‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 35 sur 328 · VINCENT · texte numérisé non relu

VINCENT

» De l'Académie de peinture. »

Mais David était vraiment plus épris de gloire que de richesse et, satisfait de la preuve d'estime qu'il venait de recevoir, il envoyait au président de l’Assemblée nationale un

nouveau désistement dans les termes suivants :

« 2 mai 1792, l'an IV de la liberté.

» Monsieur le Président,

» Ayant obtenu de mes collègues les commissaires-juges le maximum des travaux d’encouragements de peinture et sculpture, elc., décrétés par l'Assemblée nationale, j'ai éprouvé le vif sentiment que doit produire le suffrage libre de ses compétiteurs ; mais lorsque j'obliens tout ce que peut désirer l'homme dont la gloire est le seul besoin, je m'empresse de prier l’Assemblée nationale de trouver bon que je renonce à un prix qui, n’ajoutant rien à mon encouragement, et qui, réparti entre plusieurs artistes déjà recommandables par leurs talents, seconderait en eux des dispositions qu'ils n’ont pu développer, faute d'occasion.

» Convaincu que c’est à ceux-ci seulement que devait s'appliquer le terme d’encouragement contenu dans le décret, j'ai pensé qu'ayant déjà des travaux ordonnés par la nation, tels que le tableau représentant le Serment du Jeu de Paume, je ne pouvais en accepter d'autres, parce que ce serait transgresser la loi qui défend de cumuler sur la même personne plusieurs avantages.

» Cependant, mes collègues, malgré ma renonciation formelle et les motifs que je leur ai exposés, m'ont décerné le maximum qu'ils ont fixé à 7,000 livres.

» En persistant dans mon refus, je pense, Monsieur le président, que l’Assemblée nationale rendrait un réel service à l’art, pour lequel cette somme est destinée, si elle autorisait les commissaires-juges à diviser cette somme de 7,000 livres en trois portions, dont une de 3,000 livres et deux de 2,000 livres. Cette disposition augmentera le nombre des artistes

à encourager et diminuera le regret qu'ont éprouvé les commissaires de n'avoir pu rendre justice à tous ceux qui le méritaient, le nombre ayant été limité par le décret. » Je suis, avec respect, etc.,

» DAVID

Cette lettre fut renvoyée au pouvoir exécutif, et le jury répartit ainsi les 7,000 livres que le désistement de David laissait à sa disposition : MM. Mouchet, 3,000 livres; Naigeon, 2,000 livres; Belle, fils, 2,000 livres.

De tels actes de désintéressement honorent le caractère de David, et il les renou-

vellera dans le cours de sa carrière. Au reste, comme il le disait dans sa lettre, il était alors occupé de l'exécution du Serment du Jeu de Paume. I avait, par un avis inséré dans les journaux, prié « les députés qui s'étaient trouvés à cette séance, el dont il n'avait pu peindre la figure, de vouloir bien lui envoyer leurs gravures, à moins qu'ils ne fissent un voyage à Paris dans l’espace de temps qu'il serait à faire son tableau, qu'il présumait être de deux années, et alors ils auraient la bonté de le venir trouver à son atelier aux Feuillants, où il les peindrait d’après nature. »

C’est ainsi que nous possédons les fragments ébauchés sur la toile conservée au Louvre,

et les études d’après Bailly, Grégoire, Barrère, Prieur (de la Marne), etc., dispersées dans

les musées et les cabinets d'amateurs.

Mais le moment était venu où il ne devait plus demander à son crayon seulement le

moyen d'exprimer ses sentiments libéraux. Cette ferme sagesse qui, lui faisant éviter les entraînements du faux goût, avait su le conduire aux régions de l'art où l'avaient précédé Le Poussin et Le Sueur, commençait à l'abandonner, et, comme chez tous les hommes de cette époque, la passion politique l’emporta.

Il délaissa peu à peu ses pinceaux et oublia le chemin de son atelier pour celui du club des Jacobins, où il se mêla aux hommes les plus exaltés, avec lesquels il avait déjà, du haut de la tribune des Feuillants, prêté le serment civique du 4 février 1790.

Cest ainsi que, lié avec Joseph Chenier, il l’aide pour la mise en scène de Caius Gracchus, et que, dans son entrainement, il refuse d'appuyer les excuses que présente Houdon, son ami, qui, par modestie de caractère, n'avait pas pris part au concours oUve rt par la Société des Amis de la liberté et de la constitution pour Le buste de Mirabeau. Gette attitude explique l'article suivant de Prad’homme, quand le bruit courut qu'il devait faire le portrait du Roi :

« On dit que le Roi a chargé M. David de l'exécution de son portrait pour en décorer la salle du Conseil : reste à savoir si le peintre des ÆZoraces, de Brubus, de Socrate et du 1erment du Jeu de Paume, sera d'humeur à prostituer son talent el ses pinceaux à l’image d’un roi parjure.

» Un médecin célèbre de l'antiquité fut mandé pour guérir un despote ennemi de la patrie : beaucoup d’or eût été le prix de ses soins. L'Esculape, bon citoyen, répondit ä l’est

» des tyrans. »

afette du malade couronné : « Dis à ton maitre que je ne me charge pas de la santé

» Alexandre poussait l’'amour-propre jusqu'à défendre aux mauvais peintres de son temps de faire son portrait. L'artiste qui se respecte devait, à son tour, se refuser à l'empressement de princes indignes de son talent. Nous ignorons comment en à agi M. David; mais, à sa place, voici ce que nous aurions répondu à la personne chargée par la Cour de lui

proposer le portrait du Roi : Dites à celui qui vous envoie que je ne peins que des patriotes.»

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