‹ Le peintre mystiqueChapitre 10 sur 49 · XAVIER DE REUL XXV · texte numérisé non relu

XAVIER DE REUL XXV

Dans le petit livre qu’il a consacré à l’Age de la pierre et à l’homme préhistorique en Belgique, il a donné la mesure de sa compréhension. Clairement résumées par lui, ces connaissances alors toutes récentes (on était en 1868) et bien embrouillées, se disposent dans un classement élégant. De Reul excelle à retracer l’histoire d'une caverne, à faire lire dans les couches successivés comme dans les feuillets jaunis d’un livre; la faculté de l’artiste apparaît lorsqu'ii évoque les mœurs de l’âge de la pierre, depuis les contemporaïins du mammouth jusqu'à ceux qui polirent leurs armes et délaissèrent les cavernes. Ils revivent en quelques traits brefs, avec leurs coutumes funéraires, leur habitude du tatouage, leurs parures et leurs amulettes; tout n’est pas resté exact dans cette vision que des travaux plus récents modifieraient, mais l'ensemble est évoqué avec cette puissance que peut seule donner l'imagination pénétrée des facultés du poète. Ce sont ces qualités sans doute qui amenèrent Edouard Dupont à demander à de Reul de rédiger un guide'‘des collections préhistoriques des âges de la pierre pour le Musée royal d'Histoire naturelle de Bruxelles. On y retrouve cette même puissance d'évocation, cette même clarté qui montrent à quel point il avait compris la géologie et la préhistoire.

I1 avait vu ‘ces sciences se constituer à travers les travaux qui les définissaient peu à peu. Il était aux côtés

d’'Edouard Dupont le 10 décembre 1864, lorsque, dans 12

INTRODUCTION

grotte emperlée de givre, on découvrit les ossements et les deux crânes qui furent retirés du trou du Frontal. Il lui resta de ces recherches passionnantes un souvenir des plus vifs auquel il s’attarde chaque fois qu'il revient à parler de ces choses qu'il avait touchées, dont il donne une impres sion intense, vécue par un homme qui savait voir, comprendre et sentir.

I n’a que par moments fixé sur le papier des lambeaux de ce qui forma une rêverie prestigieuse. Dans la Lecon de Géologie, dans les quelques pages qu’il à consacrées à liguanodon que l’on venait de découvrir, on peut voir résurgir toute l'architecture de ces mondes éteints qu'il reconstruisait en l’activité évocatrice de sonimagination. Il y prolongeait des facultés poétiques. Le malheur est qu'il n'y ait point trouvé de quoi le pousser à ce travail régulier, à cette discipline obstinée sans lesquels la réalisation échappe et la pensée meurt dans le cerveau qui J'a créée.

Fout cela, dira-t-on, ne fait pas un savant. Sans doute, mais combien de professeurs d'université ont-ils laissé derrière eux une trace plus faible encore ! Enfermés dans leur ‘enseignement, ils ont joui, leur vie durant, d'une réputation scientifique et, quelquefois, des élèves qu'ils avaient formés leur élevèrent des bustes de bronze. Bien peu ont eu cette faculté de pénétrer dans les époques disparues du monde,

“cette Connaissance parfaite et simple, ce pouvoir d'en

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laisser apercevoir quelques lambeaux. Seulement, ils sont étiquetés dans la rigide hiérarchie de nos sociétés modernes, ils jouissent des classifications faites, des définitions imposées par les habitudes, ils ne choquent aucune tradition. Ce sont des sages. Quant à ceux qui, par un travail un peu épars, des vues trop diverses, une activité déroutante, nous promènent de l’art à la science et les entremèêlent de poésie, qui vivent en marge de tous les cadres et ne se contentent point du champ étroit que la vie leur donne à cultiver, ceux-là risquent de n'être admis ni d’un côté ni de l’autre ; il leur faut subir la conséquence de leur fantaisie, demeurer dans le domaine de ces singularités que l’on ne fait point grand effort pour expliquer.

Tel fut le sort de de Reul. Modeste et satisfait de pouvoir poursuivre sa route sans se réveiller du songe, ïl passa comme un écolier vagabond dans un paysage de demi-teintes et de vibrations assourdies. Les choses qu'il à laissées ont gardé cette grisaille des lointains délicats où le charme s'étend silencieusement, comme une buée violette sur les dernières lueurs d’un crépuscule. Elle donne une note discrète et fine dans l'histoire de la littérature francaise en Belgique durant cette période annonciatrice où elle commencea de jeter quelque éclat.

Plus tard, on se souviendra. Des esprits cultivés et fins reliront le Roman d'un Géologue et Les Enfants d’'Apol-

lon; ils s'attarderont à cet humanité simple, à ces sensa-

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