ne fut mieux observé. Que d’attitudes différentes, que d'expressions

variées. Jamais sujet de tableau ne fut plus beau. Que de ressources il offre au génie du

peintre. C'est l'avant-coureur de bat

ailles immortelles qui ont sign Couronnement de Sa Majesté. Aussi 1

alé l'anniversaire du

à postérité, étonnée en regardant ce tableau, s'écriera : € Quels hommes et quel Empereur! »

L'ARRIVÉE DE L'EMPEREUR A L'HOTEL-DE-VILLE (4° tableau.)

« Je désigne par ces tableaux les différents or peuple ; c’est le premier acte d’obéissance enver Paris qui remet les clefs de la Ville entr l'ai senti :

dres de la société. Celui-ci est pour le $ Son souverain: c’est le gouverneur de e les mains de son Empereur. Voici comment je » L'Empereur, l’Impératrice et ses frères

descendent des voiture précédés de la pompe et suivis du cortège

S qui les ont amenés usités dans les grandes cérémonies. Le

gouverneur de la Ville, accompagné du préfet du département et des douze mair

Majesté dans un plat les clefs de la Ville de Paris. Déj l'Hôtel, lorsque des citoyens de toutes les el

es, présente à Sa à l'Empereur a franchi les deg asses, pressés par la reconnaissance, s aux pieds de Sa Majesté, la remerciant de

rés de e précipitent S grâces qu’ils ont d’ fautes graves que leurs enfants ont commises. Un autre SToupe voyant l’Impératrice, sem blable au soleil bienfaisant, descendre de Ja même voiture, se précipite également à ses pieds; ils la remercient des secours qu'ils reçoivent pour le soulageme

pour l’acquittement des mois de nour

avance obtenues pour des

nt de leur famille, et rice. Le peuple, Spectateur de cette scèneimposante et attendrissante en même temps, témoigne son ravissement par un cri général de Vive l'Zm- Percur ! vive l'Impératrice ! vive la lamille impériale ! Les Chapeaux, les bonnets élevés en l'air expriment les sentiments d'admiration dont il est animé.

» Voilà à peu près la description rapide des quatre tableaux que je traite, sauf les t que l'étude améliore, La dimension pour chac égale : elle est de trente pieds de largeur sur

changements que l'exécution amène e un est dix-neuf de hauteur. Je mettrai à les exécuter ans pour les quatre. J’en conduis deux de front, et l’autre est commencé. Je serai exact à remplir les engagements que j'ai contractés envers Sa Majesté. Je sens trop bien l'import Quel peintre! quel poète fut jam ombre de mon héros.

dix-huit mois pour Chacun, ce qui fera six un est déjà bien avancé

ance de pareils ouvrages !

ais placé mieux que moi. Je me glisserai à la postérité à » Il me reste actuellement, Monsieur l'Intendant général, prix que je crois juste de m'accorder pour ch leur exécution tant de frais de dét

mets à mes ouvrages

à vous entretenir du acun de ces tableaux qui entrainent di ails toujours renaissants.

; On sait que je ne me contente pas fa

cilement. Je me propose enfin de répondre à l'attente de l'Europe. Je serai satisfait de la somme de 100,000 francs pour chacun.

ans On connait le soin que je

» Mais il y a un autre prix que j’ambitionne et que je mets bien au-dessus de d

c’est celui de répondre à la confiance dont m’honore notre » Je suis, etc.

argent:

auguste Souverain.

» DAVID

En comparant la figure de l'Empereur telle que David la décrit dans sa notice avec celle du tableau du Sacre, on voit qu'il y à fait un de ces changements que « l’exécution amène et que l'étude améliore ». 11 l'avait en effet peinte comme il le dit dans sa lettre. L'Empereur se couronnait lui-même d’un mouvement hardi et comme de défi. Plusieurs dessins, deux cartons grands comme nature, nous ont conservé l'attitude altière du conquérant victorieux. Cette figure était déjà terminée, quand il reçut un jour à l'atelier la visite de ses élèves Gérard et Barbier Walbonne. Empruntons aux notes de Delafontaine le récit de cette scène, fait par Rouget qui en avait été le témoin oculaire et se plaisait à la raconter.

« David savait Gérard homme de goût. Il fut bien aise d’avoir son sentiment sur sa composition, et le lui demanda. Gérard la loua dans son ensemble, mais arrivant à la figure principale, celle de l'Empereur, il dit à David :

» Si vous le permettez, mon cher maitre, je vous avouerai que le mouvement de l'Empereur se couronnant lui-même et tenant sa main gauche sur son épée en matière de défi, ne me parait pas heureux. Il y a là quelque chose d'exagéré, de dramatique, qui je crois ne plaira que médiocrement à Napoléon.

» Peut-être que l'Empereur, posant sur la tète de l'Impératrice la couronne qu’il a reçue des mains du Pape et qu'il vient de retirer de dessus son front; peut-être, dis-je, cela

aurait plus de calme, plus de grâce, plus de cette noble simplicité que vous aïmez et que

vous nous avez appris à regarder comme une des qualités essentielles de tout ouvrage d'art.

» — Diable, Gérard, tu crois que le tableau gagnerait à ce changement?

» — Je le crois, mon cher maitre.

» — Mais sais-tu que c'est une grande affaire que de substituer une figure entière à celle-là que je regretterai.

» — Oh! je le concois, parce qu'elle est supérieurement venue el tout à fait belle.

» — Eh bien, je verrai cela, Gérard ; je réfléchirai. Je te remercie toujours bien de ton avertissement, car tu as peut-être raison.

» — Mon cher maître, si la perte de temps qu'un tel changement vous causerait vous effraye, car vous êtes pressé de finir, et l'Empereur doit désirer que vous gratifiez, lui et la France, le plus tôt possible, de cet ouvrage monumental permettez-moi de vous aider. Voilà Barbier et moi qui sommes tout à vos ordres ; parlez et... ,

» — Merci, mes amis, merci, ne vous dérangez pas pour moi de vos travaux, Rouget et moi, nous suffirons bien à notre besogne.

» Gérard parti, David dit à Rouget :

» — Que penses-tu de l'idée de Gérard ?

» — Maiselle vaut la peine d’être discutée.

» — Franchement, je la crois bonne, en y réfléchissant. Oui, ce sera plus galant: l'Impératrice intéressera davantage et l'Empereur aussi qui n'aura pas l'air de ne songer qu'à lui.

» David connut quelque temps après qu’il avait bien jugé. Rouget gratta du haut en

bas la figure de Napoléon. Le maitre en essaya au crayon blanc une autre qu’il exécuta;

c’est celle que tout le monde connaît : belle, pensive, sévère et gracieuse à la fois.

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