D PART POUR L'EXIL
porter au Roi. Songez, Messieurs, que nous répondons de lui à la France, à l'Europe, au
monde, car il est le gage de la paix générale.
» .… Certes, Messieurs, il doit vous en coûter beaucoup d’être un moment en contradiction avec les désirs du Roi, nous «
ui lui avons donné {ant de preuves d'amour, de dévouement, de fidélité,
nous qui avons (out sacrifié pour lui, nous dont le sang
a coulé pour lui, nous qui, fidèles à nos serments
» avons depuis vingt-cinq ans pour cri de ralliement :
« Vivre pour le Roi, mourir pour le Roi. » Mais, Messieurs, n'oublions jamais que 1
a devise de nos pères est : « Dieu, l'honneur et le Roi ne
et si l’inflexible honneur nous force un
instant à dépasser ses volontés, si, mécontent de ses fidèles serviteurs de les voir contrarier
sa royale et pieuse clémence, il détourne un moment de nous son regard de bonté, notre
plus belle récompense: nous dirons comme les habitants de l'Ouest, comme les nobles
soldats du trône et de l'autel, dont rien ne peut altérer l'amour pour les Bourbons :
« Vive le Roi quand même ! »
Ce cri clôt les débats:
l'article 7, mis aux voix, est adopté à la presque trois députés seulement se lèvent à la contre-épreuve, pour volontés du Roi.
unanimité ; se conformer, disent-ils, aux
Deux jours après, la loi acceptée par le ministère est présentée à la C1
ambre des Pairs qui la vote sans délibérer.
L'article 7 était ainsi conçu : « Ceux des ré
gicides qui, au mépris d'une clémence
presque sans borne, ont voté l'acte additionnel ou accepté des fonctions ou emplois de
l'usurpateur, et qui par là se sont déclarés ennemis irréconciliables de la France et du sont exilés à perpétuité du royaume et sont tenus d’e sous la peine portée par l’article 32 du Code pénal. Ils ne pourront jouir d'aucun droit civil, y posséder aucuns biens, titres
gratuit. »
gouvernement légitime, n sortir dans le délai d'un mo
» ni pensions à eux concédés à titre
Ainsi se trouvaient bannis bien des hommes qui par leurs talents avaient contribué à la
grandeur et à la gloire de la France. T'ouchant pour 1
a plupart aux portes du tombeau, ne songeant qu’à y descendre
en paix, une loi de vengeance dite d'emnistie
es obligeait à finir eurs jours sur la terre d’exil.
À peine la loi promulguée dans la Gazette officielle, David se disposa à quitter la
france. Sa première pensée fut de se retirer en Italie e
ette terre de l’histoire et de l’art, où ses yeux se seraient reposé
sur tant de monuments, témoins muets de l'instabilité de la
ortune. Il aurait désiré s'établir à Rome au milieu de ces chefs-d'œuvre antiques qui lui
auraient rappelé sa jeunesse et ses brillants débuts dans un art dont il devait maintenant regretter d’avoir délaissé les pacifiques triomphes pour les décevantes émotions de la poliique.Mais, malgré la bonne volonté du Pape Pie VII qui nel d’habiter Rome lui fut refusée.
avait pas oublié, l'autorisation
jeta les yeux sur la Belgique qui par ses mœurs et son langage étai presque encore la France. Il y serait, aussi, peu éloigné de Paris où il laissait tous ses enfan{s, qui auraient
lus de facilités pour venir adoucir par leur présence l’'amertume de l'exil.
Il se rendit alors chez le ministre de la Police pour obtenir son passeport. M. Decazes,
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sentant toute la cruauté de cette loi d'amnistie, quand elle était ainsi appliquée à un vieillard dont la vie avait été consacrée à illustrer son pays, rejeta sa demande : « Cette loi, Monsieur David, lui dit-il, n’est pas faite pour vous. Le Roi ne peut consentir à priver la France de celui qui, aux yeux de l'Europe, tient le sceptre des arts avec autant d'éclat. Restez à Paris, je puis vous y promettre la sécurité.
» Monsieur le Ministre, lui répondit David, je suis, comme beaucoup de mes anciens collègues, atteint par une loi rendue selon les formes constitutionnelles. Je ne désire pas
m'y soustraire par une faveur particulière, et si votre intérèt pour les arts va jusqu'à me
refuser mes passeports, je demanderai aux tribunaux de faire reconnaitre mon droit de me rendre à l'exil où je suis condamné. »
M. Decazes, jugeant que ses efforts
seraient impuissants à vaincre celte décision,
ent délivrés.
ordonna que les passeports fus
Delécluze nous montre son maître à ces tristes moments, calme et affectueux pour tous ceux qu'il allait quitter, cherchant à les raffermir et à modérer leur chagrin. Ce fut, dit-on, une scène émouvante que sa dernière visite à l'atelier de ses élèves. A la nouvelle de son malheur, tous les artistes qui, pendant sa longue carrière avaient reçuses conseils, se réunirent aux Quatre-Nations pour lui rendre un dernier et solennel hommage.
Après avoir examiné les travaux de l'atelier, David résuma en quelques paroles, pourrait-on dire, l'esprit de ses leçons. Tous en l'entendant parler, COnser aient au fond du cœur l'espérance de le revoir bientôt, et c'était cependant un éternel adieu qu'ils étaient venus adresser à leur maître et à leur ami.
Il s'arracha de leurs bras, et prenant avec sa femme la route de l'exil, il arrivait le 27 janvier 1816 à Bruxelles, sur cette terre hospitalière qu'il ne devait plus quitter que
pour entrer dans l'éternelle paix.
David s'établit à Bruxelles. — Offres du roi de Prusse. — Gros se charge, à Paris, de l'atelier, — Sa correspondance avec David. — L'Amour et Psyché. — Salon de 1817. — Zucharis et Télémaque. — Salon de 1819. — Réponse de David à Gros et à Lechevalier sur sa rentrée en France. — Zes Subines et le Léonidas achetés par le roi Louis XVIII. — Mort du duc de Berry. — David à Bruxelles. — Les Bannis, — Gros offre à son maitre une médaille d’or. — Accident aurivé à David. — Murs et Vénus. — Refus de David de faire des démarches pour revenir en France. — Ses derniers moments. — Ses funérailles. — Le gouvernement français refuse de recevoir les cendres, — Mort de madame David.
Tombeau de David à Bruxelles,
En 1816, la Belgique, détachée de la France et réunie à la Hollande, formait le royaume des Pays-Bas, sous le scepire de Guillaume Ier, de la maison de Nassau. Ce prince éclairé avait donné à ses sujets un gouvernement représen(atif. Ses tendances libérales Ste
le seôlier de la Révolution, Aussi accordait-il aux nombreux Français qui, bannis par la
modéraient l'autorité tracassière du duc de Wellington, qui s'était, pourrait-on dire, constitué loi d'axnistie, avaient cherché un refuge dans ses États, une bienveillante protection. Bruxelles, où se dirigeait David, avait été choisi par un grand nombre d’entre eux comme lieu de résidence : Sieyès, Cavaignac, Letourneur, Cambacérès étaient venus s’y établir. La première pensée de David, à son arrivée dans cette Capitale, avait été pour ses vieux parents, pour M. et M" Buron. Il leur écrivit, pour les re
surer, que son voyage s'était
effectué sans fatigue et qu'il espérait trouver le repos dans cette ville hospitalière.
« Bruxelles, le 29 janvier 1818.
» Mon cher oncle et ma chère tante, » Je m’empresse de donner de nos nouvelles à d'aussi chers parents qui n’ont jamais
cessé, dans le cours de leur vie, de prendre un intérêt continuel à un neveu et à sa chère
femme, comme s'ils étaient leurs enfants propres. Ils méritaient, j'ose le dire, cet intérêt
par l'amitié qu'ils n'ont cessé de vous porter et qu’ils renouvelleront quelque jour; laissons agir la Providence.
, Nous sommes arrivés dimanche à Bruxelles, en parfaite santé. Nous aurions mis
moins de temps, mais je n'ai pas voulu faire voyager ma femme de nuit; rien ne nous
pressait, aussi étions-nous aussi frais qu'en quittant Paris. Nous habitons une ville très
hospitalière, dans laquelle, suivant ce que j'aperçois, je trouverai tous les agréments de la société. Mais je m'en abstiendrai le plus que je pourrai. J'aime, comme vous savez, la vie
méditative et je veux m'y livrer ici plus qu'ailleurs. La ville est charmante, je la connais
sais déjà; avec quel plaisir je l'ai revue : elle m'a charmé d'avantage, je crois, cette fois-ci.
Elle fait le mème effet sur ma femme, qui met tout son bonheur dans le mien. Je n'ai
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donc rien à désirer sous ce rapport; nos vœux mutuels its. Que j'apprenne, ou
pour mieux dire, que nous apprenions que vous jouissez l'un et l’autre d’une bonne santé,
a complète. Ma femme, comme vous pensez bien, me dit en ce moment de
et notre joic de ne pas l'oublier auprès de vous ; elle me renouvelle l'assurance de l'attachement qu’elle vous à toujours porté.
» S'il m'arrive quelque chose d'intéressant, vous serez les premiers qui en serez
instruits. Mais, jusque-là, je vous en conjure, n'ayez aucune inquiétude. Nous sommes
heureux, nous nous plaisons ensemble, ma femme et moi; vous nous aimez, que pouvons nous désirer de plus ?
» Vos affectionnés neveu et nièce, » DAVID.
» À Monsieur Buron, propriétaire, rue Culture-Sainte-Catherine, en face Fhôtel
Carnavalet, au Marais, à Paris. »
David avait fait choix, pour sa demeure, d’un appartement meublé dans une maison à l'angle des rues Willems, n° 679 et Fossé-aux-Loups, n° 688, en face l'hôtel de la Croix- Blanche. Quelques pas seulement le séparaient du théâtre de la Monnaie, où il pouvait ainsi trouver sans fatigue sa distraction habituelle. I1 loua, en même temps, dans le voisinage, rue de l’'Évèque, un local faisant partie de l'ancien évêché de Bruxelles, pour lui servir d'atelier.
Il ne s’élait pas trouvé isolé en Belgique, car, outre ses compagnons d'infortune, il s'était vu bientôt entouré des artistes flamands qui avaient, à Paris, fréquenté son atelier, tels que Odevaere, Paelinck, Navez, ete. Le premier avait, en 1804, remporté le grand prix de peinture. IL était en ce moment occupé à des travaux que lui avait commandés le gouvernement des Pays-Bas, et exécutait un tableau représentant le Prince d'Orange blessé à la bataille de Waterloo.
David était désireux de voir ses ouvrages, et dès le 3 février, huit jours après son
arrivée, il se rendait à son atelier. Cette visite ui rappelait celles qu'il faisait aux élèves
à Paris, et éveillait en lui le désir de se remettre au travail. Malgré ses
qu'il avait lai soixante-sept ans, il se sentait l'imagination toujours fraiche et le cœur plein d’ardeur.
Odevaere et ses camarades l’encouragèrent dans cette résolution, fiers de posséder près