COUPLETS ADRESSES A M. DAVID, PEINTRE DU ROI
Air : Von, non, Doris, ne pense pas.
Tu portes le nom d'un grand roi Fort préconisé dans la Bible;
Mais tu vaux mieux que lui, ma foi.
S'il vainquit un géant terrible,
(1) David.
Malgré de nombreux concurrents, Toi, secondé par la nature,
Tu triomphes tous les deux ans Des Goliath de la peinture.
Tes succès doivent m'être chers, Et ma muse serait ingrate
Si je t'oubliais dans mes vers, Immortel peintre du Socrate.
Oh! combien j'applaudis au sort Du Roi de la philosophie ; Athènes lui donna la mort,
Ton tableau lui rendra la vie.
Dieu ! que ton coloris est beau!
Déjà le souvenir des sages,
Grâces à ton divin pinceau,
M'étonne autant que tes ouvr
Attends du spectateur surpris L'immortalité qui t'est due ; Ne crains rien de tes ennemis...
Nous leur réservons la ciguë,
Si David se plaisait aux jeux de ses élèves, il goûtait aussi des plaisirs plus délicats et plus relevés. Dès son retour à Paris, son talent lui avait ouvert les salons de la haute société où il s'était fait remarquer par la distinction de sa tournure et ses habitudes de bonne compagnie.
Nous voyons, par sa correspondance et dans les Souvenirs de M" Vigée Lebrun, qu'il entretenait des relations avec des personnes occupant un rang élevé dans les charges publiques. IL était reçu chez le due d'Orléans, qui cherchait alors à s'attacher les hommes les plus distingués, sans regarder à leur naissance, et il se rencontrait à Saint-Leu avec Volney, Lameth, Barnave, M. de Talleyrand et le vicomte de Beauharnais. Il trouvait de plus dans la société du Duc et de sa famille des distractions conformes à ses goûts. Car, outre les prix de dessin distribués sous sa direction par M de Genlis aux enfants de la Maison d'Orléans, on avait organisé des représentations animées de différentes scènes tirées de la Mythologie et des Voyages de La Harpe.
« David, dit M°° de Genlis, trouvait ce jeu charmant et avait grand plaisir à grouper lui-mème ces tableaux fugitifs.… On joua ainsi Psyché et l'Amour. M'Y de Lavæstine, quinze ans, Vénus; sa sœur, Psyché, et Paméla, l'Amour. Le grand artiste était enthousiasmé de cette pantomime qui offrait, disait-il, la perfection du beau idéal. »
Pendant cette période de 1781-1790, le maitre affirma de plus en plus la réforme qu'il avait commencée en Italie. Le courage ne lui fit jamais défaut, et rien dans ses œuvres ne trahit un retour, ou mème un regret, vers une manière qui lui avait cependant, dès ses débuts, attiré du succès.
Quand on examine avec attention ses premières productions, on apprécie davantage le
sacrifice auquel il se résolut en jetant de côté tout ce qu’il avait appris dans le cours de ses études. Et qu'on ne vienne pas dire qu’il y fut poussé par la sécheresse de son imagination. Les ouvrages de sa jeunesse dénotent une verve abondante et expliquent cette phrase de la lettre de M. D’Angiviller où, à propos des espérances qu'il fonde sur David après son {ableau des ÆZoraces, il dit « qu’elles reposent sur le grand courage qu’il a eu de s’arracher
lui-même à uns
tème qui pouvait faire craindre qu’il ne s’écartät encore plus ».
En effet, dans son premier tableau conservé au Louvre, quelle habileté dans le pinceau, quelle désinvolture dans la composition. Tout y a l'air ronflant de l’époque. Dans son prix à l’École des Beaux-Arts, quelle fertilité d'invention pour entourer sa composition de
mille draperies, richement et librement chiffonnées. Remplir une toile n’était rien pour
une imagination aussi exubérante. Des tapis, des rideaux, des colonnades ne laissent aucun repos à l'œil, et cette manière de faire obtenait l’approbation de ses juges. « Surtout, lui disaient-ils, n’allez pas vous perdre à Rome. »
Eh bien, tout cet acquit, il s'efforce de s’en dépouiller une fois que la beauté réelle de l’art lui est apparue.
Mais de cette éducation il lui resta néanmoins quelque chose, qu'il sut régler par sa sagesse et sa volonté, une grande franchise de pinceau, une science profonde pour toucher sûrement et rapidement des draperies, ce qui prète à ses tableaux et surtout à ses portraits cette belle apparence de simplicité qui ne s’acquiert qu'après de longs et pénibles efforts.
Pourquoi n’apporta-t-il pas dans toutes choses la même rectitude et la même sûreté de jugement? Le bon sens, la modération semblent présider à ses ouvrages; cependant son imagination contenue dans les justes limites de son art va déborder d’un autre côté et se répandre en manifestations redondantes dans une lutte pour laquelle il n’était pas préparé. S'il se fût entièrement consacré à ses pinceaux, tout en restant dans le mouvement libéral, nous compterions quelques chefs-d’œuvre de plus, car jamais son talent ne fut plus sage,
plus mür et plus profond qu’à l’heure où la passion politique excitait son génie.