LE SERVICE MÉDICAL. — LES REMÉDES
Après avoir constaté les maladies des pèlerins, il est intéressant de dire ce qui est fait pour les combattre.
Il y a deux sortes de maladies :
Celles qui ne sont pas épidémiques;
Et celles qui le sont, comme le choléra.
Quelle est l’organisation sanitaire?
À Alexandrie et à Constantinople, un conseil sanitaire est spécialement chargé des mesures prophylactiques contre le choléra et les épidémies.
À Djeddah, un directeur de santé envoyé par Constantinople est chargé du service sanitaire dans le Hedjaz. Son action est malheureusement limitée à Djeddah; il ne peut rien à La Mecque.
À La Mecque, quatre médecins turcs, délégués aussi de Constantinople, sont surtout chargés de surveiller les épidémies et de renseigner l'Europe au sujet de ces dernières. Ils ont fort à faire avec les malades qui généralement à La Mecque et à Mina meurent sans aucun soin.
Malheureusement les Arabes ne savent pas se soigner eux-mêmes ; quand ils ont des coliques, ils se
serrent fortement le ventre avec une ceinture; quand
— 97: — ils ont mal à la tête ils se mettent une gousse d'ail dans les narines. Sur leurs plaies ils mettent de la poudre de café ou de la pulpe de dattes.
Ils s'intéressent aussi fort peu à la santé de leurs voisins. La plupart laissaient mourir leurs camarades, leurs parents, sans presque s’en occuper. Loin de faire une meilleure place aux malades, ils les mettent souvent à la plus mauvaise. L’un de ces malades tomba de chameau en allant à Médine. Nul ne s’en occupa. Heureusement il était encore assez près de Yembo, il put regagner cette ville à pied.
Le gouvernement autrichien avait envoyé un médecin à Djeddah pour ramener les bosniaques, ce médecin mourut en quelques jours d’un accès pernicieux. Un autre fut envoyé à sa place : il prit les pèlerins à El Tor.
Le Caire envoie aussi dans le Hedjaz une sorte d’inspecteur sanitaire.
Sur les bateaux égyptiens, il n’y a pas de médecin ; sur les bateaux anglais il y en a rarement.
Les bateaux français doivent avoir un médecin commissionné par le gouvernement.
À El Tor, outre M. Zachariasis, directeur, et les médecins attachés aux hôpitaux, les pèlerins ont encore un médecin chargé de les soigner dans une ou plusieurs sections, et de les envoyer à l'hôpital, si besoin est.
À Zembra, le médecin du lazaret était un médecin militaire, aide-major de 1'° classe. Il était seul.
Au cap Matifou, le médecin était M. le directeur
Lost
de la Santé lui-même. Malheureusement les infirmiers manquaient. J'ai vu dans un pavillon un malade qui à cause de cette pénurie de gardes était forcément délaissé.
Les remèdes sur le Pictavia étaient nombreux et en bon état. Les pèlerins à bord en ont usé ; les habitants de Yembo eux-mêmes sont venus en demander.
La pharmacie était située sur le pont, à la partie centrale du navire, à l'endroit le plus fréquenté du bord. J'y étais très souvent et tout pèlerin pouvait venir m'y trouver. C'était là que je faisais les pansements, ordinairement l’après-midi; le matin je distribuais les médicaments.
Aucun autre bateau malheureusement n'avait de pharmacie pareillement bien montée. Aussi, d’autres navires ont-ils mis nos ressources à contribution.
À Djeddah, il y a deux pharmacies ; mais les pèlerins y payaient fort cher les remèdes.
À Yembo, pas de médecin ni de pharmacie. Je portais moi-même en ville des remèdes aux pèlerins que je savais malades.
À El Tor une pharmacie installée dans un petit pavillon en pierres, qui servait autrefois d’hôpital, est placée à peu près dans la partie centrale du lazaret. Elle est assez bien approvisionnée, mais un peu trop éloignée des hôpitaux.
À Zembra, je n'ai pas vu de pharmacie.
Au cap Matifou, la pharmacie n’est pas encore bien installée, malgré les vœux de M. le Directeur