FÊTE DE CHATEAUVIEUX
Du reste, David n'eut jamais l’occasion de retracer les traits du Roi. Quelques biographes cependant lui attribuent un tableau de Zouwis XV7Z entrant
dans le Lieu des séances de l'Assemblée constituante. C’est une erreur qui s'explique par
la confusion qu’ils ont commise entre David, peintre, et David, graveur du Roi de Prus et de Monsieur, membre de plusieurs Académies et demeurant à Paris, 6, rue des Cordeliers, qui, le 25 septembre 1790, fit hommage à l’Assemblée constituante d'un tableau représentant l’Zntrée du Roi à l'Assembl/e nationale, le 4 f’vrier 1790.
La chaleur de ses opinions poussa David à être un des promoteurs de la fête organisée pour le retour des soldats suisses du régiment de Chateauvieux, et à signer cette adresse
envoyée aux autorités municipales de Paris :
« Monsieur le Maire, Messieurs,
» Dans quelques jours, nous posséderons au milieu de nous nos frères, les soldats de Chateauvieux. Leurs fers sont tombés à la voix de l’Assemblée nationale ; leurs persécuteurs
œÉnéreux
sont échappés au glaive de la loi, mais non pas à l’ignominie. Bientôt ces soldats reverront le Champ-de-Mars où leur résistance au despotisme a préparé le règne de la loi; bientôt ils embrasseront leurs frères d'armes, les braves Gardes françaises, dont ils ont partagé la désobéissance héroïque.
» Une bienfaisance paternelle et des honneurs éminents acquitteront, envers les soldats de Chateauvieux, la dette que la patrie a contractée. Ainsi les efforts du civisme seront à
spoir et la conso-
jamais encouragés. Cette fète touchante sera partout l'effroi des tyrans, l’e il (>) % 1
lation des patriotes. Ainsi nous prouverons à l'Europe que le peuple n’est pas ingrat comme les despotes, et qu’une nation, devenue libre, sait récompenser les soutiens de la liberté, comme elle sait frapper les conspirateurs jusque sur les marches du trône.
» De nombreux citoyens nous ont chargés auprès de vous d’une mission que nous remplissons avec confiance et avec joie. Ils vous invitent, par notre voix, à être témoins de cette fête que le civisme et les Beaux-Arts vont rendre imposante et mémorable. Que les magistrats du peuple consacrent, par leur présence, le triomphe des martyrs de la cause du peuple; ils ont conservé dans les fers cette liberté intérieure et morale que tous les rois ne peuvent ravir. La patrie a gravé sur leurs chaînes le serment de VIVRE LIBRE OU MOURIR, comme elle l’a gravé sur les piques nationales, comme elle l’a gravé dans vos cœurs, dans les nôtres et dans ceux de tous les vrais Français.
» Marie-Joseph Chénier, Théroïgne, David, Hion, etc. »
Il accepta d’être l'ordonnateur de cette fête civique qui commence la série de ces cérémonies républicaines inspirées par les pompes antiques décrites dans le Jeune Anacharsis. Ainsi, tables de la loi, bustes des grands hommes, chœurs de jeunes filles portant les chaînes des guerriers libérés, enfin char de la liberté entouré cette fois des soldats de Chateauvieux dans leurs costumes des galères; telle sera l'ordonnance habituelle des fêtes dont nous aurons à parler dans le cours de cet ouvrage.
Le concours que David avait apporté à cette manifestation en dessinant le char et les bas-reliefs qui le décoraient lui valut d'un côté les applaudissements des clubs qui vantèrent son talent et son civisme, mais lui aliéna de l’autre l'esprit de quelques-uns de ses amis. Déjà Me de Genlis, à propos du dessin du Serment du Jeu de Paume où l'on voit la Foudre qui tombe sur le palais de Versailles, avait rompu toute relation avec lui. André Chenier, qui avait célébré, dans son ode sur le Serment du Jeu de pawme, son talent patriotique, flétrit de ses vers indignés cette fête donnée à des soldats rebelles, et, se séparant de plus en plus de l'artiste, il écrira de sa conception de la fête du 10 août 1793:
Arts dignes de nos yeux, pompe et magnificence Dignes de notre liberté, d
Dignes des vils tyrans qui dévorent la France, Dignes de l'atroce démence
Du stupide David qu'autrefois j'ai chanté.
A ce moment la célébrité politique s’attachait au peintre qui « avait devancé la Révolution » et dont l'atelier venait de fournir de nombreux volontaires à la compagnie des Arts formée dans les ateliers du Louvre.
Ausei David fut-il d'abord, au mois d'août 1792, porté le troisième sur la liste des électeurs par la section du Louvre, puis, le 17 septembre, nommé député à la Convention par l'Assemblée électorale de Paris.
Voici le procès-verbal de son élection :
« Extrait des registres de l'Assemblée électorale du département de Paris, du lundi 17 septembre 1792, lan Ier de l'Égalité.