IL OFFRE LE PORTRAIT DE LEPELLETIER A LA CONVENTION
« JE SUIS SATISFAIT DE VERSER MON SANG POUR LA PATRIE. J'ESPÈRE QU'IL » SERVIRA A CONSOLIDER LA LIBERTÉ ET L'ÉGALITÉ, ET A FAIRE RECONNAITRE SES » ENNEMIS. »
Le 24, eut lieu la cérémonie funèbre. Lepelletier, nu, était étendu sur un lit de parade disposé sur le piédestal, seul reste de la statue équestre de Louis XIV, place Vendôme. Deux escaliers ornés de lampadaires conduisaient à ce catafalque.
Le Président de la Convention, après en avoir fait le tour, gravit les degrés, escorté de ses collègues, et déposa une couronne civique sur la tête du mort, pendant qu'un fédéré, d'une voix retentissante, prononçait un discours. Le cortège se mit en marche; le corps ivide, sanglant, était porté par des citoyens, ainsi que les vêtements fixés au bout d’une pique garnie de cyprès et de lauriers. On lisait sur les bannières les dernières paroles de Lepelletier et le décret de la Convention qui lui accordait les honneurs du Panthéon. La Convention nationale, les autorités civiles et militaires, les volontaires, suivaient cette ugubre pompe.
Arrivé au Panthéon, le corps fut déposé sur une estrade, et, après un éloge prononcé
par Félix Lepelletier, les représentants de la nation jurèrent sur les cendres de leur collègue d'assurer le salut de la patrie.
Une émotion profonde succéda à cet horrible spectacle.
Sans doute, en cette circonstance, la Convention voulut tirer parti des deux faits que la fatalité avait mis en présence. Afin de contrebalancer l'impression produite par la condamnation et le supplice du Roi, drame bien autrement terrible, elle chercha à frapper
les esprits par un spectacle sanglant et plein de prophétiques enseignements. Exposer aux
regards du peuple cette blessure profonde et béante, ce corps déjà livide, c'était assez lui dire quelle fin attendait peut-ètre ses représentants. Cette pensée éclate dans tous les discours prononcés à cette occasion. Chacun est prêt à faire le sacrifice de sa vie à la patrie. Pendant la marche du cortège, on &’écriait : « Voilà donc notre sort! voilà ce qu'on gagne à fonder une République! » Tous semblaient se préparer à affronter la mort; mais chacun, dans les divisions déjà furieuses des partis, se croyait menacé par le fer de la faction ennemie.
Le lendemain de cette cérémonie, Félix Lepelletier paraît à la barre de la Convention, accompagné de la veuve et de la fille de son frère. Prenant cette jeune enfant dans ses bras, il lui montre le Président de l’Assemblée en lui disant : « Voilà ton père, » et, s'adressant aux représentants et aux citoyens présents à la séance, il s’écrie : « Peuple, voilà ton enfant. »
Ces paroles entrecoupées de sanglots, cette orpheline, la grandeur des événements qui ont précédé et suivi le crime dont le père est tombé victime, tout contribue à rendre cette scène déchirante. Le Président de l'Assemblée, se faisant l'interprète des sentiments de la Convention, propose l'adoption de la fille de Michel Lepelletier.
« Le nom de Lepelletier, immortel désormais, sera cher à la nation française. La Convention nationale, qui a besoin d’être consolée, trouve un soulagement à sa douleur, à
exprimer à sa famille les justes regrets de ses membres et la reconnaissance de la grande
A1G - CHAPITRE IV nation dont elle est l'organe. La nation ratifiera sans doute l'adoption que fait en ce moment la Convention nationale de la fille de Michel Lepelletier. »
Barrère s'écrie à son (our : « que l'émotion que la vue de la fille unique de Lepelletier vient de communiquer à vos âmes ne soit pas stérile pour la patrie. Suzanne Lepelletier doit retrouver dans le peuple français le père qu'elle à perdu, mais que ce
sentiment de sensibilité soit consacré par une loi qui fasse le bonheur et l'espérance
juste des familles et des citoyens. Rappelons-nous cette belle institution des Romains, faisons passer dans la législation française le principe de l'adoption, et que la Convention donne
aujourd’hui le premier exemple de l'adoption en la décrétant pour l'unique rejeton de
Lepelletier. »
L'Assemblée adopte cette proposition à l'unanimité.
javid, entrainé par ce spectacle, prend la parole en ces termes : « Encore pénétré
de la douleur que nous avons tous ressentie hier en assistant au convoi funèbre dont vous avez honoré les restes inanimés de notre collègue, je demande qu'il soit fait un
monument en marbre qui transmette à la postérité la figure de Lepelletier comme vous
l'avez vu hier lorsqu'il a été porté au Panthéon. Je demande que cet ouvrage soit mis au Concours. »
Il est probable que l'idée de faire ce qu'il appelait un portrait héroïque à l'imitation
des statues que les Grecs érigeaient à leurs grands citoyens se présenta à son esprit, et,
l'imagination encore saisie du spectacle qui avait frappé ses yeux, il résolut d'immortaliser
par ses pinceaux le premier député tombé victime de ses opinions. sin de Lepelletier fut bientôt retrouvé; car, arrivé à Forges-les-Eaux, où l’étranl'attention, au moment où on vient l'arrêter, il se fait sauter la
L'ass geté de ses manières attire cervelle. Cette nouvelle est transmise à la Convention, qui char
re Tallien et Legendre de
s'assurer de l'identité du suicidé, qui fut parfaitement établie par ces députés. On trouva en effet sur le corps l'acte de nais écrit « Mon brevet d'honneur ».« Qu'on n’inquiète personne, personne n'a été mon complice
; de garde du Roi, où était
ance de Pâris, son cong
dans la mort heureuse du scélérat Saint-Fargeau. Si je ne l'eusse pas rencontré sous ma main, je faisais une plus belle action, je purgeais la France du régicide, du fratricide, du is sont des lâches auxquels
parricide d'Orléans; qu'on n'inquiète personne. Tous les Franç
je dis :
Peuple dont les forfaits jettent partout l'effroi, Avec calme et plaisir j'abandonne la v ie Ce n'est que par la mort qu'on peut fuir l'infamie Qu'imprima sur vos fronts le sang de votre Roi. » Signé : pe PÂnis l'aîné,
garde du Roi assassiné par les F rançais. »
, Félix Lepelletier est recu à la séance du soir et offre à La Convention le « Je viens d'examiner
Le 21 février buste de son frère. David, après les allocutions du Président, dit fait et parfaitement
mblant; l'artiste
le buste qui vous est présenté ; il est très bien
est un jeune homme nommé Fleuriot. Je demande pour lui l'encouragement le plus