DAVID EST NOMMÉ MEMBRE DE PLUSIEURS ACADÉMIES
» M. Canova, président actuel de l’Académie, à fait proposer par trois membres de ladite Académie, mais tous Italiens; parce que, voulant que ce fussent lesItaliens qui rendissent hommage au talent supérieur des peintres et artistes français, il m'avait fait prier de
souffrir que je ne fusse pas nommé l’un des trois membres proposants; j’y consentis avec
peine, je vous l'avoue; ces trois peintres proposèrent donc MM. David, Girodet, Gérard, auxquels on ajouta bientôt M. Gros, M. Guérin, et M. Marin demanda que M. Ménageot fût aussi du nombre. Tout cela fut approuvé. Alors je ne pus m'empêcher de me lever et de dire quelques mots que voici à peu près :
« Messieurs, en applaudissant aux propositions de nos collègues, et en partageant la » juste estime dont ils viennent de rendre un témoignage public en faveur d'artistes aussi » distingués, je ne puis m'empêcher de remarquer que l'Académie a attendu bien tard àse » procurer l'honneur de voir inscrit parmi ses membres l’immortel David, premier peintre » de l’Europe et du siècle, et le régénérateur du bon style, du style héroïque. Je demande » donc expressément que M. David ne soit pas confondu avec personne dans sa nomination de » membre de l'Académie de Saint-Luc, mais qu’il soit nommé par acclamation, sans passer » par aucune formalité de scrutin ou autre, comme cela devra se pratiquer pour les autres.»
» Les plus vifs, les plus sincères et les plus unanimes applaudissements ont répondu à ma demande qui, étant accueillie avec transport, vous a fait nommer par acclamaltion, et les autres peintres que je vous ai nommés plus haut, sont remis à une autre assemblée en passant par les formes usitées et qui jusqu’à présent n’ont été dérogées que pour Charles Lebrun, Canova et pour vous.
» M. Stern à aussi proposé MM. Percier et Fontaine comme architectes, et M. Canova a proposé M. Quatremère de Quincy comme membre honoraire. Le tout se terminera (je n’en doute pas) très avantageusement à la première assemblée.
» Voilà, Monsieur et cher maître, ce que je me suis empressé de vous annoncer le premier. Je sais bien que c’est peu de chose pour un grand homme; mais si l’Académie a cela de commun avec tous les corps, qui est de contenir beaucoup de médiocrités et pas mal de mauvais, mais aussi le bon et l'excellent: vous serez assez juste appréciateur des talents de Canova, pour n'être pas fâché de faire partie d’un corps dont il se trouve membre, carles peintres italiens, quoique avec du mérite, n’ont rien d'assez piquant pour relever la sauce (soit dit entre nous).
» La consolation que j'aurais, serait que vous accordiez votre portrait peint par vous à l'Académie. Je m'empresserais alors de le copier pour moi, et pour l'avoir toujours présent, principalement pendant l'exécution de mon tableau. Ne serai-je donc jamais assez heureux pour posséder quelques traits de mon maître, donnés par lui? Consolez-moi là-dessus, je vous en conjure, et surtout pardonnez-moi tant d’indiscrétion. J’ai tant de beaux dessins de
grands maîtres et je n'aurais rien de vous dans mes portefeuilles.
» Je ne puis vous exprimer le désir que j’ai de vous voir : sera-ce vous qui viendrez en Italie, ou moi qui irai à Paris? Le second est plus probable que le premier. J'attends avec impatience le moment où la Classe des peintres aura aussi son prince de l’Académie. Je garde le secret le plus absolu, mais je vous jure d'avance, que j'aurai assez d'énergie pour
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beaucoup contribuer à ce que l’Académie ait l'honneur de vous avoir pour son prince, comme elle à fait à Lebrun et comme j’ai fait faire fort heureusement à Canova, l’année passée. J'ai fait alors à mes dépens avec deux collègues, Stern et Finelli, le voyage de Florence, pour annoncer à Canova cette nomination et le prier au nom de l’Académie de l’accepter. Je ferai bien plus volontiers celui de Paris lorsqu'il s'agira de rendre hommage à mon maitre.
» Conservez-vous pour la gloire des Arts et pour le bonheur de ceux qui, comme moi, vous aiment et vous admirent. Vous avez triomphé des nouveaux Curiaces, et c’est précisément à Rome qu'a été le siège de ce triomphe. Cela vaut bien la décision d’un Institut.
» Agréez, etc.
» Le chevalier WICAR. »
Voici le procès-verbal de cette élection.