‹ Le peintre Louis David, 1748-1825Chapitre 40 sur 328 · DAVID MEMBRE DU COMITÉ D'INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

DAVID MEMBRE DU COMITÉ D'INSTRUCTION PUBLIQUE

une exergue différente pour Lille et pour Thionville, afin de distribuer ces médailles à chaque individu habitant ces deux villes. Cette médaille sera aussi fabriquée avec du bronze provenant des cinq statues détruites.

» J'observe qu'il sera expressément défendu de faire servir cette médaille à l'usage d'aucun signe de décoration extérieure.

» Je désire que ma proposition de frapper les médailles ait lieu pour tous les événements glorieux ou heureux déjà arrivés et qui arriveront à la République, et cela à limitation des Grecs et des Romains qui, par leurs suites métalliques, nous ont, non seulement donné la connaissance des événements remarquables, celle des grands hommes, mais aussi celle du progrès de leurs arts.

» Comme nos artistes français se sont livrés les premiers aux élans de la Révolution, et que plusieurs d’entre eux ont négligé leurs occupations paisibles pour s’abandonner à tout ce que le soutien de la chose publique pouvait exiger, et que beaucoup d’entre eux ont préféré, en se rendant aux frontières, la gloire de la République à leur gloire particulière, la Convention nationale ne peut, ce me semble, leur donner un témoignage de reconnaissance, ni plus glorieux, ni plus satisfaisant, qu'en employant, au nom de la République entière, ces mêmes artistes, pour porter sa gloire et sa satisfaction à l'univers entier et à la faire passer à la postérité.

» Permettez-moi de vous observer que c'est à un incendie que la ville de Londres doit la largeur, la beauté et la régularité d’une grande partie de ses rues, comme aussi la commodité de ses trottoirs ; ne serait-il pas aussi convenable qu'avantageux de faire faire un plan général à Lille, de même qu'à Thionville, avant de s'occuper de la reconstruction des bâtiments détruits ou la restauration de ceux endommagés.

» C'est dans ce plan général qu'on ferait entrer celui du local le plus convenable d’une place publique, pour élever dans ces deux villes les monuments en granit que j'ai proposés.

» Je me résume en demandant de nommer des commissaires pour examiner mes propositions avec leurs développements, afin d'en faire le rapport à la Convention nationale, dans le plus court délai possible. Ces commissaires pourront s'entendre avec les Comités auxquels vous avez renvoyé le projet de décret du citoyen Gossuin. »

C'est ainsi que David s'emparait du rôle qu'il ambitionnait, celui d'exalter les vertus républicaines et les gloires de la patrie.

La haine implacable des tyrans est célébrée par les historiens de l'antiquité comme la première des vertus civiques, et verser le sang d'un despote, loin d’être un crime à leurs yeux, range les Harmodius, les Timoléon, les Brutus au nombre des héros. Pour les hommes de la Révolution, nourris pour la plupart de ces idées, décréter que Louis XVI avait mérité le dernier supplice, était s'élever d'un seul coup au rang de ces citoyens illustres, et David, plus que tout autre, croyait alors faire revivre les temps antiques. Aussi en votant simplement « la mort », il prononçait l'arrêt que lui dictait sa conscience, et quand plus fard, accablé par les années et le malheur, il s'éteignait sur la terre d'exil, pas une parole de regret ou de colère ne vint amoindrir cet acte solennel.

C'est alors qu'un événement tragique lui fit reprendre ses pinceaux. La veille du jour fixé pour l'exécution de Louis XVI, le 20 janvier 1793, un député de l'Yonne à la Convention, Lepelletier de Saint-Fargeau, succombe le soir, à cinq heures, sous

ssassin. Pâris, garde du Roi, n'ayant pas trouvé l'occasion de punir le duc

le fer d'un :

d'Orléans d'avoir prononcé la mort de son cousin el de son Roi, entre dans un restaurant du Palais-Évalité, tenu par un nommé Février, et là, rencontrant Lepelletier :

« Scélérat, lui dit-il, n'as-tu pas voté pour la mort du Roi ?— C'est vrai, répond Lepelletier, parce que ma conscience me l’a commandé. »

Aussitôt Pâris, tirant un sabre de dessous ses vêtements, le plonge dans le flanc de son interlocuteur, en s’écriant : « Tiens, voilà ta récompense. » Celui-ci tombe, et pendan

qu'on s’empresse autour de lui, l'assassin, se débarrassant du maitre de l'établissement,

réussit à prendre la fuite. Le blessé est transporté place Vendôme, chez son frère, où i

expire quelques heures après.

Le lendemain, 21 janvier, cette nouvelle est annoncée à la Convention. Thuriot e Maure racontent avec tristesse les derniers moments de leur collègue, et signalent les périls qui menacent les bons citoyens. A ces mots, on se lève, les accusations se croisent, Barrère prend la parole, et, dans un discours plein de réticences, demande l’établissemen des visites domiciliaires, l'attribution de la police à l'Assemblée, et des recherches contre les émigrés, les espions, les stipendiés de Coblentz et les anciens esclaves du Roi. Il éme

ce principe dont on à fait depuis un si terrible usage, « que la souveraineté du peuple à

tous les droits et doit prendre toutes les mesures nécessaires à la sûreté générale ». I

représente l’Assemblée, la Souveraineté nationale, frappées en la personne de Lepelletier, il réclame une adresse aux départements el conclut en invitant la Convention tout entière à assister aux funérailles, qui se feront au Panthéon.

Après avoir entendu Robespierre, Danton et le ministre de la justice, l'Assemblée décrète l'accusation de Pâris, une adresse au peuple Français et sa présence au convoi de Lepelletier.

Joseph Chenier, évoquant le souvenir des Martyrs modernes de la liberté, des Barnevelt et des Sydney, demande que dans cette pompe funèbre, animée par le génie de David et de Gossec, le corps de Lepelletier expose à tous les yeux sa blessure : que ses vêtements ensanglantés soient présentés au peuple avec des inscriptions rappelant ses dernières paroles et les circonstances de sa mort.

L'Assemblée accepte ces conclusions et décrète :

Jeudi, 24 janvier an IT de la République, à huit heures du

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