‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 210 sur 328 · DERNIERS MOMENTS DE DAVID · texte numérisé non relu

DERNIERS MOMENTS DE DAVID

d'assister à sa douleur. Car le billet qu'il lui laissait était as

z clair, et sans avoir pris con-

naissance de la réponse contenue dans Ja lettre de I avid, il savait qu'il n'y avait aucune

illusion à se faire sur le refus obstiné du banni à se prêter à la moindre démarche. Nous ne possédons, pour éclaircir ce point, qu'un simple brouillon écrit au crayon de la main de David

au dos de la lettre de Gros, qui, dans sa brièveté, peint bien sa résolution inébranlable, au

risque même de blesser profondément le cœur sensible de son élève,

« Mon cher Monsieur Gros,

» Ne me parlez jamais de démarches de ma part pour rentrer. Je n’en dois faire aucune ;

ce que je devais faire pour ma patrie, je l'ai fait. Je lui ai formé une brillante école; j'ai

fait des ouvrages classiques que toute l'Europe viendra étudier. J'ai rempli ma tâche; c'est

au gouvernement à remplir la sienne. »

Des paroles affectueuses devaient sans doute accompagner ce refus si pénible pour le

cœur de Gros qui dut longtemps en conserver le triste souvenir, car cette lettre fut peut-être

la dernière qu'il reçut de son maitre.

Les jours de tristesse et de deuil se levaient en effet pour David et son école, et son

tableau du Murs avec la Coupole du Panthéon de Gros semblent clore cette suite de chefs-

d'œuvre qui forment l'ensemble incomparable de cette évolution de la peinture française ; car déjà l'avenir appartenait à une nouvelle génération.

La tombe, qui s'était ouverte pour Girodet, recevait quelques mois a

orès l’administrateur éclairé qui avait présidé aux succès des peintres de l'Empire. Vivant Denon, qui n'avait pu se remettre de la vue de nos musées spoliés par d’implacables vainqueurs, était conduit à sa dernière demeure par des amis fidèles, Gros, comme président de l'Académie des beauxarts, prit encore la parole en cette triste cérémonie,

et rendit un juste hommage de reconnaissance au savant honoré de l'amitié de Napoléon.

Les rigueurs de l'hiver avaient assez éprouvé David pour causer de l'inquiétude à ses amis. Il était alors dans sa soixante-seizième année et son dernier travail l'avait beaucoup fatigué. Il souffrait d'étouffements, qui étaient peut-être 1

à suile de l'accident qui lui était arrivé à sa sortie du théâtre. Aussi

es enfants suivaient avec anxiété l'état de sa santé lorsque, dans les premiers jours de juillet, ils reçurent 1 d'apoplexie. Pour comble de malheur, M I

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à nouvelle qu'il venait d’être frappé avid était aussi sous le Coup d’une seconde attaque de paralysie.

Aussitôt M® Meunier, Eugène et sa jeune femme, Mie Chassagnolle, acc

arents dans une situation déplorable, et passèrent des heures pleines d'angoisses à veiller les deux vieillards assisen face l’un de l’autre et privés en partie de leurs facultés.

oururent à Bruxelles. Ils trouvèrent leurs p

Les malades cependant commencèrent à se rétablir. On aurait voulu leur prodiguer rmait à David la route de la Fra

ance et l'empêchait de consulter les médecins distingués de Paris. Dans cette triste alternative les

enfants emmenèrent leur mère dont l’état était plus inquiétant.

tous les secours de la science, mais une loi cruelle fe

La soudaineté du coup qui avait frappé David avait donné naissance au bruit de sa mort. Cette nouvelle étant arrivée jusqu’en Italie, son fils Jules avait aussitôt quitté Rome, et Léopold Robert ainsi que Schnetz avaient écrit à Navez pour lui exprimer la part qu'ils

prenaient à la perte de leur maitre.

« Rome, ce 28 juillet 1825.

» Nous avons été bien attristés ce soir en apprenant la mort de Monsieur David, de cet homme extraordinaire. Son fils aîné est parti pour aller le rejoindre, il ne retrouvera plus son père, je le plains sincèrement. Dans ta première lettre, je te prie, donne-nous tous les détails que tu sais sur la mort de notre cher maître, pour le talent duquel nous ax ions tous une si grande vénération.

» Sa femme est toujours malade, je suppose ; c'est pour cette raison que leur fils qui était ici est parti. »

Cependant le mal céda à un (raitement énergique et David recouvra petit à petit ses forces, à ce point que quand Langlois vint à Bruxelles, lui apporter les souvenirs de ses

élèves, il put accorder à son amitié les séances nécessaires pour qu'il fit son portrait.

Bien que David fût déjà très éprouvé par les années et la maladie, ce portrait de Lan— glois est le meilleur qu’on ait fait de lui, sans excepter celui peint par Rouget en 1814. Plus que dans tout autre, l'artiste s’y révèle, et, malgré l’âge qui a blanchi les cheveux, un front élevé, un regard pénétrant, une faille encore droite indiquent bien un homme de génie.

Cette peinture et une petite lithographie de Madou qui montre le maître se promenant au Pare en sont, au dire des personnes qui l'ont connu, les souvenirs les plus fidèles ; on les préférait de beaucoup au dessin dans lequel Odevaere l'avait représenté en pied, la palette à la main dans son atelier. Madou l'avait aussi placé parmi les personnages qui animent ses grandes vues de la ville de Bruxelles.

A son retour à Paris, Langlois put tranquilliser ses amis. Gros, toujours affectueux,

s'empressa d'écrire pour l'assurer de la joie qu'il prenait à son rétablissement, et lui recom—

mander la prudence si nécessaire pour la conservation de sa précieuse santé.

« Paris, le 2 octobre 1825.

» Mon très cher maitre,

» Nous avons toujours été informés et attentifs à toutes les variations de votre santé, car les nouvelles de Bruxelles sont les vôtres ; le devoir de chacun s’y rendant ou en revenant est de vous porter les constants et profonds hommages de tout ce qui est dans les arts, et de rapporter de vos nouvelles; elles nous ont causé de vives inquiétudes et enfin nous ont rassurés.

» Langlois à eu le plaisir de vous accompagner au spectacle, cela vous montre tout à fait rétabli, mais il faut ménager sa convalescence et craindre surtout de se laisser trop

aller au besoin devenu trop vif par une longue privation de nourriture.

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