‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 27 sur 328 · DISSENSION DANS L'ACADÉMIE DE PEINTURE · texte numérisé non relu

DISSENSION DANS L'ACADÉMIE DE PEINTURE

ayant voix délibérative, formait le Corps administratif prononçant dans les jugements et sur les affaires de l’Académie ;

La seconde, celle des Académiciens, assistait à certaines séances, mais avec voix consultative, et aucun de ses membres, quel que fût son talent, ne pouvait prendre la parole qu'avec le consentement des Officiers ;

La troisième classe enfin, celle des Agréés, comptait les artistes dont les œuvres avaient élé admises, après examen, aux Expositions réservées aux seuls membres de l'Académie, et qui devaient, dans le délai d’un an, présenter un nouveau travail, dit « morceau de réception », pour être inscrits dans la société avec le litre d’académicien. Ils n'avaient, avant cette épreuve, ni le droit de se dire membres de l’Académie, ni d'assister aux séances.

Ces différences de position étaient rendues plus sensibles par des distinctions matérielles qui blessent toujours l’amour-propre. On les retrouvait au Salon d'Exposition, dans le classement des tableaux qui étaient placés, non d’après le mérite, mais d'après le rang de leur auteur dans l’Académie. Enfin une hiérarchie de sièges suivait celle des grades, depuis le majestueux fauteuil à bras réservé au Directeur jusqu'au modeste tabouret laissé au simple académicien.

Aussi les statuts étaient-ils regardés comme exigeant de profondes réformes auxquelles certains membres des deux dernières classes prétendaient travailler avec les Officiers.

L'Académie avait cependant suspendu en faveur de nombreux artistes la rigueur du statut qui ôtait à un agréé son titre, quand son morceau de réception était jugé trop faible pour être accepté. Cette concession n'avait pas calmé les mécontents, qui exprimèrent leurs vues dans un écrit intitulé : Vœw des Artistes, que l’Académie s’empressa de condamner, ce dont M. D’Angiviller lui fut très reconnaissant.

La dispute s'engagea par les réclamations des élèves, qui, par une députation reçue avec bienveillance au sein de l’Académie, demandaient :

« 1° Que Drouais, leur ancien camarade, fût inscrit comme Académicien et que ses ouvrages fussent exposés au Salon ;

» 2° Que tous les protégés et privilégiés, même fils d’Académiciens, qui prenaient place parmi les médaillistes pour dessiner d’après le modèle, fussent exclus par la suite;

» 30 Qu'il fût permis aux élèves de dessiner, le dernier samedi du mois, d'après l'antique. »

L'Académie, trouvons-nous dans les Mémoires de Wille, le graveur, avait agréé les deux premières propositions ; mais elle revint sur cette décision, et à la séance du 3 octobre 1789 il s'éleva une discussion violente entre Vien, Directeur de l’Académie, soutenu par Renou, le secrétaire, et David qui demanda vainement que les ouvrages de son élève obtinssent les honneurs du Salon, et que les vœux des jeunes gens, si conformes à ses principes, fussent pris en considération.

Mais ce n'était qu’une première escarmouche. Le 28 novembre, Miger, académicien, fit au milieu du tumulte une motion demandant la réforme des statuts. Enfin le 5 décembre 1789, plusieurs Académiciens, reprenant l'idée de Miger, envoyèrent à l'Académie l'adresse suivante :

Se

Demande faite à l'Académie royale de Peinture et de Sculpture

par ses Membres soussignés.

« Du 5 décembre 1789.

» Messieurs,

» Nous avons l'honneur de présenter à l’Académie une demande relative à la régénération de ce corps illustre dont nous sommes membres. Les lois les plus sages deviennent souvent, par le laps du temps, impraticables et même nuisibles. Celles de l’Académie peuvent être dans l'un où l’autre cas.

» C'est pourquoi, Messieurs, nous demandons une convocation générale de l'Académie,

dans laquelle tous les membres indistinctement concourront, «par scrutin écrit », à la

res, qui seront pris en nombre proportionnel dans

nomination de plusieurs comm toutes les classes qui la composent, et à la tète desquels nous verrons avec plaisir Monsieur le Directeur.

» Ces commissaires travailleront à la révision des statuts, à la réformation des abus, s'ily en a; à l'établissement de nouvelles lois, s’il en est besoin; à nous donner enfin une constitution fraternelle, satisfaisante à la fois, pour tous les artistes qui composent l'Académie, et capable d'encourager les élèves qui doivent nous succéder.

ires mettront ensuite sous les yeux de l'Académie, dans

» Messieurs les Commiss une Assemblée générale, le résultat de leur travail, pour y être discuté et confirmé, sily a lieu, par toute l'Académie.

» Et ont signé : MM. Roland de la Porte, Guérin, Monot, Lempereur, Jollain, Pasquier, de Wailly, Callet, Berthelemi, Sauvage, David, Miger, Le Barbier (L'ainé), Reonault, Le Vasseur, Vestier, de Valenciennes, Giroust, Boquet, Beauvarlet, Klauber,

Delaunay, Taillasson. »

C'était une déclaration de guerre. En effet, donner à tous les membres voix délibérative, faire travailler ensemble, Officiers, Académiciens, Agréés, c'était le renversement de la constitution académique, que ne pouvaient sauver l'estime et l'amitié, hautement professées par la plupart des artistes pour Vien, nommé Directeur en remplacement de Pierre, le 30 mai 1789.

Le Corps administratif, pour toute répons

gnataires

se contenta d'envoyer aux $

de l'adresse l'extrait suivant du procès-verbal de sa séance.

Batrait des registres de l'Académie royale de Peinture et de Seulpture

du 5 décembre 1789.

« La classe de Messieurs les Académiciens ayant demandé, par une adresse à l’Ass blée, la révision des statuts et la réformation des abus, s’il y en a, l’Académie, qui dans une séance précédente a suspendu jusqu'à nouvel examen l'exécution d’un statut trop rigoureux, à vu avec plaisir que Messieurs les Académiciens voulaient bien l'aider dans ce

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