DAVID PRÉSIDE LE CLUB DES JACOBINS
Une députation des Citoyennes révolutionnaires des sections de Paris se présente et prévient la Société que, pour réduire au silence leurs calomniateurs, elles ont arrêté de se réunir fraternellement au champ de la Fédération, dimanche prochain, pour y faire leur profession de foi et s’unir d'intention et de cœur à tous les citoyens.
Le Président leur répond : «Les Jacobins ne voient dans la Société qu’une même famille.
Ils savent les services que vous avez rendus à la Révolution française. Ils sont pénétrés de l'importance de la démarche que vous proposez de faire; ils se réuniront àvous; ils secon-
alité. »
deront vos efforts pour rallier tous les citoyens aux principes de la liberté et de lé
A cette mème séance on reçoit une députation de la section de Bon-Conseil. Son orateur s'exprime ainsi : « Nous connaissons beaucoup d’aristocrates ; nous voudrions les connaître tous; les boutiquiers nous tourmentent béaucoup : nous venons vous demander
une copie des pétitions des 20,000 et des 8,000, pour que nous puissions ôter les cartes de
citoyen aux signataires de ces pétitions, et que ces monstres à figure humaine ne puissent jamais se présenter dans les assemblées républicaines. La section de Bon-Conseil vous prie de lui donner cette copie ou de lui permettre de prendre un relevé de ces pétitions et des signatures qui y sont apposées. »
David leur répond : « La section de Bon-Conseil est connue pour les services qu'elle a rendus à la République. Elle a été l’avant-garde de la force révolutionnaire à toutes les époques mémorables où la liberté a triomphé. La Société reconnaît la justice de votre demande, mais elle doit éviter tout ce qui aurait un caractère de proscription et tout ce qui pourrait fournir des armes à la calomnie. »
On s’étonnera peut-être qu'avec l’exaltation qui lui était ordinaire, David ait montré cette modération, dans un auditoire aussi surexcité que devait l'être alors la Société des Amis de la Constitution. Avait-il compris que le calme est la qualité essentielle d'un président, et l'impartialité son premier devoir ? car nous n’avons jamais dans ces courtes allocutions relevé ces violences de langage qu'on peut signaler dans ses fréquentes interruptions à la Convention.
C'est quand il remplissait ces fonctions, qu'il eut à rendre compte à la Convention, qui venait de décréter l'abolition de la loi martiale et l'acceptation de la Constitution par le peuple français, de l'inspection qu’il avait passée avec de ses collègues dans certains quartiers de Paris qu'on leur avait désignés.
« Citoyens, dit-il, nous nous sommes acquittés de la mesure dont vous nous avez chargés hier. Nous nous sommes transportés aux Champs-Élysées, au milieu de nos frères et braves canonniers. Là nous y avons vu des frères purs que les suggestions perfides des ambitieux sont bien loin d'atteindre. Nous leur avons fait part des motifs qui nous amenaient parmi eux. Ils les ont sentis : ils s’en sont réjouis.
» Ah! citoyens, comment vous retracerai-je les émotions vives de ce peuple généreux, serrant dans ses bras reconnaissants les députés vertueux qui s'étaient voués sans réserve à la mort plutôt que de trahir ses intérêts. J'ai vu couler tes larmes, peuple magnanime, ne ten défends pas, elles font honneur à (on courage : Achille pleurait aussi, les Romains ont pleuré, et les Cannibales, auxquels on t'a comparé, ne pleuraient pas.
» Mais pour vous peindre ce peuple de Paris tel qu’il est, le meilleur moyen est de vous répéter ce qu'il a dit hier, sous la vote céleste en présence de l'Éternel. « L'union et la concorde entre les citoyens, l'unité et l’indivisibilité de la République,
» une Constitution populaire contre laquelle viendront se briser tousles efforts du despotisme
» et de l'anarchie, l'ardent amour de l'égalité, l'obéissance aux lois, qui seules peuvent » assurer le bonheur du peuple, tel est le vœu des canonniers, celui de Paris, et celui de la » France entière.
» En vain des hommes perfides qui épient tous les mouvements pour en abuser,
ssions pour les aigrir, tous les désordres pour les augmenter, veulent dans les
» toutes les pi » circonstances où se trouve la France, nous inspirer des sentiments de haine contre les
» citoyens. Ces citoyens sont Français, ils sont républicains, ils sont nos frères, leur cœur
» est embr s'ils marchent vers
du patriotisme qui enflamme tous les habitants de Paris
» nos murs, nous irons au-devant d'eux, non pour les combattre, mais pour les embrasser, » pour jurer avec eux la perte des (yrans, quels que soient leurs projets liberticides, la puni- » tion des traîtres, quel que soit le masque imposant qui les couvre.
» Nous leur dirons : « Frères et amis, nos cœurs sont unis, ils s'entendent; nous » demandons comme vous la liberté, l'égalité, la République une et indivisible : des » lois vraiment populaires, le respect pour la représentation nationale, et la fin de » l'anarchie. Maintenant, unissons nos armes, les ennemis de la France bordent le Rhin » et la Moselle, le fanatisme agitant l’étendard de la rébellion souille la Loire et la Vendée » du sang de nos frères, allons en masse les secourir et les venger. Cest là que la patrie » nous appelle.
» À ce discours des larmes patriotiques couleront de leurs yeux. Nous marcherons » ensemble! Au lieu de combats fratricides, dernier espoir de nos ennemis, il n’existera
» entre nous d'autre lutte que celle du patriotisme et du courage, etnous serons invincibles,
» car le génie de la liberté combattra avec nous. »
» Ainsi parlèrent les généreux républicains. Des cris de Vive la République! Vive la C'oncention nationale! se firent entendre de toutes parts. L’aristocratie en a pâli. On à vu la discorde éteindre pour un moment son flambeau, étouffer de ses deux mains les serpents qui se cachent sous sa chevelure hideuse, qui par leurs sifflements auraient pu la faire reconnaitre. Elle a fui : la mission dont vous m'aviez chargé auprès de nos braves canon niers finit là.
» Ici la scène change et nous sommes au Champ-de-Mars. Ce n'étaient plus ces fiers enfants du Dieu qu'on révère, c'étaient de véritables républicains, des mères de famille qui, par leur exemple, donnaient à leurs enfants les premières leçons de la vertu.
» Trois fois elles firent le tour de l'autel de Ja Patrie en chantant des hymnes saintes à la liberté, trois fois le peuple répondit à ces accents si chers à son cœur. Le maire de Paris fit la lecture du décret qui abolissait l’infâme loi martiale. A cette voie chère aux
citoyens de Paris, le peuple en bénissant ses représentants répondit : Vive la Convention nationale! Vive la Liberté! Vive la République. » A la suite de ce rapport, il fut chargé avec Legendre de remettre à la Commune de
Paris l'acte constitutionnel « qui venait d’être terminé et qui apportait au peuple la paix et le bonheur ».
Il avait offert de donner les dessins de l'arche qui devait contenir ce précieux monument de l’affranchissement des Français.
Ce fut aussi à la mème époque qu'il présenta à la Convention et aux Jacobins le projet suivant sur l’organisation de la fête de la Réunion républicaine, du 10 août, décrétée par la Convention, pour célébrer l'achèvement de la Constitution et son acceptation par le
peuple.
« Citoyens,
» Chargé par votre Comité d'instruction publique de vous faire un rapport sur la fête de la Réunion qui doit avoir lieu le 10 du mois d’août dans le Champ-de-Mars, sur l'autel de la Patrie, je m’empresse d'offrir à vos lumières le résultat de mes réflexions.
» Ne vous étonnez pas, citoyens, si dans ce rapport je me suis écarté de la marche
usitée jusqu’à ce jour. Le génie de la liberté, vous le savez, n’aime pas les entraves: Réussir
est tout, les moyens pour y parvenir sont indifférents.
» Peuple magnanime et généreux, peuple vraiment digne de la liberté, peuple français, c'est toi que je vais offrir en spectacle aux yeux de l'Éternel. En toi seul il reconnaîtra son ouvrage ; il va revoir les hommes égaux et frères, comme ils sont sortis de ses
divines mains. Amour de l'humanité, liberté, égalité, animez mes pinceaux.
» Les Français réunis pour célébrer la fête de l’unité et de l’indivisibilité, se lèveront avant l'aurore; la scène touchante de leur réunion sera éclairée par les premiers rayons du soleil. Cet astre bienfaisant dont la lumière s'étend sur tout l’univers, sera pour eux le
symbole de la vérité à laquelle ils adresseront des louanges et des hymnes.
Première station.
» Le rassemblement se fera sur l'emplacement de la Bastille. Au milieu de ses décombres, on verra s'élever la fontaine de la Régénération, représentée par la Nature. De ses fécondes mamelles, qu’elle pressera de ses mains, jaillira avec abondance l’eau pure et salutaire, dont boiront tour à tour quatre-vingt-six commissaires des envoyés des Assemblées primaires, c'est-à-dire un par département ; le plus ancien d'âge aura la préférence ; une seule et mème coupe servira pour tous.
» Le président de la Convention nationale, après avoir, par une espèce de libation,
arrosé le sol de la liberté, boira le premier; il fera successivement passer la coupe aux
commissaires des envoyés des Assemblées primaires ; ils seront appelés, par lettre alpha-
bétique, au son de la caisse et de la trompe; une salve d'artillerie, à chaque fois qu'un
commissaire aura bu, annoncera la consommation de l'acte de Fraternité. » Alors on chantera, sur l'air chéri des enfants de Marseille, des strophes analogues
à la cérémonie; le lieu de la scène sera simple, sa richesse sera prise dans la nature; de
distance en distance on verra tracées sur des pierres des inscriptions qui rappelleront la chute du monument de notre ancienne servitude; et les commissaires, après avoir bu tous ensemble, se donneront réciproquement le baiser fraternel.
» Le cortège dirigera sa marche par les boulevards. En tête seront les sociétés populaires réunies en masse; elles porteront une bannière sur laquelle sera peint l'œil de la Surveillance pénétrant un épais nuage.
» Le second groupe sera formé par la Convention nationale, marchant en corps. Chacun de ses membres portera à la main, pour seule et unique marque distinctive, un bouquet formé d’épis de blé et de différents fruits. Huit d'entre eux porteront sur un brancard, une arche; elle sera ouverte et elle renfermera les tables sur lesquelles seront gravés les droits
de l'homme et l’acte constitutionnel.
» Les commissaires des envoyés des Assemblées primaires des quatre-vingt-six départements formeront une chaîne autour de la Convention nationale; ils seront unis les uns aux autres, par le lien léger mais indissoluble de l'unité et de l'indivisibilité, que doit former un cordon tricolore. Chacun d'eux sera distingué par une pique, portion du faisceau qui lui aura été confié par son département, qu'il tiendra d'une main avec une banderolle sur laquelle sera écrit le nom de son département, et par une branche d'olivier qu’il portera de l’autre, symbole de la paix. Les envoyés des assemblées primaires porteront également à la main la branche d'olivier.
» Le troisième groupe sera composé par toute la masse respectable du souverain.
semblées primaires; ici il n’y a plus
Ici tout s’éclipse, tout se confond en présence des As
de corporation : tous les individus utiles de la société seront indistinctement confondus, quoique caractérisés par leurs marques distinctives. Ainsi l’on verra le président du Conseil exécutif provisoire sur la mème ligne que le forgeron ; le maire, avec son écharpe, à côté du bûcheron ou du maçon; le juge, dans son costume et son chapeau à plume, auprès du tisserand ou du cordonnier ; le noir Africain, qui ne diffère que par la couleur, marchera
à côté du blanc Européen; les intéressants élèves de l’Institution des Aveugles, trainés sur
un plateau roulant, offriront le spectacle touchant du malheur honoré. Vous y serez aussi,
tendres nourrissons de la maison des Enfants trouvés, portés dans de blanches barcelon-
nettes; vous commencerez à jouir de vos droits civils trop justement recouvrés ; et vous,
artisans respectables, vous porterez en triomphe les instruments utiles et hono ‘ables de votre profession.
» Enfin, parmi cette nombreuse et industrieuse famille, on remarquera surtout un char vraiment triomphal, que formera une simple charrue, sur laquelle seront assis un vieillard et sa vieille épouse, trainés par leurs propres enfants, exemple touchant de la piété filiale et de vénération pour la vieillesse; parmi les attributs de tous ces différents
métiers, on lira ces mots écrits en gros caractères :