PRÉAMBULE
Au moment où les membres de la Conférence sanitaire internationale de Venise allaient se séparér, M. le D' Proust, inspecteur général des services sanitaires, représentant de la France, demanda que la question du pèlerinage de la Mecque restât à l'étude et que prochainement une nouvelle conférence se réunît à Constantinople afin de trancher les difficultés encore grandes attachées à ce sujet et d'étudier également les mesures à prendre à l’égard des provenances du greffe Persique.
Il s'agirait en particulier de prendre des mesures non plus seulement pour protéger l'Europe contre les pèlerins revenant de La Mecque, mais de protéger La Mecque même contre les importations de choléra.
Jusqu'ici en effet toutes les quarantaines et observations imposées aux pèlerins se rendant au pèlerinage n’ont pas suffi pour empêcher le germe du
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choléra de s’introduire dans le Hedjaz, comme le témoignent les épidémies de 1865, 1872, 1877, 1881, 1882, 1890 et 1891.
On poserait des postes avancés aux confins de l'Arabie pour surveiller toutes les provenances suspectes pouvant arriver, soit par la mer Rouge, soit par le golfe Persique, soit aussi par les caravanes de Mésopotamie ou de Syrie, soit même par l’Yémen ou l’'Hadramont. La contagion peut venir des quatre points cardinaux.
Le système de défense devra être vaste, N'estil pas à craindre qu'il ne s’y produise souvent quelque brèche par où l’ennemi entrera?
Cette dernière crainte est bien fondée, je crois.
Mais l'étude du pèlerinage ne comporterait pas
seulement la création de ces postes avancés. IL faudrait songer surtout à l'assainissement du milieu, c'est-à-dire des villes de La Mecque et de Djeddah. Cet assainissement des villes a une importance capitale reconnue aujourd’hui par tous les hygiénistes. 4 |
C’est ainsi que M. Proust, au congrès d'hygiène
de Paris, en août 1889, demandait l'assainissement
des ports exposés à la contagion par l’arrivage des navires infectés.
C’est ainsi que M. Brouardel, au congrès d'hygiène de Londres en août 1891, démontrait que la grande préoccupation devait être d'empêcher, s’il est pos sible, le choléra à ses foyers d’origine aux Indes et à La Mecque.
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« Quand l’assainissement sera parfait, ajoutait-il, toute quarantaine deviendra inutile. »
C'est là, de nos jours, la grande tendance de l'hygiène.
La grande cause des épidémies est en effet moins l'importation des germes infectieux que la présence du milieu favorable au développement et à la multiplication de ces germes. L'Europe assainie aujourd’hui n’a plus ces terribles épidémies de peste qui la désolaient au moyen-âge.
Les difficultés d’assainissement du Hedjaz, de La Mecque en particulier, sont déjà bien moindres que l’établissement de postes avancés aux frontières de l'Arabie, postes qui seraient souvent débordés par les pèlerins. |
Ces difficultés sont cependant bien grandes encore. Actuellement, en effet, on fait bien peu pour l'assainissement local, et dans les conditions actuelles il est bien difficile de faire plus.
Mais l’hygiène ne se tient pas pour battue : elle se trouve presque désarmée aux confins de l’Arabie, elle est encore bien impotente dans les villes saintes, mais il lui reste un dernier retranchement où elle peut redevenir puissante: c’est dans l'hygiène individuelle.
On empêchera difficilement à un moment donné l'importation à La Mecque des germes cholériques.
Les autorités locales n’y feront jamais grand’chose pour l'assainissement des villes.
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I1 reste à fortifier le pèlerin lui-même, à le mettre à même de lutter contre la maladie.
Le mauvais état des pèlerins est une des causes principales des épidémies et de la pullulation des germes.
En effet, on l’a remarqué il y a longtemps : les épidémies en Arabie ne’ frappent presque exclusivement que les pèlerins ; elles laissent indemnes le plus souvent les indigènes et elles disparaissent vite du pays une fois le pèlerinage terminé.
Cette immunité relative des populations du Hedjaz, alors qu’une très grande mortalité régnait sur les pèlerins, a été signalée par M. Fauvel. Le même fait s'observe quand les pèlerins persans vont en pèlerinage à Kerbelah et à Nedjeff.
Au dernier congrès de Londres (août 1891) Simpson ne disait-il pas que la transmission du choléra se réduit surtout à une affaire de propreté individuelle? Et il citait ce qui se passe aux Indes: dans ce pays les Hindous malpropres, habitants des quartiers très insalubres appelés fanks, sont les plus atteints; les mahométans plus propres y sont atteints quatre fois moins, et les Européens beaucoup moins encore:
M. le Dr À, J. Martin le disait aussi, dans sa communication à l’Académie sur la politique sanitaire, en décembre 1891 : « L'histoire de toutes les épidémies montre qu’elles naissent et se propagent surtout dans les milieux dits insalubres; c’est là qu’elles exercent leurs plus grands ravages, qu’elles ont la
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Ne plus grande durée et qu’elles font le plus de victimes ».. Et plus loin : «Quelles que soient d’ailleurs les réformes dans l’hygiène publique, on n’en peut attendre un effet utile et durable qu'autant qu’elles s'appuient sur les progrès de l'hygiène privée... »
En effet, les quarantaines et les désinfections après contamination, indispensables dans certains cas, ne sont pas toujourssuffisantes ; «lès mesures d'hygiène au contraire, quelle qu’en soit la nature, ont en outre l’avantage de produire des résultats efficaces et permanents, ce qu’on ne peut pas dire toujours des moyens quarantenaires : l'hygiène ne perd jamais aucune de ses conquêtes. » |
Les pèlerins arrivent le plus souvent à La Mecque dans des conditions déplorables, après un voyage fatigant, le pèlerinage lui-même n’est qu’un long surmenage et le retour est lamentable. La mortalité est toujours très élevée, même quand il n’y a pas d’épidémie (20 pour 100); le choléra l'élève jusqu’à 34 et 36 pour 100.
I1 est regrettable qu’un conseil sanitaire international ne puisse siéger à La Mecque même. Ce serait là en effet le vrai point à occuper. Peut être cela se fera-t-il un jour. |
Que du moins pendant les voyages de l'aller et ceux du retour, les pays civilisés tiennent à ce que les pèlerins soient placés dans les meilleures conditions hygiéniques possibles.
La France a déjà compris l'importance de ce point de vue et elle a déjà réglementé ces voyages.
ANOL
Dans cette courte étude, je voudrais faire entrevoir la manière dontse fait le pèlerinage, pour nos Algériens du moins.
En voyant dans quelles conditions hygiéniques ceux-ci se trouvent placés, Les maladies auxquelles ils sont exposés, on se rendra plus facilement compte, je pense, de ce qu’il convient de faire pour améliorer leur sort.
Ce travail comprendra deux parties :
PREMIÈRE PARTIE : Des conditions hygiéniques dans lesquelles se trouvent les pèlerins.
1° Des conditions requises pour le départ; 2° De la vie du pèlerin à bord;
3° De:sa vie à terre;
4° De sa vie en çaravane;
5° De sa nourriture;
6° De l’eau qu’il boit;
7° Du climat ;
8° Des influences pathologiques.
SECONDE PARTIE : Des maladies des pèlerins.
1° Des maladies et des malades; | 2° Du choléra de 1801;
3° De la mortalité ;
4° Du service médical et des remèdes:
5° Prophylaxie, désinfection locale ;
6° Des quarantaines (1).
1. L'exposé qui va suivre s'inspire de mes constatations ét impressions
personnelles, comme médecin commissionné à bord du Piclavia, chargé 1 D
en 1891 du transport de pèlerins algériens et tunisiens à La Mecque aller et retour. , +
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