II
Aussitôt débarqués, les pèlerins vont dans une section dite provisoire, et de là, par groupes d’une centaine, à la désinfection.
On les fait entrer douze par douze dans une grande salle. Là, on leur donne une gandoura qu'ils mettent à la place de leurs vêtements. Cette opération: se fait en général sans difficulté. Cependant ‘on trouve quelquefois des récalcitrants; on garde ceuxlà jusqu’à ce qu’ils aient cédé. |
: Revêtu decette gandoura blanche, les pèlerins passent dars une autre salle pendant qu’on étuve leurs. vêtements. On les leur rend bientôt ; ils se rhabillent, et quand ils sont en nombre suffisant, des soldats les emmènent à leur section définitive.
C’est là qu’ils passent tout le temps de la quaran-
taine. , Ils en sortent cependant une fois pour la désinfec-tion de leurs bagages qui n’ont été débarqués quedeux ou trois jours après eux. Ils vont les reconnaître et les ouvrir pour qu’on puisse en désinfecter l'intérieur. AP UE
On désinfecte tous les linges, étoffes, etc., en un mot tout ce qui peut passer à l’étuve. Le reste, cuir, bois, etc., est lavé au sublimé ou à l’acide phénique.
Les aliments, les étoffes neuves ne sont pas désinfectés du tout. Le corps des pèlerins n’est -pas lavé.
La désinfection terminée, les bagages sont de: suite réintégrés à bord où les pèlerins vont les rejoindre une fois leur quarantaine terminée.
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Pendant ce temps on s’est aussi occupé du navire. |
Les équipages sont tous consignés à leur bord. avec défense d’aller à terre, ni sur un autre bateau.
Un gardien de quarantaine mis sur chaque navire surveille ce qui s'y passe. Si quelqu'un y tombe malade, il avertit l'administration ; si un canotse, détache du bord pour alier à la poste ou aux pro-. visions, il doit y monter pour veiller à ce que personne ne descende à terre.
Il faut ajouter cependant que MM. Le agénts ve lazaret vont et viennent d’un bateau à un autre ou, des bateaux à terre, sans jamais s’astreindre au préalable à aucune mesure de désinfection.
Les navires sont désinfectés avec plus ou moins. de rigueur : le pont est lavé au sublimé, ainsi que les différentes parties des entreponts et des cales. |
Ainsi donc, malgré toutes les imperfections inévitables de la désinfection et de l'observation auxquelles les pèlerins sont soumis à El Tor, il faut se féliciter de trouver là une quarantaine où est fait tout ce qui est matériellement possible contre les germes dont les Européens redoutent à si juste titre. l'importation chez eux.
Mais, à mon avis, on n'y fait pas assez pour les pèlerins. On les astreint à vingt jours de quarantaine, comme cette année; mais on oublie que vingt jours sont bien longs pour des gens qüi souvent n’ont plus de vivres, ni d'argent. Je laisse de côté la chaleur du soleil, le sable soulevé par le vent et leur abi-
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mant les yeux, ce ne sont, je le veux bien, que des désagréments ; mais il faudrait du moins penser à les nourrir, à leur conserver les forces dont ils ont besoin pour lutter contre les épidémies. Je sais bien que le sultan de Constantinople etle khédive envoient à El Tor du pain, du riz et des olives que l’on distribue aux pauvres. C’est fort louable à eux. Mais j'ai vu ces vivres, il faut un appétit de pèlerin pour penser à les manger, et en tout cas, ils sont tout à fait insuffisants comme nourriture. Tout au plus peuvent-ils jouer le rôle des pierres que l’autruche met, dit-on, dans son estomac pour tromper sa faim. Du pain, du riz, des olives même de bonne qualité ne - peuvent réparer un organisme, surtout un organisme surmené. |
Puisqu'il est question dans cette étude de l’hygiène du pèlerin, ne semble-t-il pas évident que celui-ci doit être nourri dans les lazarets ?
Nous quittämes El Tor le 14 septembre avec deux gardiens de la santé à notre bord.
À Suez, une commission sanitaire, composée de trois médecins, monta à bord, et après nous avoir interrogés et avoir vu le bateau, elle se déclara satisfaite.
Nous passâmes ensuite le canal en quarantaine, c'est-à-dire de la manière suivante :
Deux agents de la santé montés à bord à Suez ne nous quittèrent qu’à Port-Saïd, en même temps que les deux gardiens embarqués à EL Tor.
Un petit remorqueur monté par une escouade de
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soldats égyptiens nous suivit de près pendant toute la longueur du canal. Deux soldats, le fusil chargé, étaient toujours en faction à l'avant de ce bateau.
Un ou deux soldats montés sur des chameaux et le fusil au poing étaient sur chaque berge nous suivant au grand trot de leurs montures.
Le soir venu, on nous fit jeter l'ancre à l’extrémité nord des lacs salés, à environ deux cents mètres du rivage. Le remorqueur stoppa derrière nous.
Durant toute la traversée du canal, on ne nous fit garer qu’une seule fois, à El Kantara. Ce fut le canot du remorqueur qui porta nos amarres à terre. Pendant cet arrêt, trois soldats à chameau et quelques fantassins étaient sur chaque berge.
À Port-Saïd, au moment où nous arrivions dans le port, un remorqueur se présenta devant nous signalant avec ses pavillons : « Suivez-moi. » Il nous guida immédiatement hors de la passe et ne nous laissa qu'en mer.
Pendant que nous traversions le port, les deux agents de la santé et les deux gardiens étaient descendus. En nous quittant, ils allaient faire quelques jours de quarantaine.
J'ai tenu à donner ces détails.
La traversée du canal en quarantaine a occupé longuement les membres de la Conférence de Venise. Il n’est peut-être pas sansintérêt de savoir comment elle se fait.
Je n’ajouterai que peu de chose à ce que j'ai déjà dit de la quarantaine des Tunisiens à Zembra pour
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faire remarquer en passant que là, comme à EI Tor, les pèlerins eurent à souffrir, Il n’y avait en tout que 13 tentes pour 300 ettrès mal disposées ; ; les cordes servant à les fixer s’enchevêtraient les unes dans les autres et en rendaient l'entrée très difficile. :
Nous repartimes de Zembra avec 1.050 pèlerins environ en grand nombre épuisés et affamés, comme je l'ai dèjà dit, par suite du refus fait à La Goulette de nous ravitailler. |
Arrivés à Alger le 25 septembre, nous débarquâmes nos Algériens au cap Matifou, le 26. Ils firent, à cet endroit, dix jours de quarantaine, et de là, chacun, comme il le put, regagna sa demeure. Un certain nombre pour s’y rendre dut bien probablement passer par l'hôpital.