‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 195 sur 328 · ALEX, DE HUMBOLDT · texte numérisé non relu

ALEX, DE HUMBOLDT

Au moment où David recevait ces propositions si honorables, accompagnées de réflexions

si judicieuses sur la conduite du gouvernement français à son égard, il était assez inquiel de la santé de sa femme. Elle n’avait pu, comme lui, supporter leurs dernières épreuves, el les émotions récentes qu’elle avait ressenties l'avaient fort fatiguée. David se servit de cette circonstance pour prendre le temps de réfléchir aux offres qui lui étaient faites, et il

répondit, ainsi qu’on l'en avait prié, au prince de Hardenberg :

« Bruxelles, 26 mars 1816.

» Monseigneur,

» Je viens de recevoir à Bruxelles les lettres de S. Exc. M. le comte de Goltz et de M. le baron de Humboldt qui m’annoncent les dispositions que S. M. le roi de Prusse veut bien avoir sur moi; ces lettres m’autorisent aussi à écrire à Votre Altesse relativement à cet objet.

» Si je pouvais en ce moment, Monseigneur, n’écouter que le sentiment dont je suis profondément pénétré, je profiterais, sans le moindre délai, du passeport de M. le comte de Goltz pour aller offrir à Votre Altesse l'expression de ma reconnaissance, et la supplier de

mettre aux pieds du Roi l'honneur de mon respect et de mon dévouement; mais je suis

malheureusement enchainé par des devoirs dont aucun intérêt ne peut me distraire, et que vous me blâmeriez, Monseigneur, de négliger.

» La santé de ma femme, qui me fait éprouver des alarmes cruelles et trop bien

fondées peut-être, réclame mes soins les plus tendres et les plus assidus et ne permet pas que je m'éloigne, quant à présent, de Bruxelles. Souffrez, Monseigneur, ces détails qui doivent servir d'excuses à un homme assujetti aux obligations sacrées d’un époux et d'un père de famille. Je sais, avec toute l’Europe, que la justice du Roi égale sa bonté. J'ose espérer que Sa Majesté daignera reconnaître qu’en attachant un prix infini à la bienveillance dont elle m'honore, il m'est impossible d'aller immédiatement me mettre à ses ordres à Berlin. Je supplie Votre Altesse de vouloir bien justifier aux yeux du Roi un retardement bien involontaire dont le motif n’est point étranger au cœur de Sa Majesté.

» J'espère que Votre Altesse ne désapprouvera pas que j'ai prié Son Exec. le comte de Goltz de permettre que je conservasse son passeport pour en faire usage le plus tôt que je pourrai.

» J'ai l'honneur, etc., » DAVID. »

Il informait en même temps le comte de Goltz de cet ajournement :

« Monsieur le Comte,

» Je sens, aussi vivement que je le dois, tout ce qu'a d'honorable pour moi la proposition que Votre Excellence m'a faite, de la part de son maitre, d'aller m'établir à Berlin. Ce témoignage précieux de l'estime et de la bonté d’un grand prince est la récompense la plus douce de ma vie tout entière consacrée aux arts.

» J'ai suivi vos directions, monsieur le Comte; je viens d'écrire à M# le prince de Hardenberg, et je me serais empressé d'aller offrir mes remerciements à Son Altesse pour apprendre d'elle-même les propositions du Roi relativement à mon établissement, si je n'étais retenu à Bruxelles par la santé de Mme David, dont l'affaiblissement me cause les plus vives alarmes. Le Roi, qui a donné des preuves si touchantes et si exemplaires de sensibilité, saura mieux apprécier ce que je dois d’égards, de soins et d’assiduité à une épouse que je chéris tendrement. Sa Majesté ne sera point surprise que je diffère de m'occuper de mon intérèt particulier, jusqu'au moment où je serai parfaitement rassuré sur la conservation de ma femme.

» Je crois, monsieur le Comte, vous donner un gage de mes espérances et de mes intentions, en vous priant de trouver bon que je conserve votre passeport pour en faire usage aussitôt que les circonstances me le permettront. Si cependant Votre Excellence trouvait que cette mesure peut avoir le plus léger inconvénient, je la supplie de vouloir bien m'en prévenir; je ne perdrai pas un moment pour lui renvoyer son passeport à l'adresse qu’elle m'a indiquée. »

Cependant, si David eût pu se laisser influencer par ce qui se passait en France, il aurait accepté les offres du roi de Prusse. Car, en effet, tandis qu'à Paris on le rayait de

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