SEUL ESPOIR DE L'ÉTRANGER
» Il va lui être ravi. Le président s'approche tenant entre ses mains un flambeau, le groupe s'embrase, il rentre dans le néant avec la mème rapidité que les conspirateurs qu'a frappés le glaive de la loi.
» Du milieu de ses débris s'élève la Sagesse au front calme et serein. A son aspect, les
larmes de joie et de reconnaissance coulent de tous les yeux. Elle console l’homme de bien
que l’athéisme voulait réduire au désespoir. La fille du ciel semble dire : « Peuple, rends » hommage à l'auteur de la nature, respecte ses décrets immuables. Périsse l’audacieux qui » oserait y porter atteinte ! Peuple généreux et brave, juge de ta grandeur par les moyens
» que l'on emploie pour t'égarer. Tes hypocrites ennemis connaissent (on attachement
» sincère aux lois de la raison, et c’est par là qu'ils voulaient te perdre : tu briseras toi- » même la nouvelle idole que ces nouveaux druides voulaient relever par la violence. »
» Après cette première cérémonie que termine un chant simple et joyeux, le bruit du
tambour se fait entendre, le son perçant de la trompette éclate dans les airs : le peuple se dispose ; il est en ordre, il part. Deux colonnes s’avancent : les hommes d’un côté, les femmes de l’autre marchent sur deux files parallèles. Le bataillon carré des adolescents marche toujours dans le mème ordre. Le rang des sections est déterminé par la lettre alphabétique.
» Au milieu du peuple paraissent ses représentants. Ils sont environnés par l'enfance ornée de violettes, l'adolescence de myrte, la virilité de chène et la vieillesse aux cheveux blancs de pampres et d’olivier. Chaque représentant porte à sa main un bouquet d’épis de blé, de fleurs et de fruits, symbole de la mission qui lui à été confiée, mission qu'ils rempliront en dépit des obstacles renaissants sous leurs pas.
» Au centre de la représentation nationale, quatre taureaux vigoureux, couverts de festons, de guirlandes, traînent un char, sur lequel brille un trophée composé des instru ments des arts et métiers et des productions du territoire français.
» Vous qui vivez dans le luxe et dans la mollesse, vous dont l'existence n’est qu'un pénible sommeil, peut-être oserez-vous jeter un regard de mépris sur ces utiles instruments. Ah! fuyez, fuyez loin de nous. Vos âmes corrompues ne sauraient goûter les jouissances simples de la nature; et toi, peuple laborieux et sensible, jouis de ton triomphe et de ta gloire, dédaigne les vils trésors de tes lâches ennemis; n'oublie pas surtout que les héros et les bienfaiteurs de l'humanité conduisaient la charrue de la même main qu'ils avaient vaincu les rois et leurs satellites.
» Après avoir, durant la marche, couvert d'offrandes et de fleurs les statues de la
Liberté, le cortège arrive au champ de la Réunion. Ames pures, cœurs vertueux, c’est
ici que vous attend une scène ravissante, c'est ici que la Liberté vous a ménagé ses plus douces jouissances.
» Une montagne immense devient l’autel de la patrie. Sur la cime s'élève l'arbre de la Liberté. Les représentants s'élancent sous ses rameaux protecteurs ; les pères avec leurs fils se groupent sur la partie de la montagne qui leur est désignée ; les mères avec leurs filles se rangent de l’autre côté; leur fécondité et les vertus de leurs époux sont les seuls titres qui les y ont conduites. Un silence profond règne de toutes parts, les accords touchants d'une musique harmonieuse se font entendre : les pères accompagnés de leurs fils chantent une première strophe. Ils jurent ensemble de ne plus poser les armes qu'après avoir anéanti les ennemis de la République. Tout le peuple répète la finale. Les filles avec leurs mères, les yeux fixés vers la voûte céleste, chantent une seconde strophe : celles-ci promettent de n'épouser jamais que des hommes qui auront servi la patrie, les mères s’enorgueillissent
de leur fécondité.
os enfants, disent-elles, après avoir purgé la terre des tyrans coalisés contre » nous, reviendront s'acquitter d’un devoir cher à leur cœur. Ils fermeront la paupière de » ceux dont ils ont recu le jour. Le peuple répète l'impression de ces sentiments sublimes » inspirés par l'amour sacré des vertus.
» Une troisième et dernière strophe est chantée par le peuple tout entier. Tout s'émeut,
tout s’agite sur la montagne. Hommes, femmes, filles, vieillards, enfants, tous font
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retentir l'air de leurs accents. Ici les mères pressent les enfants qu'elles allaitent; là,
saisissant les plus jeunes de leurs enfants mâles, ceux qui n'ont point assez de force pour
accompagner leurs pères, et, les soulevant dans leurs bras, elles les présenteront en hommage à l'Auteur de la nature. Les jeunes filles jettent vers le ciel les fleurs qu'elles ont apportées, seules propriétés dans un âge aussi tendre. Au même instant et simultanément, les fils, brûlant d’une ardeur guerrière, tirent leurs épées, les déposent dans les mains de leurs vieux pères : ils jurent de les rendre partout victorieuses, et ils jurent de faire triompher on des tyrans. Partageant l’enthousiasme de leurs
l'égalité et la liberté contre l'oppres fils, les vieillards ravis les embrassent et répandent sur eux leur bénédiction paterneile.
» Une formidable décharge d'artillerie, interprète de la vengeance nationale, enflamme le courage de nos républicains ; elle leur annonce que le jour de gloire est arrivé. Un chant mâle et guerrier, avant-coureur de la victoire, répond au bruit du canon. Tous les Français confondent leurs sentiments dans un embrassement fraternel. Ils n’ont plus qu'une seule
voix dont le cri général Vive la République! monte vers la Divinité.
» Détail des cérémonies et de l'ordre à observer dans la Fèle.
s du matin, il se fera un rappel général.
» A cinq heures précis
» Tous les citoyens et citoyennes seront invités par ce rappel à décorer à l'instant leurs maisons des couleurs chéries de la liberté, soit en renouvelant les drapeaux, soit en les embellissant de guirlandes de fleurs et de verdure.
» Ils se rendront ensuite au chef-lieu de leurs sections respectives pour y attendre le signal du départ.
» Tous les hommes seront sans armes, excepté les adolescents de quatorze à dix-huit ans, qui seront armés de sabres, de fusils et de piques.
» Ces adolescents formeront dans chaque section un bataillon carré marchant sur douze de front et au milieu duquel seront placés les flammes et le drapeau de la force armée de la section portés par ceux qui en sont ordinairement chargés.
» Tous les citoyens et les jeunes garçons tiendront à la main une branche de chène.
» Toutes les citoyennes, mères et filles, seront parées des couleurs de la liberté. Les
mères tiendront à leur main des bouquets de roses, et les filles porteront des corbeilles remplies de fleurs.
» Pour occuper la montagne élevée au champ de la Réunion, chaque section choisira dix vieillards, dix mères de famille, dix jeunes filles de quinze à vingt ans, dix adolescents de quinze à dix-huit ans, et dix enfants mâles au-dessous de huit ans.
» Les dix mères de famille que fournira chaque section seront en blanc et porteront le ruban tricolore en écharpe de droite à gauche.
» Les dix jeunes filles seront également en blanc et porteront le ruban comme les mères : les jeunes filles auront les cheveux tressés de fleurs.
» Les dix adolescents seront armés de sabres. » Chaque section nommera un commissaire, qui sera chargé de conduire, dans le lieu
que l’on indiquera, les cinquante personnes choisies par la section pour occuper la
montagne.
» Il sera envoyé à chaque section cinquante cartes qui seront délivrées à ces cinquante personnes, et une au commissaire chargé de les conduire. Ils les porteront d'une manière apparente.
» Les citoyens et citoyennes auront soin de se pourvoir de branches de chêne, de bouquets, de guirlandes et de corbeilles de fleurs, et de se parer des couleurs de la liberté.
» À huit heures précises du matin, une salve d'artillerie tirée au Pont-Neuf annoncera que le moment de se rendre au Jardin national est arrivé.
» Les citoyens et les citoyennes partiront de leurs sections respectives en deux colonnes, sur six de front par colonne. Les hommes et les garçons à droite, et les femmes, les filles et les enfants au-dessous de huit ans à gauche.
» Le bataillon carré des adolescents sera placé entre les deux colonnes au centre.
» Les sections sont invitées à s'arranger de manière que la colonne de femmes ne soit pas plus nombreuse que celle des hommes, pour ne pas déranger l’ordre si nécessaire à établir dans une fète nationale.
» Le commandant de la force armée de chaque section conduira sa section, et les capitaines des différentes compagnies le seconderont et veilleront avec lui à ce que les colonnes n'interrompent point l’ordre fixé.
» Le commandant de la force armée parisienne donnera des ordres en conséquence et en surveillera l'exécution.
» Le Pont-Tournant devant servir à la sortie du cortège, les sections ne pourront
arriver au Jardin national que par les portes dites du Manège, du Pont national et du pavillon de l'Unité.
» En arrivant, les colonnes d'hommes se rangeront dans la partie du Jardin du côté de la terrasse dite des Feuillants, les colonnes de femmes et d'enfants du côté de la terrasse de la rivière, et les bataillons carrés des adolescents dans la grande allée du centre.
» Le rang des sections au Jardin national sera indiqué, pour chaque colonne et pour le bataillon, par des jalons portant une lettre alphabétique et un numéro indiqués d'avance à chaque section.
» Lorsque toutes les sections seront arrivées au Jardin national, une députation ira annoncer à la Convention que tout est préparé pour célébrer la fête de la Divinité.
» La Convention nationale descendra par le balcon du pavillon de l'Unité sur l'amphithéâtre adossé audit pavillon.
» Elle sera précédée d'un corps nombreux de musique, qui se placera sur les deux rampes du perron.
» Le Président, placé à la tribune, fera sentir au peuple les motifs qui ont déterminé cette fête solennelle, et l'invitera à honorer l'Auteur de la nature.
» Après ce discours, on exéculera une symphonie; pendant ce temps, le Président, armé du flambeau de la Vérité, descendra de l'amphithéâtre, s'approchera d'un monument élevé sur le bassin circulaire et représentant le monstre de l’Athéisme.
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» Du milieu de ce monument, incendié par le Président, apparaîtra la Sagesse.
» Après cette cérémonie, le Président remontera à la tribune et parlera de nouveau au peuple qui lui répondra par des chants et des cris d'allégresse.
» Un second roulement de tambour indiquera le moment du départ pour le champ de la Réunion.
» La marche sera rangée dans l’ordre suivant :
1° Un détachement de cavalerie précédé de ses trompettes.
2 Corps de sapeurs et de pompiers.
3° Les canonniers.
4° Groupe de cent tambours et élèves de l'Institut national. 8° Vingt-quatre sections marchant sur deux colonnes, chacune de six personnes de front, les hommes à droite, et les femmes et les enfants à gauche; les bataillons d'adolescents au centre des deux colonnes de leurs sections respectives.
» Dans le milieu des vingt-quatre sections marchera un corps de musique destiné pour l’armée du Nord.
G° Groupe de vieillards, de mères de famille, d'enfants, de jeunes filles, d'adolescents
armés de sabres, qui doivent se placer sur la montagne élevée au Champ-de-Mars.
7° Corps de musique, qui, pendant la marche, exécutera des airs patriotiques.
& La Convention nationale, entourée d’un ruban tricolore porté par l'enfance ornée de
violet
, l'adolescence ornée de myrte, la virilité ornée de chêne, la vieillesse ornée de pampres et d’olivier.
» Chaque Représentant portera à la main un bouquet composé d'épis de blé, de
fleurs et de fruits
» Au centre de la Représentation nationale marchera un char sur lequel brillera un trophée composé des instruments des Arts et Métiers, et des productions du territoire français ; ce char sera traîné par huit taureaux vigoureux couverts de festons et de guirlandes.
9° Groupe de cent tambours.
10 Vingt-quatre sections marchant dans le même ordre que les vingt-quatre premières, ayant au milieu d'elles le char des enfants aveugles qui exécuteront dans la marche un hymne à la Divinité, paroles du citoyen Deschamps, musique du citoyen Bruny.
11° Corps de cavalerie fermant la marche.
Roule que liendra le cortège.
» I sortira par le Pont-Tournant et fera le tour de la statue de la Liberté. » Il passera parle pont de la Révolution, la place des Invalides, l'avenue de PEcole Militaire, etentrera au champ de la Réunion en passant sous le niveau.
Arrivé au champ de la Réunion, la colonne des hommes se développera à droite de la montagne et la colonne des femmes à gauche.
» Le premier groupe de tambours se placera derrière la montagne, du côté de la rivière,
à une distance qui lui sera indiquée.
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» Tous les bataillons carrés des adolescents se rangeront en cercle autour de la montagne.
» Le oroupe des vieillards et des adolescents se placera sur la montagne à droite.
» Le groupe des jeunes filles et des mères de famille conduisant par la main des enfants de sept à dix ans se rangera sur la montagne à gauche.
» La Représentation nationale occupera la partie la plus élevée de la montagne et les musiciens se placeront sur le milieu.
» Le deuxième groupe de tambours restera devant la montagne du côté de l'École militaire à la distance qui lui sera indiquée.
» Aussitôt que tout sera rangé dans l’ordre ci-dessus déterminé, le corps de musique exécutera seul un hymne à la Divinité.
» Après cet hymne on exécutera une grande symphonie.
» Cette symphonie finie, les vieillards et les adolescents qui seront sur la montagne chanteront une première strophe sur l'air des Marseillais et jureront ensemble de ne poser
les armes qu'après avoir anéanti les ennemis de la République.