DES CONDITIONS IMPOSÉES AUX PÈLERINS ALGÉRIENS POUR PARTIR
Tout pèlerin algérien voulant partir pour La Mecque devait l’année dernière :
Prendre un billet d'aller et retour payé au départ.
Prendre un passeport.
Prouver qu'il était possesseur d’au moins mille francs.
Le billet d’aller et retour payé d’avance est une excellente chose, la plupart des pèlerins n’ayant presque plus d'argent au retour, témoin ce qui se passait les autres annéés : beaucoup n'ayant plus de quoi se rembarquer, restaient et mouraient dans le pays. En 1890, un certain nombre de ces malheureux (Tunisiens, Algériens, Marocains) errèrent ainsi après
= oui
le pèlerinage, arrivèrent à Jaffa et enfin à Beïrouth; on dut en rapatrier plus de 1200.
Mais sile billet d’aller et retour est bon en principe, il est encore défectueux en pratique. Aucune difficulté à l’aller, mais au retour! I1 faut avoir vu les pèlerins dans les bureaux des diverses compagnies de bateaux à Djeddah et à Yembo pour s’en faire une idée. Beaucoup ont perdu leur billet, soit qu’ils l’aient effectivement égaré, soit qu’on le leur ait volé.
D'autres ont bien un billet, mais ce billet ne porte pas leur nom. Cela arrive souvent et voici pourquoi: les pèlerins voyagent en général en groupes, soit de la même famille, soit d'amis. Tous ceux d’un même groupe réunissent ordinairement tous leurs papiers dans un même étui de fer blanc, passeports et billets de retour. Le moment est-il venu pour eux de montrer leurs billets P Ils les tireront tous du tube en fer blanc, mais ne ‘pouvant pas lire les noms qui y sontinscrits seulement en français, ils prennent n'importe lequel, le nom de leur billet ne correspondant pas généralement avec celui du passeport qui leur est échu à cette distribution.
De là grosse difficulté pour les bateaux à vapeur français et pour les pèlerins.
- Pour les bateaux... le gouvernement en effet prescrit de ne pas embarquer ni ramener en Algérie ou Tunisie des pèlerins n'ayant pas leur passeport.
Les capitaines les demandent donc avec les billets
de retour. J'ai vu ces difficultés de mes y eux. Dans
une salle d’une maison de Yembose pressaientles uns après les autres, des centaines, des milliers d’Arabes, fatigués de leur pèlerinage, quelques-uns malades. Ils passaient successivement devant la table. Quelquesuns n'avaient pas de passeport, on le leur avait volé ; ou bien un vieillard de soixante ans présentait celui d’un jeune homme de dix-huit; un autre barbon depuis longtemps d’après son passeport, avait une face glabre de dix-sept ans, et ainsi de suite. Le capitaine refusait d’embarquer le pèlerin. Celui-ci exténué, quelquefois malade, s'en allait, sans comprendre pourquoi on lui refusait le passage. Et quelques minutes après, souvent on trouvait le passeport du pèlerin renvoyé entre les mains d’un autre ; mais le ptemier était déjà parti, mêlé à la foule. Où le retrouver?
Il revenait de lui-même plusieurs heures après, pensant que le capitaine ne le refuserait pas toujours. En effet, à la fin, de guerre lasse, celui-ci visait le billet et permettait l’embarquement.
Ettde fait, il n'avait pas le droit de le refuser. La compagnie délivre un billet d’aller et retour; elle s’est donc engagée à ramener celui qui lui présente son billet de retour.
Le gouvernement veut que les pèlerins aient des passeports, c’est affaire entre eux et lui; mais qu’on ne fasse pas intervenir la question de retour dans cette question de police. Le gouvernement lui-même a exigé le billet d’aller et retour : il ne faut pas que le passeport entrave le retour.